Les marchés continuent de chuter - L'euro risque-t-il d'imploser ?

Publié le par sceptix

Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, au Nicaragua
 LE RETOUR DES "CINQ E"
 Les marchés continuent de chuter, en dépit du plan de 787 milliards de dollars conçu par Obama. "Trop peu", disent les uns. "Trop tard", disent les autres.
* Mais le pire n'est peut-être pas passé. Les revenus chutent... pour la simple raison que les gens dépensent moins d'argent. Les gens dépensent moins. Les entreprises gagnent moins.
* Les taux d'épargne grimpent aux Etats-Unis. Le déficit commercial diminue. Ce sont des tendances saines à long terme... mais difficiles à gérer durant une dépression.
* Les revenus ne sont pas les seuls à chuter ; les PER font de même. Les prix des actions s'adaptent non seulement à la baisse des revenus mais aussi à la psychologie d'une dépression. Il y a des moments où les gens sont prêts à payer 20 $ pour un dollar de revenus. A d'autres, ils hésiteront à payer ne serait-ce que 5 $. Nous avons vu les 20 $ il y a quelques années ; la tendance est en train de s'inverser. Nous nous dirigeons vers les 5 $. C'est ce que les gens paieront pour 1 $ de revenus lorsque ce marché aura atteint son plus bas. Ou à peu près.
* L'association entre revenus en baisse et chute des PER inflige aux actions à peu près ce que les Romains ont fait à Carthage durant la troisième guerre punique. Voilà pourquoi nous ressortons notre drapeau d'alerte au krach. Cours de Bourse delenda est.
* En général, les dépressions viennent avec des marchés baissiers. Et les marchés baissiers viennent avec des rebonds et des rallys. Nous nous attendions à un "rebond Obama" après les élections. Nous en avons eu un... mais bien moindre que nous le prévoyions. Les actions n'ont repris que 15% environ.
* Un rebond plus prononcé aura lieu tôt ou tard. Mais nous avons hissé notre pavillon, juste au cas où. Les actions pourraient d'abord baisser de 30%-50% supplémentaires.
* Les nouvelles économiques ne sont pas toutes mauvaises. L'indice du fret a rebondi -- +147% par rapport à son plus bas. Quelqu'un doit transporter quelque chose.
* En dehors de ça, les titres sont moroses. Les constructeurs immobiliers américains sont dans l'impasse, déclarent les journaux ; ils affirment avoir besoin de 18,5 milliards de dollars. Où vont-ils obtenir une telle somme ? Le marché des obligations d'entreprise -- auquel ont recours les entreprises pour lever des fonds -- est mort. Quand il s'agit de prêts, les emprunteurs privés ne sont pas de taille par rapport au gouvernement fédéral américain. Même les états ne peuvent pas lutter ; ils n'ont pas de planche à billets. La Californie risque un "verrouillage" de son service public, rapport Bloomberg.
* Partout dans le monde, on se demande où est le plancher. L'Irlande semble se rapprocher de la faillite. Et le Japon est "dans un état épouvantable", déclare The Economist.
* Les choses vont si mal au Japon que le ministre des finances, Shoichi Nakagawa, a décidé de noyer son chagrin dans l'alcool. Hélas, il a choisi la réunion du G7 -- où il représentait son pays -- pour s'enivrer. A présent, selon le New York Times, il est poussé à la démission.
* Pour autant que nous puissions en juger, Nakagawa est le seul ministre du G7 qui devrait conserver son poste. Les autres n'ont clairement pas la moindre idée de ce qui se passe -- sans quoi ils seraient tous saouls eux aussi.
** "La semaine a été passionnante sur le marché pétrolier", écrit Manraaj Singh. "Le cartel pétrolier de l'OPEP a annoncé qu'il envisageait une baisse supplémentaire de la production pour faire grimper le prix du pétrole. Et l'Agence internationale de l'énergie avertit désormais que le pétrole pourrait atteindre 200 $ au cours des 24 prochains mois"...
* Selon Singh, le pétrole "pourrait entamer un rebond soutenu à partir du 15 mars. [...] Il y a encore beaucoup d'argent en coulisse attendant de se repositionner sur le marché du pétrole dès qu'on pensera que le rebond a commencé. Une fois que cet argent entrera effectivement sur le marché, le prix du pétrole pourrait grimper très rapidement". L'un des déclencheurs potentiel de ce rebond pourrait être très proche -- le 15 mars, date de la prochaine réunion de l'OPEP, selon Singh.
** Nous nous rappelons nos "Cinq E", décrits il y a des mois de ça.
* Ils détaillaient les tendances sous-jacentes que nous considérions comme inéluctables. Voyons voir...
* Notre Expérience monétaire -- des dollars papier basés sur la confiance -- était condamnée.
* L'Empire américain commençait son déclin.
* L'Energie devenait plus chère.
* Un Exode de richesse et de puissance se produisait vers l'est.
* Et l'Economie se dirigeait droit vers une crise.
* La seule chose qui semble mal partie est la numéro trois. L'énergie est bien meilleur marché aujourd'hui qu'il y a un an. Est-ce que cela signifie que la tendance vers une énergie plus chère est terminée ? Peut-être... peut-être pas.
* Le prix du pétrole est passé sous les 35 $ cette semaine.
* "Je pense que nous avons vu le plancher", déclare notre collègue Simone Wapler. Selon elle, de nombreux projets censés augmenter le ravitaillement pétrolier ont été abandonnés. Cela signifie une offre plus limitée que prévu. Les prévisions de croissance économique ont elles aussi été revues à la baisse... ce qui réduira la consommation. Mais inévitablement, les économies asiatiques vont se développer... et utiliser plus d'énergie. Il y a 700 voitures pour 1 000 personnes aux Etats-Unis, souligne Simone. En Chine, il y en a tout juste 20. D'une manière ou d'une autre, l'Asie utilisera probablement plus d'énergie à l'avenir... ce qui augmentera probablement le prix du pétrole.

