MENACES DE FAMINE DANS LES PAYS PAUVRES

Publié le par sceptix

Le prix des céréales provoque la révolte du tiers-monde

La flambée mondiale des prix des céréales fait basculer de nombreux pays pauvres dans la faim et la révolte.

 

Haïti vient de vivre une nouvelle journée de révoltes, qui a déjà fait quatre morts. En Egypte, la population est écrasée par l'inflation galopante, qui touche les produits alimentaires. Au Cameroun, on compte des dizaines de morts depuis le début du mois. Une grève générale a paralysé mardi Ouagadougou, capitale de Burkina Faso. Argentine, Yemen, Zimbabwe, Mexique, Sénégal, Bangladesh, Philippines, Guinée, Mauritanie, Maroc, Sénégal, Ouzbékistan… une trentaine d'autres pays ont aussi connu, ces derniers jours, des troubles liés à la hausse des prix.

La flambée des prix est une catastrophe pour les familles du tiers-monde, dont le revenu est consacré à hauteur de 70% à l'alimentation, contre 15% dans les pays développés. Le commissaire européen au Développement, Louis Michel, met en garde contre le risque d'un "vrai tsunami économique et humanitaire" en Afrique. Selon Bob Zoellick, président de la Banque Mondiale, la situation risque, dans certains pays comme l'Indonésie, d’annuler tous les progrès faits au cours des dix dernières années sur le front de la lutte contre la pauvreté... Revue de presse internationale.

Le quotidien la Stampa, en Italie, titre "splode la grande fame, Paesi poveri in rivolta": la grande faim explose, révoltes dans les pays pauvres.

" La FAO estime que la hausse a été en 2007 de 40% en moyenne pour le blé, qui est à son prix le plus haut depuis vingt ans, de même que le maïs, le riz mais aussi le soja, le colza et l'huile de palme qui maintienne en vie, plus ou moins, les populations immenses des pays pauvres. Hypnotisés par l'augmentation du prix du pétrole, les pays riches ne se sont pas rendus compte qu'un phénomène encore plus insidieux s'est développé: une famine mondiale. Pour les 2/3 de la planète une variation du prix du riz et de la farine signe le passage brutal à la faim."

Le Temps en Suisse évoque des émeutes de la faim sans précédent, rappelant comment tout a commencé:

"Les premières émeutes de la faim ont eu lieu au début de l'année dernière au Mexique, où le maïs et le blé, ingrédients nécessaires pour les tortillas avaient augmenté de plus de 40% par rapport à l'année précédente. (…) La goutte d'eau qui a fait déborder le vase en ce début d'avril est la flambée du riz. Son prix s'est envolé de 50% en l'espace de deux semaines suite à diverses actions visant à limiter les exportations, au Vietnam, en Thaïlande et en Inde. La semaine dernière, le cours a touché le sommet historique de 1000 dollars la tonne. Pour la moitié de l'humanité pour qui le riz est l'aliment de base, le calvaire est loin d'être fini".

Le Vietnam, la Thaïlande et l'Inde ne sont pas les seuls à avoir restreint les exportations. Le Cambodge, l'Egypte ont fait de même. Aux Philippines, l'armée a même été chargée de distribuer du riz dans les quartiers pauvres de Manille.

Cette situation a des causes multiples: disparition de terres agricoles (sous le double impact de l'urbanisation et de la désertification), hausse de la demande (liée au développement de certains pays), connexion des marchés de l'énergie et des marchés alimentaire (par le truchement des biocarburants)… A ce propos, Radio Canada rappelle qu’en 2008, "près de 18 % de la production céréalière américaine servira à la production d’éthanol."

Un article du New York Times, ici traduit sur Sudonline, évoquait récemment le rôle joué par un virus:

"Au Vietnam, un obscur virus a arrêté, depuis trois ans, la croissance jusque là continue des niveaux de production de riz. Selon Sushil Pandey, économiste agronome à l’Institut International de Recherche sur le Riz de Manille, jusqu’à ces dernières années, les probabilités d’évolutions rapides des prix étaient neutralisées par la tendance de nombreux gouvernements à constituer de larges réserves de riz afin de garantir leur sécurité alimentaire.

