RDC : Le CNDP de Nkunda est-il au bord de l’éclatement?

Publié le par sceptix


Analyse d'Emmanuel Chaco

KINSHASA, 12 jan (IPS) - Le général Bosco Ntaganda, chef militaire du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), a annoncé deux fois, en ce début de janvier, le limogeage de Laurent Nkunda au sein du mouvement rebelle de l’est du Congo, l'accusant de «mauvaise gestion» et d'«obstacle pour la paix».

Ntaganda, 35 ans environ, a affirmé également qu'il a «le soutien de tous les membres et chefs du CNDP», ajoutant que «le CNDP apportera la paix dans la partie sous son contrôle, si le gouvernement de Kinshasa accède à ses exigences».

En outre, déniant à Nkunda toute qualité pour désigner des représentants aux négociations de Nairobi, Désiré Kamanzi, parlant au nom de Ntaganda a déclaré que «la direction du CNDP ne reconnaît plus Nkunda comme chef».

«Scission au sein du CNDP? Il faut être fou pour y croire!», estiment la plupart des Congolais interrogés par IPS à Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo (RDC).

En dehors d'un haut cadre de la coordination congolaise pour la Conférence régionale sur les pays des Grands Lacs, qui affirme sous anonymat que cette scission est effective et qu'elle profite au gouvernement, des Congolais de tous bords ont dit à IPS : "Il s'agit d'une simple machination et d'une diversion du mouvement rebelle à la veille de la reprise des négociations avec le gouvernement à Nairobi".

«Nous sommes habitués à ce genre de stratégies depuis 1996 avec des semblants de scissions au sein des rébellions» qui visent «l'anéantissement des négociations pour la paix», selon Jean Keba de l'Association africaine de défense des droits de l'Homme (ASADHO), pour qui «il ne sera pas étonnant que de ce semblant de scission, naisse une autre tête de rébellion pour compliquer le processus de Nairobi».

Les négociations entre le gouvernement congolais et le CNDP ont repris le 7 janvier après avoir été suspendues le 20 décembre 2008 à cause du refus du chef rebelle de signer l'acte de prolongation de la cessation des hostilités dans la province du Nord-Kivu, dans l’est de la RDC.

Seule la délégation gouvernementale, dirigée par Raymond Tshibanda, ministre congolais de la Coopération internationale, avait signé le document présenté par la facilitation «dans le but de permettre l'acheminement de l'aide humanitaire aux victimes et déplacés internes, de promouvoir le dialogue, de recréer un climat de confiance entre parties et d'assurer la suite des négociations dans un climat plus apaisé».

La scission au sein du CNDP «est une simple diversion de Nkunda face à la tournure positive que prennent les relations entre la RDC et le Rwanda», a déclaré Guy Katsuva, avocat et secrétaire national du Mouvement pour la libration du Congo (MLC) de l'opposant congolais Jean-Pierre Bemba Gombo.

Entre novembre 2008 et janvier 2009, plusieurs rencontres politiques et diplomatiques ont eu lieu entre les autorités du Rwanda et celles de la RDC autour de la question sécuritaire dans l'est du Congo.

Le 8 janvier, au lendemain de la relance des négociations entre le gouvernement et le CNDP, James Kabarebe, chef de l'armée rwandaise, accompagné d'une forte délégation au sein de laquelle Olusegun Obasanjo, envoyé spécial des Nations Unies sur le conflit en RDC, a été discrètement reçu par le président congolais Joseph Kabila à Kinshasa.

Au sein du CNDP, la déclaration de limogeage de Nkunda a été diversement interprétée. Plusieurs hauts responsables du mouvement, au nombre desquels Séraphin Mirindi et Bertrand Bisimwa, ont refusé de reconnaître Ntaganda comme leur nouveau chef. Il s'agit d'un «acte de folie» équivalent à la «haute trahison», estiment-ils.

Et «compte tenu de la gravité des faits, le Haut commandement militaire de l'ANC (l'armée du CNDP), après examen minutieux des conclusions de l'enquête diligentée, a décidé de saisir le Conseil de discipline du mouvement afin d'entendre les intéressés, d'établir éventuellement leur culpabilité et de proposer au congrès (organe suprême du mouvement, conformément aux articles 15 et 16 des statuts du CNDP) la sanction applicable», indique un communiqué signé de Bertrand Bisimwa, porte-parole du CNDP. «Cette procédure bénéficiera de la célérité qui s'impose en matière de flagrance», ajoute le communiqué daté du 8 janvier dont copie est parvenue à IPS et disponible sur le site officiel du CNDP: www.cndp-congo.org.

Nommé au grade de général au sein des Forces armées congolaises en avril 2004, Bosco Ntaganda fait l’objet d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour plusieurs crimes graves commis en Ituri, dans le nord-est de la RDC au cours des années 2000 et 2004, pendant qu'il était responsable militaire au sein de l'Union des patriotes congolais (UPC) de Thomas Lubanga, actuellement en procès devant la CPI.