Les uns après les autres, les pays se retrouvent surendettés, voire au bord de la faillite. Qu'est-ce que tout cela signifie pour l'euro, le dollar, le système monétaire mondial... et surtout l'or ? Frédéric Laurent, de Vos Finances - La Lettre du Patrimoine, nous en dit plus.
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L'EURO SURVIVRA-T-IL A CES CRISES ?
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Par Frédéric Laurent (*)
Avec la crise économique et les différentes annonces de plans de relance -- dans lesquels seront dépensés des milliards d'euros et de dollars que les pays n'ont pas -- la guerre a tendance à se déplacer sur le terrain des notations et des monnaies des pays. Ces montagnes de dettes qui vont s'accumuler risquent de les fragiliser à un autre niveau, autrement plus important.
Les pays sont de moins en moins solvables
La dégradation des finances publiques autant que les augmentations des déficits budgétaires inquiètent sérieusement les agences de notation. Ces dernières, après leurs terribles négligences sur leur travail d'avant crise, ayant même été accusées d'avoir contribué à l'éclatement des subprimes, se mettent à montrer plus de sévérité.
Standard & Poor's et Moody's dégradent les notes de la dette souveraine de certains pays comme la Grèce passée à A-, l'Espagne passée AA+, le Portugal passé A+ fin janvier. Elles ont des velléités de perspectives négatives sur l'Irlande. Le Royaume-Uni peut malheureusement être amené à suivre cette voie, qui n'a rien de royal.
La prime de risque en cas de défaut de paiement n'en finit plus d'augmenter, et la notation des pays -- qui indique le degré de risque à acheter la dette dudit pays -- de s'abaisser. Pour les agences, acheter la dette souveraine, même de pays réputés fiables, devient de moins en moins sûr ! Premier point : n'achetez plus de bons du Trésor et autres obligations d'Etat, mais achetez de l'or. Au moins, si les Etats ne peuvent plus rembourser, vous serez assis sur un vrai trésor.
L'euro risque-t-il d'imploser ?
Deux écoles se font jour à ce sujet. Certains spécialistes, financiers ou économistes, avancent la thèse d'une implosion de l'euro. Comment gérer une Zone euro dont les participants n'ont plus du tout les mêmes taux d'intérêts... avec l'Allemagne à un bout et la Grèce ou l'Espagne à l'autre ? De jour en jour l'écart se creuse, aboutissant à des situations intenables et mettant à jour un véritable risque de faillite de l'état concerné.
En dehors de la Zone euro, mais dans ce même espace européen, s'ajoutent les différents taux de change entre les devises des pays qui ont conservé leur propre monnaie. La couronne suédoise par exemple a baissé de 15% par rapport à l'euro ; la livre sterling pour le Royaume-Uni (tout comme d'ailleurs la livre turque) a chuté de 20% par rapport à l'euro. Or, tous ces pays proposent des produits manufacturés dont la compétitivité s'est mécaniquement améliorée du fait de la dévalorisation de leur monnaie.
Le risque, c'est d'une part de conduire les pays européens à la déflation (baisse des prix pour pouvoir lutter... puis baisse inévitable des volumes) puis à la dépression. Mais en ce moment même... certains pays réfléchissent sur l'éventualité de quitter la monnaie unique, histoire de dévaluer leur monnaie afin de retrouver une certaine compétitivité. Cela risquerait à coup sûr de mener à une crise politique européenne, si ce n'est l'explosion de l'euro.
De l'autre côté de la lorgnette figure un certain Joachim Almunia, commissaire européen aux affaires économiques qui, pour sa part, pressent au contraire une forte probabilité à l'arrivée du Royaume-Uni, de la Suède et du Danemark au sein de la monnaie unique.
Les mois prochains devraient trancher entre ces deux discours. Moralité en ce qui concerne vos finances : achetez de l'or pendant qu'il est temps. Les devises vont valser.
Meilleures salutations,
Frédéric Laurent
Pour la Chronique Agora
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