Biso na Biso, une radio pygmée pour préserver les forêts

Publié le par sceptix


Le média doit participer à une gestion durable des massifs forestiers du Nord Congo

L’organisation Tropical Forest Trust et la Congolaise Industrielle du Bois - la première compagnie forestière au Congo, pays où vient de s’achever le 6e Forum mondial du développement - sont à l’origine du projet de radio pygmée Biso na Biso. Le média communautaire devrait émettre à partir de janvier dans la concession forestière de Pokola, dans le Nord Congo. L’une de ses missions sera d’intégrer les Pygmées dans les efforts de gestion durable des forêts. Précisions de Norbert Gami, coordinateur du programme.



samedi 1er novembre 2008, par Habibou Bangré


Le savoir ancestral des Pygmées est une véritable arme pour préserver les massifs forestiers et la biodiversité qu’ils abritent. L’organisation Tropical Forest Trust (TFT) et la Congolaise Industrielle du Bois l’ont bien compris. Elles ont donc décidé de créer la radio communautaire Biso na Biso (« entre nous », en lingala), qui devrait commencer à émettre en janvier. La radio, notamment financée par la Banque Mondiale et la Fondation Chirac, sera animée par et pour les Pygmées du Nord Congo. Ils s’exprimeront dans leur propre langue pour dénoncer les activités forestières illégales et pour transmettre leurs traditions et leurs savoirs aux jeunes générations. Norbert Gami est anthropologue pour le programme social de TFT et coordinateur du projet Biso na Biso. Il précise les objectifs de cette radio, la première à émettre en langue autochtone.

Afrik.com : Quels sont les objectifs de la radio Biso na Biso ?
Norbert Gami :
L’objectif est d’encourager le dialogue entre les Pygmées et les exploitants forestiers en permettant des échanges sur les savoirs traditionnels et modernes. L’idée étant de mieux faire passer les messages destinés à une gestion durable des forêts. Le but de Biso na Biso est aussi de valoriser la culture pygmée car c’est une culture qui commençait à disparaître. Grâce à la radio, les jeunes qui perdent leur culture seront sensibilisés à l’importance de connaître la forêt et à celle de la conserver intacte pour les générations futures. Biso na Biso sera par ailleurs un lieu d’échanges culturels. Les émissions seront traduites dans près de 14 langues et permettront aux Pygmées et aux Bantous de mieux s’entendre.

Afrik.com : Quels thèmes seront abordés dans les émissions ?
Norbert Gami :
Le Conseil supérieur de la liberté de la communication a classé Biso na Biso comme radio communautaire à objectif culturel. Les animateurs se rendront dans les campements de Pygmées et réaliseront des émissions à thème sur la chasse, la santé, l’exploitation forestière... Un comité sera chargé de vérifier la véracité des émissions. Les sujets concernant la religion et la politique seront exclus. Pour un début, nous voulons les éviter car dans notre zone nous avons des associations pygmées fortes qui s’expriment dans les médias nationaux sur ces thèmes. Par ailleurs, ce n’est pas à cette radio de résoudre les problèmes politiques.

Afrik.com : Comment les Pygmées ont accueilli l’arrivée de Biso na Biso ?
Norbert Gami :
Ils l’ont très bien accueillie. Lorsque nous sommes allés dans les villages pour leur annoncer la nouvelle, nous leur avons expliqué que cette radio était leur radio, qu’ils pouvaient passer des messages, annoncer le décès de quelqu’un à un autre village, raconter les histoires de chasse de leurs grands-parents… Le fait qu’ils ne soient pas obligés de parler en lingala leur plaît.

Afrik.com : La réaction des exploitants forestiers ?
Norbert Gami :
La Congolaise Industrielle du Bois est la première compagnie forestière au Congo. Elle a fait certifier 700 000 hectares où il applique une gestion durable des ressources. Elle travaille donc déjà avec les communautés pygmées. La création de la radio est pour elle un plus.

Afrik.com : Où émettra Biso na Biso ?
Norbert Gami :
Elle émettra dans un rayon de 100 à 150km dans la zone de Pokola, dans le Nord. Je pense que la radio touchera entre 10 000 et 15 000 personnes dans cette région, et qu’elle touchera un peu la République Centrafricaine et le Cameroun.

Afrik.com : Les Pygmées vivent en pleine forêt, sans électricité. Comment pourront-ils écouter Biso na Biso ?
Norbert Gami :
Nous avons fait des tests avec deux postes radio choisis avec l’aide de nos collègues de la University College London. Depuis deux ans, les communautés pygmées se partagent ces radios qui fonctionnent avec des émetteurs relais. Ces radios fonctionnent grâce à une dynamo. Il n’y a pas besoin de piles, il suffit de tourner la manivelle cinq minutes pour capter l’énergie solaire et recharger la radio. Ce qui est facile puisque nous sommes dans une zone tropicale où il y a du soleil toute l’année.

Afrik.com : Comment seront distribuées les radios ?
Norbert Gami :
Les Pygmées sont organisés en clans. Nous allons donner un radio par lignage, ce qui devrait faire entre 1 000 et 2 000 radios. Nous sommes en train de recenser les communautés semi-nomades pour avoir une estimation plus précise. Les radios seront uniquement distribuées aux Pygmées qui vivent en forêt car ceux de la ville ont déjà une radio.

