Juste un fait d’hiver

Publié le par sceptix

Un homme est mort
mercredi 14 janvier 2009

J’ai rencontré Gilles tout récemment, à l’hôpital.

Le 24 novembre, j’ai été hospitalisé aux urgences du CHU de Nantes. Après mon opération, comme le service qui m’avait pris en charge était complet, j’ai été orienté vers une chambre double de l’UHCD (Urgence Hospitalisation Courte Durée). Gilles était dans cette chambre, il m’y a accueilli.

Nous avons eu beaucoup de temps pour parler. Il a évoqué sa vie. Chacun de nous pouvait aussi entendre les conversations de l’autre avec le personnel médical. Elles sont si indiscrètes, les chambres doubles… Même si une assistante sociale a eu l’attention de proposer à Gilles d’aller discuter tranquillement dans une pièce isolée.

Gilles avait 42 ans, quelques mois à peine de plus que moi. Il était dans la force de l’âge, mais cabossé par la vie. Il dormait roulé en boule, comme pour se protéger. Il souffrait d’épilepsie. Il avait travaillé pendant 4 ans comme conducteur routier dans une entreprise qui avait périclité après le décès de son patron. Puis 13 ans dans une autre entreprise, fermée elle aussi, brutalement, après son rachat par une multinationale française du médicament. Près de 100 emplois supprimés d’un trait de plume. Fin novembre, Gilles n’avait plus d’emploi. D’ailleurs il avait perdu ses permis de conduire à cause de ses problèmes de santé. Il avait perdu son logement. Il a dit qu’il vivait dans la rue depuis un mois.

Gilles avait une grande famille : un fils qui travaille dans un pays lointain, ses parents dans les Pyrénées, des frères et sœurs dispersés aux 6 coins de l’Hexagone. Mais il refusait d’être à leur charge. Il était fier, Gilles. Et il avait des projets ambitieux.

Qu’on en juge. Il rêvait d’un logement : « Un coin à moi, rien qu’une chambre, avec un lit et un petit réchaud pour cuisiner » Ce à quoi je me sentais obligé d’ajouter : « Oui, et puis un WC et une douche ». Mais il m’expliquait qu’on trouvait toujours moyen de se laver, même dans la rue. Il désirait un emploi : « Je ne peux plus conduire, mais je peux charger et décharger les camions, là il faut du monde ». Des demandes auxquelles personne n’a su répondre.

Le personnel de l’hôpital était aux petits soins pour lui : « Appelez-nous quand vous avez un problème, Monsieur, nous sommes là pour ça » « Surtout, quand vous serez sorti, prenez bien vos médicaments… ». Les assistantes sociales, auxquelles il expliquait qu’il dormait dans les toilettes publiques de Rezé, se démenaient pour lui trouver un hébergement ; l’hôpital retardait de jour en jour sa sortie tant qu’il n’y avait pas de solution. Quand le manque de moyens des services sociaux rejaillit sur le déficit de la Sécu…

J’ai quitté l’hôpital le 27 novembre. Je tiens ici à saluer le personnel de l’Hôtel-Dieu pour son accueil chaleureux et son professionnalisme. Le CHU avait assuré de garder Gilles au moins jusqu’au 1er décembre, dans l’espoir qu’une solution d’hébergement serait trouvée d’ici là. Nous nous sommes salués : « Bon courage Gilles – Bon rétablissement ». J’étais confiant, je savais qu’il était en de bonnes mains.

Et puis jeudi 11, j’ai vu la brève de l’AFP, dure et froide comme une nuit de décembre : « Le corps d’un SDF découvert jeudi matin à Rezé ». Le corps d’un SDF ! Paul Eluard, lui, écrivait : « Un homme est mort, qui n’avait pour défense que ses bras ouverts à la vie »

La préfecture précise que « des orientations d’hébergement lui avaient été faites, mais il n’y a pas donné suite et ne venait pas aux rendez-vous ». Comme si personne ne savait où Gilles dormait ! Pouvons-nous exiger d’un homme au bout du rouleau qu’il honore ses rendez-vous comme un homme d’affaires ? N’était-il pas envisageable de lui proposer une petite chambre à lui, plutôt qu’un « hébergement d’urgence » saturé ? Dans quelle société vivons-nous, qui ne se donne pas les moyens d’aider ceux qui en ont le plus besoin ?