Selon un rapport de la Mission des Nations Unies en RDC (MONUC), «Ntaganda est responsable du meurtre d'un soldat kenyan membre de ses contingents en RDC, en janvier 2004, et de l'enlèvement d'un soldat marocain, toujours membre de ses contingents». (FIN/2009)

 http://ipsinternational.org/fr/_note.asp?idnews=5167

Des entrepreneurs expatriés ont-ils détourné l’argent des projets?
Emmanuel Chaco

KINSHASA, 5 jan (IPS) - Huit entrepreneurs étrangers dont un Français, trois Belges, trois Italiens et un Libanais, arrêtés le 9 décembre et incarcérés au Centre pénitentiaire et de rééducation de Kinshasa, la capitale congolaise, ont été mis en liberté provisoire vers la fin du mois à la demande de leurs avocats.

Ces arrestations constituent «un élan majeur dans la lutte contre la corruption et l'impunité», particulièrement dans le domaine économique en République démocratique du Congo (RDC) où l'on constate que «des sommes importantes dues à l'Etat ne sont jamais versées dans ses caisses», selon Emmanuel Luzolo Bambi, ministre congolais de la Justice.

Il est reproché à ces entrepreneurs étrangers d'avoir «détourné environ 40 millions de dollars reçus pour exécuter des marchés publics, notamment dans le domaine des infrastructures écolières, routières et sociales», après avoir dûment signé des contrats et reçu les financements correspondants auprès des institutions spécialisées du ministère des Finances et du ministère des Travaux publics et Infrastructures de la RDC.

Luzolo Bambi a déclaré à IPS qu'il «détient une liste de 56 entreprises ayant conclu des marchés avec la RDC mais dont la majorité ne sont que des écrans et des coquilles».

Selon le ministre de la Justice, «plusieurs de ces entreprises, avec différentes dénominations, sont la propriété des mêmes entrepreneurs qui les ont créées pour frauduleusement augmenter leurs chances de voir leurs soumissions adjugées, en violation des règles élémentaires d'honnêteté et du respect des lois de la RDC». Il a ajouté : «Pour certaines d'entre elles, les œuvres promises n'ont jamais été réalisées ou livrées. Pour d'autres, les œuvres ont été partiellement ou mal réalisées sans suite».

Mais, cette version des faits a été contestée par les avocats de certains accusés parmi lesquels Nancy Odia qui se dit «étonnée et choquée par l'arrestation» de son client «puisque les travaux réalisés par lui ont déjà été livrés aux autorités congolaises qui les ont réceptionnés». L'avocate indignée a affirmé à IPS qu'«il n'existe aucune preuve de détournement» contre son client.

Le Bureau central de coordination (BCECO) est l'une des institutions spécialisées du ministère des Finances, qui a passé des contrats avec l'un des entrepreneurs arrêtés.

Les fonds sur lesquels le BCECO accorde des marchés publics constituent une partie de l'argent reçu par la RDC dans le cadre du programme «Pays pauvres très endettés» (PPTE) et sont destinés à «financer des projets sociaux conformément aux accords passés entre le gouvernement et le Fonds monétaire international (FMI)».

Selon un communiqué publié par le BCECO le 19 décembre, «sur 1,280 milliard de dollars inscrits dans ce programme, il ne gère que 11 millions de dollars (soit moins d’un pour cent)». Il dénie par ailleurs toute responsabilité dans les détournements puisque «les fonds gérés sont affectés à des projets qui sont aujourd'hui soit achevés, soit en cours d'exécution».

Invité à témoigner devant le parquet «au sujet des éléments des contrats passés entre ses services et un des entrepreneurs arrêtés», le BCECO a dit à IPS qu'il a «déposé entre les mains de l'avocat général de la République, Katwala Kaba Kashala, trois kilos de documents et diverses pièces justificatives relatifs aux marchés en cause».

Cette affaire a été à la base d'un balai diplomatique des pays d’origine des entrepreneurs en direction de la RDC ainsi que d'un vif activisme de la Fédération des entreprises du Congo (FEC). La FEC a dénoncé «une tendance de parodie de justice, des erreurs constatées dans la procédure judiciaire ainsi que le mauvais traitement dont ont été victimes les entrepreneurs mis en cause».

Pour sa part, Karel De Gucht, ministre belge des Affaires étrangères, au cours d’une rencontre à New York, avec son homologue congolais Alexis Tambwe Mwamba, a encouragé les autorités du Congo «à poursuivre et intensifier leurs efforts en matière de lutte contre la corruption». Mais il leur a demandé également de «s'assurer que cette lutte se déroule dans le respect des procédures et des principes en lien avec les droits de l'Homme et de la sécurité juridique pour des opérateurs économiques qui prennent le risque de venir investir en RDC», selon Debray Boyoko, secrétaire du ministère congolais des Affaires étrangères, joint par IPS à Kinshasa.

Par ailleurs, au cours d'un point de presse tenu en marge de ces arrestations, Luzolo Bambi a fustigé le fait que plusieurs entrepreneurs congolais et étrangers s'illustrent «dans des fraudes fiscales», lançant à la même occasion «un avertissement solennel» et promettant qu'«au 31 mars 2009, le ministère de la Justice demandera à ce que toutes les entreprises non en règles soient lourdement sanctionnées ou même déclarées en faillite». (FIN/2009)

http://ipsinternational.org/fr/_note.asp?idnews=5167

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article