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Publié le par sceptix

Roland Marounek (alerte otan)

Ukraine et de la Géorgie à l'OTAN: le refus permettra un "dégrisement des esprits" (Kossatchev)
 
MOSCOU, 3 décembre - RIA Novosti. Le refus d'associer l'Ukraine et la Géorgie au Plan d'action pour l'adhésion à l'OTAN (MAP) permettra un "dégrisement des esprits" des pays membres de l'Alliance, a déclaré mercredi le président du Comité pour les Affaires internationales de la Douma (chambre basse du parlement russe) Konstantin Kossatchev.
 
"La plupart des membres de l'OTAN ont refusé leur soutien à l'Ukraine et à la Géorgie. Il s'agit de dégriser les esprits au sein de l'Alliance: Kiev et Tbilissi n'apporteraient que de nouveaux problèmes, freinant l'activité otanienne, et ne favoriseraient en rien la résolution des problèmes intérieurs et extérieurs de l'OTAN", a-t-il affirmé.
 
Selon lui, la position euro-atlantique est désormais stable et durable.
 
"Je suis persuadé que les approches américaines en la matière ne recevront aucun appui", a poursuivi M. Kossatchev, notant que ce bilan était prévisible.
 
Réunis mardi à Bruxelles, les chefs de diplomatie des 26 pays membres de l'OTAN n'ont associé ni Kiev ni Tbilissi au Plan d'action pour l'adhésion à l'Alliance (MAP). En contrepartie, ils ont adopté un nouveau format de relations avec ces pays, baptisé "plan annuel de coopération".
 
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OTAN: pas d'adhésion de l'Ukraine et de la Géorgie avant 20 ans (expert)
 
MOSCOU, 3 octobre - RIA Novosti. L'adhésion de l'Ukraine et de la Géorgie à l'OTAN est exclue au cours des 20 prochaines années, estime Alexandre Khramtchikhine, chercheur à l'Institut d'analyse militaire et politique de Moscou.
 
"Cette possibilité est absolument exclue, surtout après les hostilités d'août dernier dans le Caucase du Sud. Il est évident que l'Europe n'admettra pas ces pays au sein de l'Alliance atlantique, tout au moins au cours des 20 prochaines années. Or, nul ne sait ce qui se passera d'ici là", a-t-il affirmé, commentant les résultats de la réunion des chefs de diplomatie des pays membres de l'OTAN tenue mardi à Bruxelles.
 
Selon le secrétaire général de l'Alliance, Jaap de Hoop Scheffer, les deux pays ont réalisé des progrès considérables, mais il leur restait encore beaucoup à faire pour s'adapter aux normes otaniennes. Il a néanmoins souligné que l'idée d'associer Kiev et Tbilissi au Plan d'action pour l'adhésion à l'Alliance (MAP) restait valide.
 
"L'OTAN intensifiera et renforcera son aide au sein des commissions OTAN-Ukraine et OTAN-Géorgie", a-t-il fait savoir, ajoutant que l'Alliance proposerait à ces pays un nouveau format de relations: un plan annuel de coopération.
 
"Ce nouveau format traduit au fond la tendance de l'Europe à enterrer la question. Elle n'a pas le courage de leur dire: nous ne vous admettrons en aucune circonstance parce que nous ne voulons pas nous quereller avec Moscou", a souligné M. Khramtchikhine.
 
"L'OTAN a besoin de la Russie ne serait-ce qu'à cause de l'Afghanistan, mais c'est pour cette même raison que nous avons besoin de l'OTAN nous aussi", a-t-il conclu.
 
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Le Premier ministre géorgien rappelle l’Otan à ses promesses
 
jeudi 4 décembre 2008, par Stéphane/armenews
http://www.armenews.com/article.php3?id_article=47109
 
Le nouveau Premier ministre géorgien Grigol Mgaloblichvili a rappelé lundi la promesse de l’Otan d’accepter la Géorgie en son sein, même s’il a reconnu que le "mécanisme" à utiliser pour favoriser cette intégration faisait débat entre les pays de l’alliance occidentale.
 
A la veille d’une réunion ministérielle de l’Otan où la question d’un rapprochement avec la Géorgie et l’Ukraine doit être rediscutée, le chef du gouvernement géorgien a souligné que les pays alliés avaient promis d’ouvrir ses portes à Tbilissi à terme lors de leur sommet de Bucarest en avril.
 
"Il est plus qu’évident que la décision politique a été prise au sommet de Bucarest que la Géorgie deviendrait membre de l’Otan", a-t-il déclaré, à l’occasion de sa première visite au siège de la Commission européenne à Bruxelles.
 
