La forêt tropicale disparaît à une vitesse alarmante

Publié le par sceptix

peut-être pourrions-nous rappeler à tous ceux qui sont à Rome au sommet de la FAO qu'il y a URGENCE.
5 mars 2008

Amazonie, poumon de la planète, nous ont appris nos professeurs, bien avant que le CO2 n’obscurcisse le ciel. La forêt primaire, élément essentiel des équilibres macroscopiques du vivant, dépérit sous les atteintes dues à l’extension des terres agricoles et à l’exploitation des bois précieux. « Si nous perdons les forêts, nous perdons le combat contre le réchauffement climatique, » avertissent les scientifiques.

 

Par Edward Harris, Associated Press, 3 fevrier 2008

 

Au cœur de la forêt tropicale retentit le vrombissement lointain d’une tronçonneuse, déchirant le silence de midi. Ce fracas, dont l’écho s’éveille d’arbre en arbre, c’est le bruit de la destruction qui se répercute de continents en continents dans la forêt primaire ceinturant la planète. Du Brésil à l’Afrique Centrale, en passant par les îles autrefois luxuriantes des archipels asiatiques, l’emprise humaine décime la forêt.

Les écologistes, dans l’indifférence, ont sonné l’alarme depuis des décennies. Le paysage s’est pourtant transformé. L’Afrique vient en tête désormais, dans la déforestation. Les chiffres eux aussi ne sont plus les mêmes : les spécialistes de l’ONU estiment que 25 hectares de forêt disparaissent dans le monde à chaque minute, contre 20 il y a de cela une génération. Désormais, les craintes ne sont plus les mêmes.

Les experts mettent toujours en garde contre l’extinction des espèces et des variétés végétales, contre la perte des habitats dépendant des écosystèmes forestiers, contre l’érosion du sol et d’autres méfaits. Mais les scientifiques s’inquiètent aujourd’hui d’une manière pressante d’un autre phénomène : le lien vital de l’interaction entre les arbres et le climat.

Le réchauffement climatique devrait dessécher et faire mourir de vastes étendues de forêts tropicales. Et ces forêts, en disparaissant, contribueront à ce réchauffement.

« Si nous perdons les forêts, nous perdons le combat contre le réchauffement climatique, » ont averti plus de 300 scientifiques, groupes de défense de l’environnement et dignitaires religieux, qui ont lancé un appel à l’action à la conférence de Bali, en décembre.

Le brûlis des arbres ou le pourrissement qui accompagne la déforestation - sous les coups des fermiers, éleveurs, et des forestiers - répand dans l’atmosphère plus de dioxyde de carbone que tous les avions, trains, camions et automobiles réunis. La destruction des forêts compte pour 20% dans l’ensemble des émissions dues à l’homme, en deuxième position après la combustion de carburants fossiles pour la production d’électricité et de chaleur. A l’inverse, des forêts saines absorbent et stockent le carbone.

« Les enjeux sont si importants que si nous ne renversons pas la tendance dans les 10 ans, la crise de l’extinction et celle du climat commenceront à échapper à tout contrôle, » prévient Roman Paul Czebiniak, expert forestier de Greenpeace, qui juge que c’est « un énorme problème. »

La session de l’ONU en décembre à Bali pourrait avoir marqué un moment décisif avec l’ouverture de négociations durant lesquelles les nations devraient définir le premier plan de financement mondial destiné à indemniser les pays en développement pour qu’ils protègent leurs forêts.

Les dernières données de la FAO ont encouragé les délégués à agir.

« La déforestation se poursuit au rythme alarmant de 13 millions d’hectares par an, » indique l’agence onusienne dans son dernier rapport State of the World’s Forests.

Dans la mesure ou la superficie des forêts du nord reste plutôt stable, cela signifie que 130 mille km2 disparaissent chaque année, soit l’équivalent de l’état du Mississipi ou près du quart de la superficie de la France. Uniquement pour les tropiques, les grumes et les branches coupées représentent un volume équivalent à 1000 Empire State Building.

Bien que l’Afrique perde moins de surface forestière chaque année que l’Amérique du Sud, le taux de déforestation y est bien plus élevé : près d’un pourcent des forêts disparaissent chaque année. En 2000-2005, ce continent a perdu 4 millions d’hectares par an, avec de vastes étendues au Soudan, en Zambie et en Tanzanie, en augmentation de plus de 10% en dix ans, indique la FAO.

Tout autour des tropiques, les causes de cette déforestation peuvent varier considérablement.

L’Amazonie et les forêts tropicales d’Amérique du Sud sont en général brûlées pour offrir un pâturage au bétail ou permettre la culture du soja à une échelle industrielle. En Indonésie et en Asie du Sud Est, les forêts des îles sont abattues ou brûlées pour laisser la place à des plantations géantes de palmiers dont l’huile est utilisée dans l’alimentaire, les cosmétiques ainsi que d’autres fabrications.

