Sarkozy : l'imposture, une fois de plus

Publié le par sceptix

92ème semaine de Sarkofrance pour Juan. Jeudi dernier, au cours de son grand show télévisé, le président a été totalement hors sujet. Au point que 52% des Français ne l'ont pas trouvé convaincant. A l'évidence, les journalistes qui interviewaient Sarkozy n'en font pas partie !

Cette semaine, la Sarkozie toute entière était préoccupée par sa défense. Les mouvements de grèves et de manifestations du 29 janvier dernier ont contraint le chef de l'Etat à s'exprimer jeudi. La publication d'un brûlot contre Bernard Kouchner a conduit ce dernier à se défendre dès mercredi.
Nicolas Sarkozy écoute mais ne répond pas
Après un faux suspense de quelques jours, le président français est intervenu à la télévision jeudi soir. L'Elysée choisit le lieu, le décor, la mise en scène, les
médias, les questions, et même les journalistes pour les poser. Certains journaux, proches ou non, eurent quelques primeurs pour mieux rebondir dès l'interview terminée. Jeudi 5 février, l'ORTF était revenue, version TNT, puisque TF1, France2, M6, et les chaînes d'information retransmettaient le grand oral. Pour le son en stéréo, il suffisait de se brancher sur RTL. 57% des téléspectateurs, soit 15 millions de personnes, ont regardé l'intervention du président. Un joli score pour un show multidiffusé et multipromu. Et Sarkozy a parfaitement joué la carte de la compassion : «c'est vrai qu'il va falloir qu'on discute avec les enseignants de leurs conditions de vie» ; «que les Français soient inquiets, c'est normal (...) je le comprends, je l'entends


Malheureusement, les vraies questions furent rarement posées, et les fausses réponses du président ne furent pas contestées. Laurence Ferrari a sombré dans un mutisme remarquable. David Pujadas n'a pas trouvé les mots pour contester la scabreuse démonstration de Sarkozy sur la soi-disant indépendance future des patrons de l'audiovisuel public. Alain Duhamel n'a pas posé la question éthique du scandale Kouchner. Et quand Sarkozy ment en déclarant avoir découvert EDVIGE dans la presse, mais personne ne relève. Rendormez-vous.

Le président a donc bien joué, ce jeudi. Il est parvenu à rester hors sujet pendant 96 minutes. Un zeste de social et compassion: il ouvre des pistes, mais ne propose aucune décision, en préférant laisser «une place au dialogue» lors de sa prochaine réunion avec les partenaires sociaux le 18 février. Il enfume son assistance avec le soi-disant reversement des intérêts payés par les banques à l'Etat à la politique sociale...

Sarkozy fait semblant d'être social.
Jeudi, Sarkozy s'est limité à ouvrir quelques pistes, par ailleurs très coûteuses. La meilleure indemnisation des salariés au chômage partiel et l'amélioration de la couverture chômage pour les personnes en fin de CDD et pour les jeunes sont de vrais sujets. On rétorquera, parce que Nicolas Sarkozy n'en a pas parlé lui même, que les chômeurs ont été précarisés par sa politique depuis 20 mois. Pour des raisons essentiellement idéologiques il s'est épargné d'annuler le dispositif d'offre raisonnable d'emploi, ou de suspendre la défiscalisation des heures supplémentaires, ou encore de maintenir la dispense de recherche d'emploi pour les salariés de plus de 57 ans (dont l'âge de dispense est relevé à 58 ans dès cette année). Pourquoi cette timidité ?

Sarkozy a aussi annoncé vouloir discuter de mesures en faveur des classes moyennes les plus fragiles, avec la suppression de la première tranche de l'impôt sur le revenu, l'annulation du deuxième tiers provisionnel dès cette année, l'augmentation des allocations familiales. La première mesure accentuera l'inéquité du système fiscal français, trop lourdement chargé par les impôts indirects (notamment la TVA). S
on coût se chiffrerait à 2,5 milliards d'euros par an environ. Pourquoi n'a-t-il pas plutôt proposé de revenir sur le bouclier fiscal ou la taxation des successions ? Le second tiers provisionnel sera lui difficilement annulé, puisque deux tiers des contribuables français sont mensualisés. Sarkozy veut-il être le fossoyeur de l'impôt sur le revenu ? Enfin, les allocations familiales ont été réduites ... l'an dernier quand Sarkozy laissa les députés voter la simplification des seuils d'âge en avril.
Au total,
l'imposture sociale que nous dénoncions encore la semaine dernière reste entière.

Sarkozy se plante

Première bourde, Sarkozy expliqua dès le début de son intervention que l'argent prêté aux banques ne coûte pas un centime d'euro à l'Etat et rapportera en 2009 quelques 1,4 milliards d'euros qu'il s'empressera de reverser aux financements de ses mesures sociales. Mais il omet de préciser que l'Etat, déjà lourdement endetté, est en fait obligé d'emprunter pour pouvoir prêter.
Le bénéfice net de ces agios publics est de 700 millions d'euros, et non 1,4 milliards d'euros comme annoncé.