"Il y a parfois de la confusion sur ce qu’est l’objectif ultime de la Géorgie : la Géorgie n’a pas pour objectif ultime d’obtenir le MAP (plan d’action en vue de l’adhésion) mais d’accélérer son intégration à l’Otan", a ajouté M. Mgaloblichvili.
 
Quant au "mécanisme qui sera utilisé pour faciliter cette intégration, il est encore en discussion", a reconnu le Premier ministre.
 
Dans une apparente concession à ses alliés européens opposés à une adhésion de la Géorgie - comme l’Allemagne et la France - Washington semble désormais privilégier un renforcement de la coopération via la commission Otan-Géorgie créée en août, au lendemain du conflit géorgien.
 
Mais Berlin veut la garantie qu’il ne s’agit pas de contourner le MAP pour accélérer l’adhésion des deux pays.
 
Preuve des divergences, les diplomates de l’Otan n’étaient toujours pas d’accord lundi soir sur les termes exacts de la déclaration que les pays membres devaient publier à l’issue de leur réunion ministérielle.
 
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OTAN: pourquoi Saakachvili a perdu
 
Vincent Jauvert, grand reporter au Nouvel Observateur
http://globe.blogs.nouvelobs.com/archive/2008/12/03/otan-la-defaite-de-saakachvili.html
 
C'était LA réunion.
 
Une réunion décidée en avril dernier au sommet de l'Otan de Bucarest.
 
Hier, à Bruxelles, les ministres des Affaires étrangères de l'Alliance atlantique devaient décider si la Géorgie et l'Ukraine pouvaient bénéficier dès maintenant d'un "Plan d'Action pour l'Adhésion à l'Otan" (MAP selon l'acronyme anglais).
 
Autrement dit, si ces deux ex républiques soviétiques pouvaient rejoindre maintenant la famille euro-atlantique.
 
Les observateurs estiment que le conflit d'août s'explique (en partie) par la volonté des deux parties de forcer la décision d'hier (en faveur du MAP côté géorgien, contre côté russe.)
 
Et c'est Moscou qui a gagné.
 
Sur presque toute la ligne.
 
Hier, il a été décidé que non seulement Kiev et Tbilissi n'auraient pas tout de suite ce MAP tant espéré (en Géorgie en tous cas), mais aussi que les relations entre l'Otan et la Russie, gélées après la crise d'août, allaient reprendre (de manière "informelle" au début).
 
Ce n'est pas tout.
 
Hier, au grand dam de la Géorgie, l'Union Européenne et la Russie ont relancé leurs discussions sur un partenariat stratégique, discussions elles aussi "reportées" à cause de la guerre.
 
Pourquoi cette défaite de Saakachvili, que l'on s'empresse de célébrer à Moscou.
 
Je vois trois raisons, au moins:
 
- L' Europe et les Etats-Unis ont besoin de la Russie pour résoudre la crise financière.
 
- La plupart des grands pays européens (Allemagne en tête) veulent reprendre au plus vite "business as usual" avec Moscou, à cause de leur dépendance énergétique vis à vis de la Russie (l'hiver approche) et parce que, bien qu'en crise, la Russie demeure un vaste marché potentiel.
 
- Malgré tous ses efforts, Mikheïl Saakachvili n'a pas réussi à convaincre l'Allemagne, la France et d'autres qu'il n'était pas le responsable de la guerre. Il a eu beau faire le tour des capitales, écrire un livre, accuser la Russie de dépenser des milliards en propagande anti-géorgienne et s'expliquer en direct à la télévision géorgienne (une première dans cette région), son "spin" n'a pas marché.
 
Au contraire.
 
Au fur et à mesure que le temps passe, ses soutiens politiques et médiatiques à l'étranger se réduisent comme peau de chagrin.
 
Comme si, après l'avoir trop adulé, on était soulagé de pouvoir le crucifier.
 
Pourtant le jeune président géorgien ne mérite pas plus cet éreintement systématique qu'il ne méritait, il y a quelques mois, ces louanges béates que l'on entendait à la Maison Blanche, à Downing Street ou à l'Elysée.
 
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Les Russes jubilent
 
http://www.dedefensa.org/article-les_russes_jubilent_04_12_2008.html
 
Pour les Russes, la décision de l’OTAN de ne pas ouvrir la voie à une adhésion de la Géorgie et de l’Ukraine est une “victoire géopolitique”. La même réunion de l’OTAN (ministres des affaires étrangères, 2 et 3 décembre) a décidé la reprise des contacts réguliers entre l’OTAN et la Russie, fermant la parenthèse de la crise géorgienne, ouverte le 7 août dernier, sans aucune des concessions essentielles que l’OTAN demandait aux Russes (notamment dans l'affaire de la reconnaissance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud). Les Russes ne cachent pas leur satisfaction, exprimée de diverses manières, plus ou moins diplomatiquement.
 