En Afrique, au contraire, on assiste à la coupe de petites parcelles pour des exploitations familiales.

Au Nigeria, dans la région de Cross River, au sud est, qui abrite l’une des plus grandes forêts tropicales de l’Afrique, les villageois de la région, qui vivent dans des huttes et de habitations de parpaings, se rendent chaque jour dans la forêt avoisinante dans leurs plantations d’ananas et de cacao. Ils n’ont aucun autre moyen de subvenir aux besoins de leurs familles.

« Les pays développés veulent que nous conservions la forêt, car l’air que nous respirons est partagé par les pays riches comme les pauvres, » constate Ogar Assam Effa, le directeur d’une plantation forestière également membre d’une agence de conservation de l’environnement.

« Mais tandis que nous respirons, nos ventres sont vides. Les protéines viennent-elles de l’air ? L’air peut-il produire des glucides ... » demande M. Effa. « Il serait simple de convaincre les paysans d’arrêter d’abattre la forêt s’il existait des alternatives. »

Le gouvernement qui a interdit l’abattage depuis déjà longtemps tente d’offrir d’autres solutions.

L’administration de la région de Cross River, frontalière avec le Cameroun, travaille avec les communautés villageoises, comme celle d’Abo Ebam, afin d’aider les paysans qui veulent s’installer à maîtriser d’autres activités, comme l’apiculture ou l’élevage d’escargots sauvages de belle taille, qui sont appréciés localement.

L’administration a également établi un nouveau système de licences. Quiconque veut abattre un arbre d’acajou ou de bois précieux doit obtenir une autorisation et négocier la coupe avec les villages proches, qui partagent les revenus. Les troncs ne peuvent être extraits entiers, mais doivent être débités en planches dans la forêt par des scieurs de long, tels David Anfor.

Ce père de famille de 35 ans, qui est l’un d’entre eux, gagne l’équivalent de 75 centimes de dollar par planche débitée à la tronçonneuse. « La forêt est notre ressource naturelle. Nous nous efforçons de la conserver, » dit-il, « mais je travaille aussi pour me nourrir chaque jour. »

Une communauté qui tire sa subsistance d’une exploitation à une échelle aussi réduite éconduit sans doute ceux qui se livrent à l’abattage illégal, sans contrôle. Mais la surveillance assurée par les quelques gardes est malaisée dans une région de 9000 km2 de forêt inviolée.

Lors d’une excursion au cœur de la forêt, là ou la luxuriance de la végétation ne laisse filtrer que de rares rayons de lumière, les cris d’ oiseaux et l’écho lointain d’une tronçonneuse étaient les seuls sons qui troublaient le silence. Lorsque les gardes forestiers ont tenté de se rapprocher pour vérification, le coupeur s’est enfui au plus profond de la jungle, en un aveu d’une activité illégale.

Les défenseurs de l’environnement jugent que ce type de mesures de conservation peut être efficace dans ces régions agricoles du Nigeria qui ont perdu environ 60 000 km2 de forêt entre 1990 et 2005, soit près d’un tiers du total de la surface boisée du pays, et connaît l’un des plus haut taux de déforestation au monde, atteignant 3% l’an.

Mais les leçons apprises ici ne sont pas forcément applicables partout, mettent-ils en garde. Une stratégie mondiale est requise, qui mobilise toutes les nations où la forêt primaire existe.

Là est l’objectif des discussions qui suivront Bali. Il s’agit d’intégrer la dimension de la préservation des forêts dans le système de la taxation du carbone. Une nation bénéficiant de « crédits carbone, » pour avoir su éviter la déforestation, pourrait alors par exemple les revendre à une centrale électrique européenne, l’aidant ainsi à respecter ses quotas d’émissions.

« Ces forêts sont le plus grand service public mondial, » a déclaré le Prince Charles lors de la conférence de Bali. « De toute urgence, nous devons trouver les moyens de les valoriser plus lorsqu’elles vivent que quand elles sont mortes. »

« Tout à coup, le monde entier se préoccupe de déforestation, » note Duncan Pollard, de WWF.

Cependant les forêts tropicales sont encore un monde plein d’inconnus, au sujet duquel les scientifiques ont plus de questions que de réponses.

Quelle est la quantité de dioxyde de carbone absorbée par ces forêts ? Combien en stockent-elles ? A quel point la mort de la forêt amazonienne pourrait affecter le climat du Middle West ? Des centaines de chercheurs consacrent des milliers d’heures de travail à tenter de répondre à ces questions avant qu’il ne soit trop tard.

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