La seule véritable annonce était la suppression de la taxe professionnelle en 2010, et son remplacement par un nouvel impôt, si possible écolo, à discuter avec les élus locaux. Sarkozy a chiffré à 8 milliards d'euros le manque à gagner. Mensonge ou approximation !
La taxe professionnelle rapporte en fait 28 milliards d'euros par an ! Sur ce total, l'Etat en paye 10 milliards par an... Patrick Devedjian a corrigé l'erreur de son patron vendredi : Sarkozy ne parlait que de la taxe professionnelle du secteur industriel. Laurence Parisot, la présidente du Medef s'est rapidement inquiétée du nouvel impôt envisagé «qui va pénaliser le même secteur d'activité».


«C'est tellement plus simple de dire les choses de façon exacte» disait Nicolas Sarkozy jeudi soir. C'est tellement vrai...


Dernière bourde, diplomatique celle-là : Sarkozy a fâché les Anglais, quand il critiqua l'inefficacité de leur baisse de la TVA, mais aussi les Tchèques, quand il se déclara opposé à la délocalisation des usines des constructeurs français d'automobiles vers leur pays. Le président, tchèque, de l'Union Européenne a tancé le monarque français: «De mon point de vue, il s'agit d'une décision complètement légitime et volontaire de ces entreprises ainsi que du respect des principes du marché unique européen (...) Les tentatives de mettre à profit la crise financière pour introduire de telles formes de protectionnisme (...) peuvent ralentir et menacer la reprise économique en Europe de même que la confiance des consommateurs et des investisseurs». Où est passé ce président français qui s'exclamait avoir sauvé l'Europe et le monde des tentations protectionnistes en novembre dernier ?

Sarkozy ne convainc pas sur sa relance
Le cœur du sujet n'était pas l'inquiétude générale sur les effets de la crise mais les moyens d'y remédier.
Sur son propre projet, le Monarque est resté flou. Il aurait pu défendre le millier de mesures détaillées lundi par son premier ministre, en application du plan de relance de 26 milliards d'euros. On aurait été curieux de savoir pourquoi la rénovation des prisons, dont la situation sanitaire est indigne, va «relancer la France». Ou pourquoi une multitude de projets farfelus comme la construction d'un labyrinthe végétal dans la Creuse, ou les 5 millions d'euros du «plan ambitieux de rénovation et de présentation au public des nécropoles nationales» de l'armée justifié par la célébration du 90ème anniversaire du 11 novembre 1918 (c'était l'année dernière !), auraient un quelconque effet durable sur l'emploi. D'ailleurs, Sarkozy a eu cette phrase magique jeudi soir : «personne ne sait exactement combien ça va créer d'emploi mais on sait que ça donne du travail Le sondage fatidique est tombé samedi : 52% des sondés n'ont pas trouvé le président convaincant, selon une enquête pour Le Parisien/Aujourd'hui en France.

Le gouvernement a habillé du costume de la relance des projets «qui dormaient dans les cartons» sans doute pour de bonnes raisons, et des mesures vitales dont on se demande comment on a pu en faire l'économie (mise aux normes de sécurité de bâtiments universitaires ou hospitaliers, ou d'installations routières; ou dépollution de sites). La relance a bon dos !

La France coule-t-elle ?
Finalement, quand on compare ce discours présidentiel avec les quelques nouvelles de la semaine sur le front de la crise, on peut être terrifié par le décalage. Jeudi, Sarkozy tentait de nous rassurer car «c'est pire ailleurs !». Lundi, les derniers chiffres du chômage tombaient enfin : + 217 000 chômeurs de catégorie 1 en 2008. La hausse du chômage «officiel» est régulière et croissante
depuis 8 mois. De «nouveaux précaires» font même leur apparition. Le statut d'auto-entrepreneur, en vigueur depuis janvier, incitent des chômeurs à devenir leur propre patron, sans salarié, qui devient même parfois le sous-traitant fragile de son ancien employeur. Il n'y a qu'Hervé Novelli, au gouvernement, pour se féliciter des «excellents chiffres» de créations d'entreprises en 2008 ! Lundi toujours, François Fillon a prévenu : «Les institutions internationales et les conjoncturistes ont tous revu à la baisse leur prévision.» Mercredi, la Cour des Comptes rendait son rapport annuel, tant attendu. Les inquiétudes sont réelles. Son président, Philippe Seguin, a prévenu : «il n'est pas exclu que la dette publique puisse s'accroître de plus 200 milliards d'euros entre 2007 et 2010. Elle friserait alors les 80 % du produit intérieur brut, voire davantage». Le plan de relance aura donc «un effet total massif et durable sur la dette» publique, et le caractère temporaire de son impact sur le déficit , clamé par le gouvernement, n'est pas garanti ! La Cour des Comptes soulève un autre lièvre: elle accuse les banques d'avoir incité les collectivités locales à s'endetter de façon non contrôlée et démesurée. Après la faillite des banques, celle de nos mairies, départements et régions ?
Jeudi , quelques heures avant l'intervention présidentielle, on apprenait enfin que le déficit extérieur de la France a atteint 55,66 milliards d'euros sur l'ensemble de l'année 2008. Un record historique !

