Jaap de Hoop Scheffer (secrétaire Gal de l'OTAN) devant les députés

Publié le par sceptix

Offensive de charme du secrétaire général de l'OTAN en direction des députés
AP | 12.02.2009 | 14:15

Le secrétaire général de l'OTAN Jaap de Hoop Scheffer a tenté jeudi de convaincre les députés sceptiques de l'intérêt d'un retour complet de la France dans le commandement militaire intégré de l'Alliance atlantique lors d'une audition devant les commissions des Affaires étrangères et de la Défense de l'Assemblée.
 
"Une alliance rénovée a besoin de la France. Une France ayant mené jusqu'à son terme son rapprochement des structures de l'OTAN aurait tout à gagner d'une telle situation", a déclaré le diplomate néerlandais lors de cette audition d'une heure et demie devant une vingtaine de députés. Cette audition, une première pour M. de Hoop Scheffer, était organisée dans le cadre du travail de préparation des esprits au retour complet de la France, que Nicolas Sarkozy doit officialiser les 3 et 4 avril au sommet du 60e anniversaire de l'OTAN à Strasbourg et Kehl. Cette décision passe mal dans la classe politique, de la gauche à l'UMP en passant par le centriste François Bayrou.
 
S'exprimant en français, le secrétaire général de l'OTAN a insisté sur les changements intervenus depuis 1966, et la décision du général de Gaulle de quitter le commandement intégré. "L'Alliance a quitté sa posture de guerre froide centrée sur la défense du territoire", a-t-il expliqué. Aujourd'hui, "elle a entrepris de contribuer à la stabilité internationale" par ses opérations sous mandat de l'ONU en Bosnie, au Kosovo, en Afghanistan ou contre la piraterie au large de la Somalie.
 
Cette évolution "ne signifie nullement que l'OTAN a soudainement développé l'ambition de devenir le gendarme du monde", a assuré M. de Hoop Scheffer. Mais "le monde lui-même a changé, les menaces ont changé", a-t-il rappelé, mentionnant "le terrorisme, la prolifération des armes de destruction massive, les trafics, la piraterie, les cyber-attaques".
 
Le diplomate néerlandais a assuré que la France n'allait "rien perdre de sa souveraineté" en réintégrant pleinement l'OTAN, dont elle s'est rapprochée depuis 1995. "La décision de participer à une opération reste nationale", a-t-il rappelé. Il a aussi fait valoir que la force de dissuasion nucléaire française resterait indépendante.
 
Le retour complet de la France lui apportera de "nombreuses plus-values", a affirmé le secrétaire général de l'OTAN, en permettant à Paris de participer à la définition des missions de l'Alliance, à l'élaboration des scénarios de crise ou à la préparation des plans d'opérations.
 
Jaap de Hoop Scheffer n'a pas répondu aux questions sur les commandements qui seront donnés à la France en contrepartie de son retour dans les structures intégrées, promettant seulement "des postes très importants". Deux commandements sont en discussion, selon des sources diplomatiques françaises et européennes. Le premier est l'Allied Command Transformation (ACT, transformations de l'Alliance) situé à Norfolk (Etats-Unis). Le second est le commandement régional de Lisbonne (Portugal), où se trouve le quartier général de la Force de réaction rapide de l'OTAN ainsi qu'un centre d'analyses de photos satellites.
 
Le secrétaire général de l'OTAN, qui s'est défini comme "Européen et Atlantiste", et même "gaulliste", a insisté sur la complémentarité entre l'Alliance et l'Europe de la défense. "Pour l'OTAN, l'enjeu n'est pas moins d'Europe, c'est plus d'Europe, en particulier en ce qui concerne les capacités militaires", a-t-il insisté.
 
Ces arguments n'ont pas convaincu les députés de gauche comme de droite opposés au retour complet de la France. "Si la France entre dans l'OTAN, il n'y a plus d'espoir de politique étrangère et de sécurité commune, plus d'Europe de la défense", a répondu le socialiste Jean-Michel Boucheron.
 
Le souverainiste UMP Jacques Myard a redit son opposition à un retour qui va "lier les mains" de la France et l'arrimer à un "bloc monolithique" occidental et dirigé par les Etats-Unis.
 
Après son audition, M. de Hoop Scheffer s'est rendu à l'Elysée pour un entretien avec Nicolas Sarkozy. "Je n'ai pas l'illusion de les avoir convaincus, mais espérons que mon audition pourra aider la discussion", a conclu le Néerlandais en quittant le Palais-Bourbon. 
 

 
Réaction de François Bayrou : "Dans l'Alliance atlantique, nous n'avons jamais manqué à nos obligations, ni au Koweït, pendant la guerre du Golfe, à l'époque de François Mitterrrand, ni ensuite au Kosovo, ni en Afghanistan, après le 11-Septembre" [Et il en est fier...]
 
"Mais en nous tenant à l'écart du commandement intégré, nous marquions que la France ne se laissait pas résumer à la zone d'influence américaine, qu'elle était ouverte au monde, qu'elle pouvait dire non, ce qui est apparu clairement lors de la guerre en Irak. Ce sont cinquante ans d'histoire qu'ainsi on prétend sacrifier. Et pour gagner quoi en échange ? Quelques postes de généraux français dans l'état-major allié... Je dis que cet héritage d'indépendance, il n'est pas à la disposition d'un seul homme, il n'appartient pas au seul Nicolas Sarkozy mais à tous les Français, puisqu'il s'agit de notre patrimoine national. Les Français devraient donc pouvoir se prononcer par referendum.

 

Publié dans OTAN-défense - ONU

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