Mais le maintien de ces stocks engendrait un coût. Les gouvernements les ont donc réduits au cours de la dernière décennie, alors que la consommation mondiale de riz tendait à dépasser la production.

Les quantités relativement faibles qui échangées par-delà les frontières, combinées à des réserves réduites, permettent aujourd’hui d’importantes variations des prix lors d’interruptions dans les approvisionnements. Dans le même temps, les prix fixés sur le marché international du riz ont un impact de plus en plus sensible sur les prix pratiqués au sein des pays. Ceci s’est particulièrement vérifié à l’ère d’Internet et des téléphones mobiles, qui permet aux fermiers des régions les plus reculées de connaître les prix et d’apprécier la justesse de celui proposé par leurs propres acheteurs.

Le site Univers Nature publie la courbe impressionnante du prix du riz depuis 2000: "Pour la deuxième année consécutive, la hausse de la production
mondiale de riz est inférieure à la croissance démographique, ce qui
entraîne une diminution de la quantité disponible par habitant."

 

"Actuellement la population mondiale consomme plus de riz qu’elle n’en produit ; les stocks mondiaux ne cessent de diminuer et atteignent des niveaux critiques. En sept ans, les stocks de riz blanc ont été divisés par deux, passant de 147 millions de tonnes en 2000 à 71 millions en 2007. La situation est d’autant plus dramatique que comme le rappelle la FAO : « Le riz est l'aliment de base pour plus de la moitié de la population mondiale. Pour ne citer qu'un exemple, en Asie, plus de 2 milliards de personnes tirent 60 à 70 % de leur apport énergétique du riz et de ses dérivés".

Cette crise alimentaire menace la sécurité internationale, titre le quotidien britannique The Guardian, qui cite Sir John Holmes, secrétaire général adjoint de l'ONU, chargé des affaires humanitaires. Sir John s'exprimait depuis Dubai, après deux jours d'émeutes en Egypte:

"Les implications sur la sécurité ne devraient pas être sous-estimées, alors que des émeutes sont constatées à travers la planète. La tendance prise par les prix de l'alimentation devrait accroître l'insécurité alimentaire à la fois dans ces conséquences et dans sa gravité."

La crise actuelle a renforcé le procès contre les biocarburants. Naguère, ceux-ci étaient considérés par une partie des écologistes comme l'une des alternatives possibles au pétrole. Mais leurs partisans sont de moins en moins nombreux. L'exploitation de biocarburants se fait en effet au détriment des autres cultures. Et lorsque les prix du pétrole flambent, cela se répercute sur les prix de ces produits, et du même coup sur les prix de tous les autres produits agricoles. D'où le titre du magazine américain "reason" (proche des libertariens): "La grosse erreur verte". Le problème tient en trois mots, selon le magazine:

"Stupides politiques de l'énergie. Bien qu'ils ne se substituent pas parfaitement l'un à l'autre, le pétrole et le gaz naturelle ont tendance à évoluer de conserve. Quand les prix du brut sont passé au dessus de la barre de 100 dollars le baril, les prix du gaz ont suivi. Or le gaz naturel est l'élément principal à la fabrication d'engrais azotés. De même que les prix du gaz ont bondi, celui des engrais ont grimpé de 200% (…) L'augmentation des prix du brut contribuent également à celle des prix alimentaires, parce que les agriculteurs dont besoin d'essence pour leurs tracteurs et pour acheminer leurs denrées vers les marchés. Mais il y a pire: la folie du bioethanol. Les hommes politiques, à la fois aux Etats-Unis et dans l'Union européenne exigent que de larges quantités de nourriture soient transformées en carburant, obsédés qu'ils sont par la chimérique poursuite de l'indépendance énergétique."

Selon Reason, 100 million tonnes de céréales seront transformées cette année en carburants, ce qui mettra les stocks planétaires à leur plus bas niveau depuis des décennies. Or, 100 millions de tonnes peuvent nourrir 450 millions de personnes pendant un an…

Publié dans La merde qu'on bouffe

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