Bernard Kouchner est bien soutenu
L'hebdomadaire Marianne avait lancé l'attaque, relayé par Bakchich, Libération et Vendredi. Mardi, leurs confrères de la presse traditionnelle se «réveillaient». Mercredi, la pression médiatique était à son comble. La publication du livre de Pierre Péan, «Le Monde selon K», a failli occulter la messe présidentielle du lendemain. L'UMP et le gouvernement se sont rangés comme un seul homme derrière le ministre d'ouverture. Ils n'ont rien à perdre. Bernard Kouchner n'est pas accusé d'actes illégaux. La question est ailleurs, sur le cumul de fonctions publiques et de lobbyisme privé sur les mêmes sujets entre 2004 et 2007. La critique principale contre Kouchner, qu'il ait présidé une association internationale para-publique visant au développement des systèmes de santé en Afrique et, en parallèle, tout en conseillant au prix fort les chefs d'Etat africains de la région sur des thèmes similaires, n'a pas été contestée !

Philippe Val, de Charlie Hebdo, s'est joint au concert de critiques contre le journaliste Péan,
accusé d'antisémitisme. Pour éviter de parler du fond, attaquer la personnalité du contradicteur est une vieille tactique. Péan n'est peut-être pas objectif dans son «combat» contre Kouchner, mais cela doit-il nous empêcher de critiquer les dérives éthiques du ministre des Affaires Etrangères ? Sarkozy ne s'est pas privé d'éluder le sujet, une fois de plus. «Il me dit qu'il n'y a aucun conflit d'intérêt, je le crois».

En visite aux Etats-Unis, Bernard Kouchner a fait savoir lui-même qu'Hillary Clinton le soutenait. Avez-vous entendu Mme Clinton dire quelque chose ?
Non, c'est Kouchner qui rapporte ces propos. La presse étrangère est même sévère avec le ministre français : « L'argent des dictateurs africains pour le Monsieur Propre français » titrait The Guardian. Le prestigieux Washington Post tape plus précis : «Kouchner et son épouse, la journaliste Christine Ockrent, ont fréquenté le milliardaire Bernard Tapie, passé du temps sur son yacht, acheté une maison de vacances en Corse, passé de longs moments dans la luxueuse villa marocaine de Bernard Henri Lévy. Bien loin de l'image du chevalier blanc de l'action humanitaire, pour lui, et des usages classiques du journalisme américain, pour elle. »


Qui défendra Eric Besson ?
Le nouveau ministre de l'Identité Nationale a peut-être confondu l'UMP avec le Front National.
C'est un député villepiniste, Jean-Pierre Grand, qui le dit : «Après avoir quitté le PS, ce n'est pas l'UMP que Besson devait rejoindre. C'est au Front national qu'il devrait adhérer ! (...) Ce Besson s'est trompé de maison. L'UMP ne mange pas de ce pain-là !» Cette semaine, le ministre de l'Immigration a en effet proposé mardi de régulariser provisoirement tout sans-papier qui dénoncerait ses passeurs. Même Jean-Pierre Elkabach est tombé de sa chaise sur Europe 1. Fadela Amara a pudiquement fait savoir qu'elle était «gênée» par la «délation», «même si elle peut servir une bonne cause.» Eric Besson n'a pas tardé. Mercredi, il signait la circulaire permettant à des sans-papiers, "victimes d'exploitation", d'obtenir des titres de séjour en échange d'une « coopération » avec la police pour aider à démanteler les filières d'immigration clandestine. Son explication est simple : « Je ne vous dis pas que j'ai découvert la pierre philosophale, mais j'apporte un moyen supplémentaire pour briser la loi du silence. Il y a des victimes et il faut les aider à sortir de l'esclavagisme dans lequel on les a plongés. » Le site africain Afrik.com, à l'instar de SOS Racisme et France Terre d'Asile, s'insurge : «Bienvenue dans le monde de la délation». En prenant ses fonctions, Eric Besson avait pourtant promis le silence, tant qu'il ne connaissait pas suffisamment bien ses dossiers. On s'attendait à une prudence minimale. Il y a une dizaine de jours déjà, Eric Besson commettait un lapsus révélateur en qualifiant d'invasion l'immigration en France.

Ainsi, les circonstances ont voulu que Nicolas Sarkozy et Bernard Kouchner se retrouvent dans des postures similaires cette semaine: dans l'œil du cyclone, mais hors sujet dans leurs réponses.
Seul Eric Besson a bien trouvé sa place.
La pire.


Dimanche 08 Février 2009 - 07:00
Juan
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