D’abord, la réaction du représentant de la Russie auprès de l’OTAN, Dmitri Rogozine (qui devrait rencontrer le secrétaire général de l'OTAN “dans les jours prochains”), – le 3 décembre, sur Novosti :
«La Russie est prête à relancer le dialogue avec l'Alliance de l'Atlantique Nord (OTAN) dans le cadre du Conseil Russie-OTAN, a déclaré mercredi à Bruxelles le représentant permanent de la Russie auprès de l'OTAN Dmitri Rogozine. “L'OTAN fait un pas vers la Russie et il serait irresponsable et irréfléchi de notre part de ne pas le noter”, a indiqué M.Rogozine commentant la décision des ministres des Affaires étrangères de l'OTAN réunis à Bruxelles de charger le secrétaire général de l'Alliance Jaap de Hoop Scheffer de reprendre les contacts informels avec les représentants de la Russie.»
 
Les échos sont également favorables du côté du ministère des affaires étrangères, du côté de Medvedev ou du côté de Poutine. Des sources moins “autorisées” ou moins officielles donnent des appréciations plus abruptes sur cette évolution occidentale.
 
Il y a les opinions d’experts interviewés également par Novosti, qui situent cette amélioration des relations avec l’OTAN notamment au niveau des pressions diverses exercées sur les Occidentaux. Il y a les affaires d’Afghanistan et des missiles Iksander que les Russes menacent de déployer à Kaliningrad, ces faits étant présentés comme les causes de l’évolution occidentale. (Selon une dépêche Novosti du 4 décembre.)
«“Si l'OTAN le veut vraiment, elle peut entamer une coopération réelle et intense avec la Russie. Dans le futur il faut mettre le cap sur l'édification d'un système solide de sécurité européenne avec la participation des deux parties, basé sur des décisions communes visant son perfectionnement”, a déclaré jeudi lors d'une conférence de presse à RIA Novosti le directeur du Centre russe des évaluations stratégiques Sergueï Oznobichtchev, citant en exemple la mission de l'OTAN en Afghanistan qui répond aux intérêts de Moscou et favorise la sécurité des frontières méridionales de la Russie.
 
»Cette opinion est partagée par le spécialiste de l'Académie des sciences de Russie Vladimir Evseev, qui avoue que la coopération avec l'Alliance en tant qu'organisation militaire n'est possible que si les intérêts russo-otaniens sont réciproques. “Il a suffi que la Russie se déclare prête à déployer des systèmes de missiles Iskander à Kaliningrad pour que les Etats-Unis fassent des concessions”, a-t-il noté.»
Nous signalons également des déclarations du président du Comité pour les Affaires internationales du Conseil de la Fédération Mikhaïl Marguelov, qui situent l'importance de l'enjeu et la position de l'OTAN (dans Novosti toujours, le 4 décembre encore).
«La décision de l'OTAN de relancer le dialogue avec la Russie et de refuser le MAP à l'Ukraine et la Géorgie signifie que l'Alliance est prête à des concessions considérables vis-à-vis de Moscou, estime le président du Comité pour les Affaires internationales du Conseil de la Fédération Mikhaïl Marguelov. “L'initiative du dialogue émane de l'OTAN, Bruxelles a donc besoin de coopérer avec Moscou”, a indiqué jeudi à RIA Novosti M.Marguelov.
 
»Selon le sénateur russe, le refus d'intégrer l'Ukraine et la Géorgie au MAP est une concession géopolitique. Prochainement, les Etats-Unis, leader de l'OTAN, auront un nouvel ennemi: l'Afghanistan prendra la place de l'Irak. “Mais, sans de bonnes relations avec la Russie, les opérations à côté de ses frontières resteront sans succès”, a fait savoir M.Marguelov. Selon lui, le couloir de transport qui part de l'Europe et traverse la Russie pour rejoindre l'Afghanistan ne peut pas être remplacé.»
Nous ne signalons pas ces diverses déclarations pour former un corps d’information précis mais pour caractériser un climat chez les Russes. Pour cela, la consultation de sources variées est utile, et la concordance des analyses est révélatrice. Pour les Russes, les décisions de l’OTAN sont une victoire qui provient aussi bien de la fermeté de leur politique que des atouts dont ils disposent, qui ont pris tout leur poids à cause des risques inconsidérés pris par les Occidentaux.
 
