Le pire des mondes

Publié le par Andrée

« Le meilleur des mondes » d’Aldous Huxley est un livre fascinant. Sorti en 1931, il fait pourtant preuve d’une étonnante lucidité sur ce que pourrait être l’avenir de l’humanité. L’auteur y dessine un monde qu’il destine à la base aux années 2500, mais, de son aveu après la guerre, « il semble pratiquement possible que cette horreur s’abatte sur nous dans le délai d’un siècle ». Il est assez étonnant, en effet, de constater que l’utopie décrite dans ce livre est désormais bien plausible aujourd’hui, au vu des actuelles orientations de l’humanité.

Ce monde utopique que nous propose Huxley est gouverné par un Etat mondial. Une petite élite blanche dirige un peuple divisé en groupe ayant chacun des attributs moraux et physiques afin de mieux garantir la division du travail. Ce monde est uniquement porté à l’économie, et tout ce qui ne rapporte pas est détesté (on apprend aux hommes, par exemple, à détester les fleurs car elles n’engendrent aucun profit). Au point de vue social, les familles n’existent plus (toute la reproduction est devenue artificielle) et le sexe est devenu une banalité récréative. Les loisirs abondent et, pour parfaire le tout, des drogues douces sont distribuées gratuitement par l’Etat pour que les gens soient heureux.

L’apanage de ce monde est donc la sécurité. C’est un ordre parfait, construit sur l’abêtissement et la robotisation de l’homme que mille conditionnements auront pu modeler pour qu’il serve l’économie sans broncher. La notion de révolte est entièrement inconnue car « un Etat totalitaire vraiment efficient serait celui dans lequel le tout-puissant comité exécutif des chefs politiques et leur armée de directeur auraient la haute main sur une population d’esclaves qu’il serait inutile de contraindre, parce qu’ils auraient l’amour de leur servitude », nous dit encore fort intelligemment Huxley.

Il est extrêmement facile et légitime d’établir un parallèle entre l’utopie brillamment imaginée par celui qui recevra en 1959 le « Award of Merit for the Novel » par l’Académie américaine des arts et des lettres, et le monde tel qu’il s’oriente aujourd’hui. Pour éviter de faire partie des paranoïaques, c’est point par point que j’essayerai de mettre en exergue les similitudes probables du Meilleur des mondes avec un possible monde de demain :

-  Une société basée sur l’économie et pour l’économie.
Est-il nécessaire de démontrer le rôle immense de l’économie dans une société où le capitalisme est de plus en plus sans morale et sans contrôle ? L’argent est notre nouveau dieu et le travail est sa prière. Aujourd’hui, il asservit plus l’homme qu’il ne le sert.

-  Un Etat mondial totalitaire qui se pare du mot « démocratie ».
C’est le but inavoué de la mondialisation sans contrôle : la disparition des frontières et des cultures particulières pour l’avènement d’un Etat mondial, sans demander l’avis des gens, bien entendu.

-  Une petite élite blanche et un peuple divisé et conditionné pour le travail.
Alors que les peuples sont poussés au métissage généralisé, l’élite, elle, ne se métisse jamais. Le reste des gens est fait pour consommer et pour travailler, rien d’autre.

-  La disparition des familles, une reproduction artificielle.
La notion de famille, suivant la logique marxiste qui la réduit à une simple communauté économique, souffre beaucoup. Les sociologues actuels démontrent mieux que ce que je pourrais le faire, l’affaiblissement, voire la disparition progressive, des liens familiaux. Quant à la reproduction artificielle, la science travaille bien à ce but. Ce n’est pas une ineptie d’imaginer que les femmes de demain, obsédées comme elles le sont déjà par l’esthétisme, préféreront peut-être des utérus artificiels pour avoir des enfants.

-  Le sexe comme banalité.
Ai-je aussi besoin de décrire comment le sexe s’est banalisé dans notre société ? C’est un très bon moyen d’abêtir l’homme que de le rendre obsédé par cette idée.

-  La consommation généralisée de drogues douces.
Les dernières études et sondages démontrent bien que la consommation d’antidépresseurs, de médicaments et de drogues douces comme le cannabis est alarmante. C’est une esquisse de « l’humanité sous perfusion ».

-  Le conditionnement des individus.
La télévision dès le plus jeune âge et les loisirs si intellectuellement bas qu’on nous propose aujourd’hui font immanquablement penser aux fameux pains et aux jeux que l’on donne au peuple pour le contenter et l’abêtir.

Je pourrais continuer encore longtemps dans ces étonnantes similitudes, mais l’essentiel est dit. Bien sûr, cela pourrait aisément ressembler à de la parano. Cependant c’est une invective qui ne me touche guère car vouloir se préparer au pire est sans doute le meilleur moyen pour s’en préserver. Etre toujours satisfait du monde qui nous entoure, c’est aussi, a contrario, le meilleur moyen pour ne pas apercevoir les prodromes d’un monde affreux et pour être mené à la baguette.

Un tel monde serait peut-être stable, sécurisé et ordonné, mais le prix serait la disparition de la liberté. Pour certain, cela vaut le coût ; mais pour nous, c’est un prix bien trop cher. La liberté est le bien le plus précieux de l’humanité, elle est la condition de son véritable bonheur comme de son développement, et je préférerais même qu’elle abandonne à jamais tout droit au bonheur plutôt qu’elle soit un jour réduite à devoir se l’ingurgiter.

Or, je ne vois guère que chez le citoyen patriote le véritable rebelle à l’évolution d’un tel monde. En voulant défendre la liberté des peuples, il concourt aussi à la liberté tout court.

Alors, que les jeunes lisent Le Meilleur des mondes d’Huxley ! Cela leur permettra de stimuler leurs pensées et leur jugement sur le monde, pour que, qui sait, nous puissions un jour vraiment rêver à un monde... meilleur ?

Cet article est paru sur agoravox.
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