Mais le vrai scandale n’est pas là. Quand il faut ramasser quelqu’un à la petite cuillère, c’est qu’il est déjà beaucoup trop tard pour lui remettre le pied à l’étrier. Gilles avait un bel avenir devant lui. Il avait prouvé, s’il était besoin, qu’il savait travailler, qu’il pouvait fonder une famille. Gilles était comme chacun d’entre nous. Il s’est fait dépouiller de son emploi et de son permis, il n’avait plus de logement. Un mois sans toit avant de se retrouver à l’hôpital. Et à sa sortie, 10 jours de rue ont suffi à le tuer.

Alors chaque fois que nous voyons l’annonce d’un nouveau plan de licenciement, une expulsion de logement, rappelons-nous comment, jeudi 11 décembre 2008, dans les toilettes publiques, un homme est mort.

Philippe B., de Nantes
ldh.nantes@orange.fr

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Une honte pour la France

En cette année 2008 des hommes continuent de mourir de froid et de misère dans les grandes villes et particulièrement aux portes de Paris dans le bois de Vincennes. Contrairement aux propos de certaines bonnes âmes ils n’ont pas choisi de vivre sous une tente dans les bois ou sous les ponts. Cette situation insoutenable est un acte d’accusation terrible contre une politique et les hommes qui la conduisent.

Comme solution souvenons nous que la ministre du logement, Christine Boutin a osé proposer de rendre obligatoire l’hébergement des sans abri en période de grand froid. Devant l’indignation des associations de solidarité le gouvernement a renoncé à ce projet. A l’entrée de l’hiver la pauvreté et la précarité se développent à grande vitesse. 37 associations caritatives lancent un cri d’alerte « 100 000 personnes supplémentaires ont été aidées depuis le début de l’année, parmi elles 15% de travailleurs pauvres, 14% de retraités pauvres, 18% de chômeurs indemnisés ».

Quelle est la réponse du gouvernement ? C’est la condamnation du DAL à 12000 euros d’amende pour avoir installé des tentes de SDF rue de la banque, cela signifie que cette action de solidarité est assimilée au trouble de l’ordre public. C’est aussi une tentative de couler financièrement le DAL.

Quant à la politique du logement Christine Boutin s’évertue à vider de son contenu la loi SRU contraignant les communes à construire 20% de logements sociaux. Sarkozy a annoncé l’allocation de 160 millions pour l’amélioration des centres d’hébergement. Cette mesurette n’est pas une politique de logement social ambitieuse et rapide, associée à une réhabilitation des centres d’hébergement souvent vétustes et surpeuplés. Ce n’est pas une priorité gouvernementale. « Alerte » qui regroupe 37 associations exige la mobilisation des moyens équivalents à ceux qu’il a dégagé pour les établissements financiers »

Les SDF refusent d’aller dans ces "centres d’hébergement" surpeuplés car ils s’y font voler leurs très maigres possessions , agresser, car très souvent les SDF sont des malades mentaux que l’on n’a pas gardés en Hôpital psychiatrique faute de places... etc. etc. Ils préfèrent se geler dehors (sous tente, ce qui est un peu un "chez soi" ou dans des toilettes publiques ou dans des gares - quand on ne les expulse pas ! - ou sous des porches) , et - éventuellement - y mourir que de subir les conditions épouvantables d’hébergement dans les "centres"...

Est-ce "par plaisir" ou "par bêtise" qu’ils ont cette attitude de refus ? Essayons une minute de nous mettre à leur place ! Essayons d’imaginer ces dortoirs surpeuplés d’ivrognes et de fous, en totale déshérence psychique, mêlés à des "Gilles" jetés à la rue par le chômage et/ou la maladie... D’ailleurs , les "Gilles", après quelques années de ce régime , DEVIENNENT alcooliques et fous à leur tour ! inévitablement !

combat.contact@orange.fr
alerte-exclusions.fr


http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article9322

Publié dans CHOMAGE&PAUPERISATION

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B
Si l'argent offert aux banques ou aux actionnaires du cac 40 était utilisé pour faire des hlm avec des petits studios pour les SDF, il n'y aurait plus justement de SDF en France. Mais on a la politique que l'on veux.
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S
<br /> Tu es fou ? Donner de l'argent aux pauvres, mais ça va pas non ? Le "mètre" n'a pas été élu pour ça ! Il a été élu pour offrir la france et les français à la grande finance internationale avec<br /> l'aide des PS/nouveau centre/modem. Les SDF n'ont qu'à crever, tous ces faineants mal nés. Il est des noms que je ne prononce plus car à chaque fois je gerbe !<br /> Bien à toi.<br /> <br /> <br />