Plus encore, le ton des déclarations, celles-ci et d’autres, les assurances données de divers côté, notamment du côté de Medvedev, que l’on va vers une amélioration des relations, non seulement avec l’UE mais avec les USA, conduisent à penser que les Russes ont des garanties. Ils semblent notamment avoir des garanties de la part de la nouvelle administration Obama, pour une détente de la situation en Europe et dans les rapports entre les USA et la Russie. Il y a certes la question de l’Afghanistan, où les USA voudraient l’aide des Russes s’ils en font leur front principal, mais il y aurait surtout la volonté du President-elect d’avoir les mains libres partout où il le peut pour mieux se concentrer sur la crise intérieure des USA.
 
C’est l’analyse des Russes et, jusque là, tous les éléments disponibles semblent la conforter et la justifier. La situation est telle que la Russie commence à apparaître comme le grand vainqueur de la crise entre elle et l’Occident, à la suite de la crise géorgienne. Le constat est alors inévitable de mesurer la vacuité et la sottise de la politique, ou l’ersatz de politique suivie par le couple OTAN-administration Bush durant la crise géorgienne, basée sur la vanité et l'illusion, la dénonciation tonitruante et insultante, les menaces sans moyens de les mener à bien, etc.; ersatz de politique provocatrice appuyée sur aucune force réelle, désapprouvée par nombre des “alliés” initialement contraints de s’engager dans cette dynamique, et qui ont déserté en masse depuis, jusqu’à ces décisions de l’OTAN qui constituent son enterrement définitif. On a du mal à choisir entre la complète maladresse et l’aveuglement entêté pour définir une telle politique, – politique de force sans force, politique d’accusation sans preuves, politique de croyance virtualiste à sa propre propagande, politique de soutien absurde et inconditionnel à un président géorgien suspect et irresponsable, qu’on abandonne ensuite sans armes ni bagages, comme on l’a fait mardi à Bruxelles, au siège de l’OTAN.
 
La façon dont l’Occident a donné à la Russie les cartes principales pour assurer la position de force qu’elle a aujourd’hui dans les relations que l’Occident doit reprendre avec elle est un chef d’œuvre de non-diplomatie, un artefact exemplaire d’une politique conçue “par un idiot et qui ne signifie rien”. On se demande si le soupçon d’“agent de Moscou”, que de fidèles penseurs en humanisme et fins limiers de la stratégie postmoderne songeraient à décerner à Sarkozy, n’irait pas mieux à Bush et aux stratèges “neocons” et “néo-Guerre froide” de la clique atlantiste. Ceux qui limitent les dégâts dans cette opération sont bien sûr les Européens qui, les premiers, ont voulu rétablir le dialogue avec la Russie (la France d’abord, l’Allemagne, l’Italie, la Belgique, etc.), instaurant une orientation politique avec un sens et une logique.
 
 
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Déçue par l'Europe, la Turquie fait les yeux doux au Kremlin 
Thierry Portes, De notre envoyé spécial à Istanbul
Le Figaro 03/12/2008
 
http://www.lefigaro.fr/international/2008/12/03/01003-20081203ARTFIG00434-decue-par-l-europe-la-turquie-fait-les-yeux-doux-au-kremlin-.php
 
La Turquie de Recep Tayyip Erdogan a redécouvert l'intérêt d'une entente avec Moscou, qui la fournit en énergie.
 
Se sentant repoussé par l'UE et traité en subalterne par la puissance militaire américaine, le pouvoir turc retrouve ses réflexes ottomans, s'autonomise et entend traiter d'égal à égal avec Bruxelles et Moscou.
 
L'Europe et la Russie devraient signer un «nouveau Yalta». Pour ce haut représentant de l'AKP, le parti islamiste au pouvoir en Turquie, il s'agirait, ni plus ni moins, de geler définitivement l'adhésion de l'Ukraine et de la Géorgie à l'Otan, et celle, Croatie exceptée, de tous les États balkaniques à l'Union européenne. Le propos, tenu devant une poignée de journalistes et diplomates occidentaux récemment réunis par le German Marshall Fund à Istanbul et Ankara, a de quoi marquer les esprits. Par cette formule de «nouveau Yalta», il est difficile de mieux complaire aux Russes, qui affirment qu'un glacis de pays neutres doit protéger leur nation de l'expansion de l'Union européenne et de l'Otan.
 
