L'épreuve de vérité se précise pour l'OTAN en Afghanistan

Publié le par sceptix

  

 
STRATEGIE. Richard Holbrooke émissaire spécial de Barack Obama.
 
Le Temps (Suisse)
Richard Werly, Bruxelles
Samedi 24 janvier 2009

C'est un fin connaisseur de l'OTAN et de son fonctionnement en temps de guerre que Barack Obama a chargé de définir la nouvelle équation diplomatico-militaire américaine en Afghanistan.
 
Négociateur des accords de Dayton sur la Bosnie en 1995, puis ambassadeur des Etats-Unis à l'ONU lors de la guerre aérienne conduite contre la Serbie par l'Alliance atlantique pour «libérer» le Kosovo, Richard Holbrooke, 67ans, a été nommé jeudi émissaire américain pour l'Afghanistan et le Pakistan. Il ne devrait pas tarder à mettre à l'épreuve l'état-major de l'OTAN, dont dépend la Force internationale d'assistance et de sécurité (ISAF) en Afghanistan, dotée de plus de 50000 hommes. «Holbrooke avait travaillé, à l'époque du Kosovo, main dans la main avec Wesley Clark (ndlr: alors commandant en chef de l'OTAN), confie un ambassadeur européen proche du diplomate américain. Il sait combien les statistiques brandies par les militaires peuvent travestir la réalité du terrain.»
 
Conséquence: les discours positifs de l'Alliance semblent promis à un dur réexamen. D'autant que 2009 sera, pour l'OTAN, l'année de tous les changements avec l'entrée en fonction d'un nouveau secrétaire général pour remplacer le Néerlandais Jaap de Hoop Scheffer, le remplacement attendu de l'actuel chef d'état-major (toujours américain) Bantz Craddock, qui travailla avec Donald Rumsfeld, et le retour de la France dans le commandement militaire que le général de Gaulle avait quitté, avec fracas, en 1966. Un grand chambardement dont le point d'orgue sera, les 3 et 4 avril, le sommet du 60e anniversaire de l'Alliance à Strasbourg-Kehl, en présence de Barack Obama, dont ce sera sans doute la première visite en Europe en tant que président.
 
L'épreuve de vérité sur la stratégie afghane, et par voie de conséquence sur l'attitude à adopter face au Pakistan, a d'ailleurs commencé. Juste avant de s'envoler pour Islamabad où il se trouvait jeudi et vendredi, Jaap de Hoop Scheffer a publié dans le Washington Post un long article sur les défaillances des autorités de Kaboul. «Nous ne sommes pas où nous aurions pu l'espérer, a-t-il reconnu sur un ton accusateur pour le président Hamid Karzaï, candidat à sa réélection à l'automne prochain. Le problème fondamental n'est pas un excès de talibans, mais plutôt une défaillance de bonne gouvernance [...] Quand ils l'auront, l'oxygène sera retiré à l'insurrection.»
 
Tir de missile sur le Pakistan
 
L'infléchissement le plus attendu est l'intensification du dialogue entre l'OTAN et le Pakistan, où un nouveau tir de missile américain contre des bases supposées d'Al-Qaida a encore fait 15 morts hier. «L'Afghanistan n'est pas une île», a répété à Bruxelles Jaap de Hoop Scheffer à la veille de son départ pour Islamabad où ses conseillers affirment avoir «mesuré le changement» intervenu depuis le remplacement du général Musharraf par le président Zardari. L'autre consigne, à l'OTAN, est de serrer les rangs autour de l'administration Obama, désireuse d'envoyer des renforts en Afghanistan. Le général allemand Egon Ramms, qui avait la semaine dernière jugé trop élevé le chiffre annoncé de 25000 soldats supplémentaires, estimant les besoins de «8000 à 10000 hommes», s'est fait sévèrement tancer par Bruxelles.
 

Publié dans OTAN-défense - ONU

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article