- Lire aussi : L’Afrique au cœur des enjeux du développement durable

http://www.afrik.com/article15458.html


L'Afrique centrale cherche à monnayer sa forêt tropicale

L'équation est injuste, alors que ce continent émet moins de CO2 que le Texas, l'Afrique pourrait être la région du monde la plus touchée par le changement climatique. Mais grâce à la forêt tropicale qui s'étend autour du bassin du Congo - la deuxième plus grande du monde après celle de l'Amazonie -, elle possède aussi une partie de la solution que tente d'échafauder la communauté internationale pour stabiliser le réchauffement.

LA déforestation est jugée responsable de 18 % des gaz à effet de serre présents dans l'atmosphère. Freiner le déboisement est donc devenu un des enjeux majeurs des années à venir. Les six pays - Cameroun, République du Congo, République démocratique du Congo (RDC), Gabon, Guinée Équatoriale, Centrafrique - qui se partagent les 227 millions d'hectares du Bassin du Congo comptent sur l'argent de la communauté internationale pour financer l'effort qui leur est demandé.

Combien, comment, pour qui ? Ces questions sont loin d'êtres réglées alors qu'en arrière-plan des débats, les experts pointent d'ores et déjà le risque de voir se créer une nouvelle rente qui ne profite pas aux populations de ces pays parmi les plus pauvres de la planète. "Les efforts que nous fournissons pour conserver la forêt doivent être reconnus par la communauté internationale", a plaidé Henri Djombo, ministre de l'économie forestière du Congo, à l'occasion du Forum mondial du développement durable organisé à l'initiative de la revue Passages, du lundi 27 au jeudi 30 octobre à Brazzaville (République du Congo).

Sur le principe, cette contrepartie financière a été actée lors de la conférence de Bali sur le climat en décembre 2007. Un mécanisme rémunérant les réductions d'émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts (REDD) devrait voir le jour à partir de 2013 dans le régime international de lutte contre le changement climatique, qui remplacera le protocole de Kyoto.

Au fil des mois cependant, les Africains, qui croyaient avoir arraché une victoire à Bali, ont commencé à douter. A la différence du Brésil et de l'Indonésie, où la forêt recule sous le coup de vastes coupes blanches ouvrant de nouveaux espaces aux cultures agricoles ou aux agrocarburants, la disparition de la forêt congolaise est beaucoup moins spectaculaire. Elle prend jusqu'à présent davantage la forme d'un mitage. D'où le risque que la compensation ne soit pas à leur avantage.

"Il est très difficile de mesurer la dégradation et tous les experts consultés nous disent que cela serait extrêmement coûteux", reconnaît Vincent Kasulu, un des négociateurs africains. L'autre option que les pays africains sont tentés de pousser consisterait à rémunérer la forêt sur pied sous forme de rente versée en argent ou en crédits-carbone. Mais "on ne peut pas verser une rente indépendamment des politiques menées, ce serait contre-productif", prévient Alain Karsenty, du Centre international en recherche agronomique pour le développement (Cirad).

 

"BIEN PUBLIC MONDIAL"

 

L'enjeu financier pour ces pays est considérable car il s'agit de prendre en compte tous les services rendus au titre du climat et de la préservation de la biodiversité et pas seulement le prix du bois sur le marché international. A Brazzaville, l'expert de la Banque mondiale Paul Martin a montré qu'à côté des 160 millions de dollars que la RDC tire de la vente du bois, il faudrait comptabiliser 1 milliard de dollars liés au commerce de viande de brousse, 1 milliard de l'utilisation du bois comme combustible et 500 millions encore pour le rôle de remparts contre les inondations que joue la forêt. Le gouvernement de la RDC estime ainsi qu'il faudrait lui verser 3 milliards de dollars par an pour sauver "ce bien public mondial", soit autant que son budget annuel actuel.

Personne n'envisage de signer un tel chèque en blanc. "Le sort de la forêt se joue en dehors de ses limites, il faut réformer le droit foncier, qui encourage la déforestation, en accordant le droit d'exploiter toute terre nouvellement conquise. Il faut encourager les paysans à changer leurs pratiques agricoles", explique Alain Karsenty.

Dans cette région du monde, des dizaines de millions de personnes tirent leur subsistance de la forêt. "Si l'urbanisation rapide peut faire illusion, il ne faut pas oublier que la croissance démographique dans les zones rurales reste forte et que les pressions sur la forêt vont aller croissantes", rappelle le géographe français Roland Pourtier.

Sans traiter le problème de la pauvreté rurale, la forêt pourra difficilement être sauvée. Les gouvernements sont-ils les mieux placés pour cela ? Le bilan des dernières décennies ne plaide pas en leur faveur. "L'Afrique centrale a échoué à produire des richesses pour le plus grand nombre parce que nos gouvernants se sont comportés avec nos ressources naturelles comme de véritables prédateurs", dénonce Mwayila Tshiyembe, directeur de l'institut panafricain de géopolitique, redoutant qu'une manne financière liée à la forêt ne subisse le même sort qu'une grande partie de l'aide au développement.

 



La France coupe les vivres à l’Afrique

Cinquante-cinq projets africains vont être privés des subventions françaises

La France va limiter son aide bilatérale à des pays à « forte visibilité politique » et près de 55 projets africains seront ainsi privés de subventions. Alors qu’Alain Joyandet, secrétaire d’Etat français à la Coopération, s’est engagé lundi dans un communiqué à ne pas faire payer l’Afrique pour la crise financière que subit la France mais au contraire d’augmenter son aide au continent africain, l’ONG Oxfam-Agir ici s’est procuré un télégramme diplomatique plutôt embarrassant.

La suite :  http://www.afrik.com/article15561.html

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