Comment un élu, proche du premier ministre turc, peut-il exprimer une position à ce point contraire à la tradition diplomatique et aux alliés de son pays, membre de l'Alliance atlantique et candidat reconnu à l'adhésion à l'UE ? Certes, l'aigreur, notamment vis-à-vis de la France pour qui la Turquie n'a pas vocation à intégrer l'UE, est perceptible dans toutes les couches de la société turque. De même les élites militaires d'Istanbul ne cachent-elles pas avoir été déçues par l'Amérique, depuis que le président George W. Bush, pour les besoins de sa guerre, a conforté un pouvoir kurde dans le nord de l'Irak.
 
Pour autant, loin de céder à une simple réaction épidermique, ce dignitaire de l'AKP, favorable à un nouveau partage des rôles sur le continent euro-asiatique, décrit un mouvement de fond qui, peu à peu, charrie responsables islamiques de l'AKP, cercles militaires, élites laïques «progressistes» et tout un peuple travaillé par ses pulsions nationalistes : se sentant repoussée par l'Europe et traitée en subalterne par la puissance militaire américaine, la Turquie, retrouvant ses réflexes ottomans, s'autonomise et entend traiter d'égal à égal avec l'Europe et la Russie.
 
À tous les étages de l'immeuble du ministère des Affaires étrangères d'Ankara, les frontières du pays sont censées expliquer la frénésie diplomatique qui a saisi la Turquie.
 
Pouvoir d'influence
 
«Nous utilisons notre soft power», répètent les diplomates, en utilisant un pouvoir d'influence qu'aime à s'attribuer l'Union européenne. Au sud, la Syrie et l'Irak justifient les missions de bons offices avec Israël. La paix au Proche-Orient et les tensions avec Washington obligent également à entretenir le dialogue avec l'Iran ; plus loin, regardant vers des «profondeurs stratégiques» pendant des décennies oubliées, la Turquie tente de rapprocher Afghanistan et Pakistan. Avec l'Arménie et la Géorgie, c'est la paix dans le Caucase qui est en jeu, la sûreté en mer Noire, et le dialogue avec la Russie. Enfin à l'Ouest, vers l'Europe, voilà les Balkans où la diplomatie turque aime à rappeler que les Russes ont des devoirs pour mieux rappeler ses anciennes prérogatives ottomanes.
 
Au ministère des Affaires étrangères turc, on parle volontiers d'une Russie qui s'est sentie «humiliée» par l'Occident et qui aujourd'hui «a gagné en confiance». Il y a de l'autoportrait dans cette description. Toujours est-il que les diplomates d'Ankara, une fois souligné que la Russie est le premier partenaire commercial de leur pays, indiquent que la reconnaissance de l'indépendance du Kosovo a créé un dangereux précédent, qu'il n'y a aucune urgence à intégrer l'Ukraine dans l'Otan, et qu'il convient, plus que tout avec la Russie, de «maintenir le dialogue», «parler coopération» et «engager des projets économiques». Sans doute est-ce cette vision qui a conduit la Turquie à inviter la Russie dans le projet Nabucco, cette route énergétique partant d'Iran dont l'objet, vue d'Europe, est de tenir à l'écart le pays de M. Poutine…
 
Nécessaires contorsions

Certes, pas un diplomate turc ne remet en cause un ancrage, célébré, de leur pays dans l'Otan. Mais cette alliance avec l'Ouest contraint la Turquie à certaines contorsions. Ainsi pendant la crise géorgienne, Ankara a-t-il autorisé le passage de navires militaires américains chargés d'aide humanitaire dans la mer Noire, non par solidarité entre membres de l'Alliance atlantique, mais au nom du très restrictif traité de Montreux, signé par les États riverains de cette mer, donc par la Russie.
 
La Turquie a d'autant plus vivement redécouvert l'intérêt d'une entente avec Moscou, qui la fournit en énergie, qu'elle s'est sentie rejetée par l'Europe. Cengiz Çandar, éditorialiste au journal Radikal, assure que «la Turquie attend une reconfirmation officielle qu'elle deviendra bien membre de l'UE si elle remplit tous les critères d'adhésion». De fait, les diplomates d'Ankara disent attendre une déclaration en bonne et due forme lors d'un Conseil européen. «Avant une claire indication sur notre adhésion à l'Europe, il n'y aura pas de solution à Chypre», ajoute Ferai Tinç, éditorialiste au quotidien al-Hurriye.
 
C'est «la crédibilité de l'Europe qui a été mise en doute», assure un ministre turc, pour expliquer que son pays a sérieusement ralenti le rythme des réformes devant le placer sur la voie de l'intégration. La Commission européenne vient d'ailleurs d'inviter Ankara à «renouveler ses efforts» pour se rapprocher de l'Union européenne. Des regrets qui n'ont ému personne à Ankara.

Publié dans OTAN-défense - ONU

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