Donc, voici ces très intéressantes déclarations de Mullen qui sonnent comme si Washington était en crise, et non la situation avec
l’Iran, ou bien l’Irak, ou bien l’Afghanistan. Ces déclarations ont un tour dramatique. Elles rappellent, par exemple, les pires périodes de la présidence Nixon.
(…Qu’il s’agisse de l’alerte nucléaire du 25 octobre 1973, lorsque les Soviétiques annoncèrent qu’ils pourraient envoyer des divisions
aéroportées soviétiques en Egypte pour stopper l’offensive israélienne alors que, selon divers témoins, Nixon, dépressif et alcoolique et en plein Watergate, était incapable de prendre une
décision; les forces US furent placées en alerte Defense Condition 3 [DefCon3] pour avertir l’URSS de ne pas profiter de cette faiblesse du pouvoir US; les sources différent
quant à savoir comment fut prise cette décision de mise en alerte… Qu’il s’agisse, dans les semaines précédant la démission de Nixon du 10 août 1974, de l’ordre donné par le secrétaire à la
défense Schlesinger aux chefs militaires de se référer à lui et non plus au président, de crainte que Nixon ne tente un coup de force avec l’une ou l’autre unité militaire dont les chefs lui
étaient proches.)
Elargissons le champ d’observation: les déclarations de Mullen semblent s’adresser aux Iraniens, non pas pour les menacer d’une attaque
mais pour les avertir: ne tentez rien pendant la passation de pouvoir, nous sommes sur nos gardes... Ces phrases expriment bien l’idée: «We need to be strong and really in the deterrent mode,
to not be very predictable...» «We will be tested. . . . I'm preparing that this country will be tested...» L’affirmation également que la transition politique doit être très
rapide, comme cela doit se faire en temps de guerre, lorsque la mise en place des chefs civils ne doit pas souffrir le moindre délai («I think it's important for us to get as many principals
in positions as rapidly as possible in a time of war»). Tout cela sonne comme si l’Amérique était en état de siège.
... Et il s’agit de “colombes”, d’adversaires d’une attaque contre l’Iran, autant Gates que Mullen. De ce fait, le tableau habituel des “offensives” de
menaces anti-iraniennes doit être très largement nuancé jusqu’à envisager son contraire dans certains cas. Les manoeuvres “bellicistes” aussitôt nuancées de considérations diverses, comprises ces
déclarations peu ordinaires de Mullen, représentent alors une tentative de tenir l’Iran à bout de bras pour que ce pays ne “profite” pas, en Irak particulièrement, de la “faiblesse” (de la
“vulnérabilité”, dit Mullen) des USA dans cette étrange période de la passation de pouvoir. L’affirmation iranienne en Irak, au travers du cas du général Suleimani, est une solide explication de la crainte US.
Là-dessus, bien sûr, il y a les habituelles poussées des “faucons” obsessionnels, type-Cheney. Il semble bien qu’il ne faut pas voir une
“unité de menaces” entre l’axe Gates-Mullen et la fraction Cheney, mais au contraire un antagonisme de conception. Chacun utilise la même menace (avec les nuances qu’on voit) dans un but inverse.
Ce qui paraît important dans ces différentes circonstances, c’est l'événement politique de ce qui paraît être une véritable crainte de la part du Pentagone de perspectives dangereuses pour les
USA, d’une part du côté des Iraniens. On sait que Willim S. Lind a déjà évoqué des hypothèses militaires, le 26 mars encore, où le corps expéditionnaire
US pourrait voir ses voies de communication coupées par les diverses forces contrôlées par les Iraniens ou alliées des Iraniens en irak, et son existence même gravement menacée.
D'autre part, il faut considérer que les déclarations de Mullen, également extraordinaires selon ce point de vue, doivent être perçues
selon leur dimension intérieure propre. Elles s’adressent également au pouvoir civil (l’administration, le Congrès, les partis), dont le Pentagone craindrait des écarts, des tentatives diverses
de déstabilisation au niveau politique, des imbroglios à l’occasion de l’élection présidentielle, entraînant une paralysie institutionnelle. Les déclarations de Mullen sonnent comme l’écho d’une
inquiétude très grande de l’establishment militaire et du Pentagone devant une possibilité de crise grave pour les USA dans les mois à venir.
ceuss qui ont commenté