le G20 vu du Maroc

Publié le par sceptix

   

Sommet du G20: Deux mondes s’affrontent

 

· Trop de divergences opposent Américains et Européens

· Sarkozy monte au créneau


Les chefs d’État mondiaux se retrouvent aujourd’hui à Londres pour le sommet très attendu du G20, avec pour principal objectif de trouver des moyens de relancer l’économie mondiale. Ce sommet constitue la première réunion internationale du nouveau président américain. En tant que représentant du pays à l’origine de la crise économique actuelle, Obama est particulièrement pressé d’apporter des solutions. Ce dernier a rencontré les autres dirigeants à la veille du sommet, notamment le président russe Dmitri Medvedev et son homologue chinois Hu Jintao. Des divergences existent encore entre certains dirigeants sur les façons de résoudre la crise et pourraient empêcher une prise de position commune lors du G20. Le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner a affirmé mercredi 1er avril à la sortie du Conseil des ministres que le sommet du G20 de Londres s’annonçait «difficile» car «il y a deux mondes qui s’affrontent». «Il y a un monde qui veut plus de régulation, un autre qui en veut moins et qui est plus proche des positions dites libérales», a-t-il expliqué.
Plusieurs sujets-clés sont en effet encore à l’étape de négociation: lutte contre les paradis fiscaux, bonus des traders, contrôle des hedge funds... Mardi dernier, le président français Nicolas Sarkozy a fait monter la pression en annonçant qu’il était prêt à quitter le sommet s’il ne produisait pas de solutions concrètes. Avant de gagner Londres, Sarkozy veut maintenir la pression sur le G20. Il a réitéré son désaccord sur le projet de déclaration du sommet. Alors que les États-Unis notamment prônent le renforcement des plans de relance, les dirigeants européens, menés par la France et l’Allemagne, se montrent sceptiques face à des dépenses supplémentaires et insistent sur la mise en place de mesures de régulation financière plus sévères afin d’éviter de nouveaux excès.
Les négociations encore en cours concernent tout d’abord la liste noire et sanctions contre les paradis fiscaux. Le principe d’une publication de listes de juridictions non coopératives, avec des sanctions à la clé n’est pas acquis. Les Européens veulent obtenir la publication de trois listes : les paradis fiscaux ; les pays qui ne respectent pas les normes anti-blanchiment ; et ceux qui ne coopèrent pas en matière de délits financiers. Les États-Unis ne veulent hausser le ton que sur la fraude fiscale. Concernant la surveillance des hedge funds, les Européens veulent encadrer ces fonds dont la faillite est susceptible de mettre en péril une banque. Les États-Unis sont décidés à sévir de leur côté. Ils acceptent que la régulation des hedge funds soit mentionnée dans le communiqué du G20, mais ils veulent pouvoir rester maîtres des normes à venir.
Quant au volet renforcement des capitaux propres des banques, les ministres des Finances du G20 ont déjà conclu un «accord politique», en mars sur «le renforcement du capital des banques en haut de cycle et sur la limitation de l’effet de levier», pour conduire les banques à prendre moins de risques. Mais le communiqué final du G20 précisera probablement que le renforcement du capital des banques ne devrait pas être exigé «avant un rebond solide et durable de l’économie». En effet, obliger les banques à provisionner davantage leurs risques pourrait les conduire, à court terme, à diminuer leurs prêts.
Côté bonus des traders, les Anglo-saxons ne veulent pas aller loin. «Nous nous mettrons d’accord sur des règles internationales de rémunération des banquiers», a promis Gordon Brown, le Premier ministre britannique. Les Européens veulent limiter les bonus des traders en imposant aux banques récalcitrantes des exigences supplémentaires en matière de capitaux propres.
L’encadrement des agences de notation est aussi en cours de négociation. Accusées d’avoir mal évalué les risques associés aux produits titrisés, ces agences devront adopter un code de bonne conduite au niveau mondial. Elles devront aussi mettre fin aux conflits d’intérêts en séparant mieux leurs activités de conseil et celles de notation.
Le sujet de la révision des normes comptables devrait peu avancer. Les Européens veulent réformer la gouvernance de l’IASB, le régulateur comptable mondial, accusé par certains banquiers d’avoir aggravé la crise en poussant à l’adoption de normes dites «en valeur de marché». Les Américains sont contre.

Acquis



Pour ce qui est des acquis, le G20 va saluer les plans de relance déjà engagés par ses membres pour contrer la récession, en prenant garde de ne pas promettre de nouvelles dépenses. Les banques centrales seront appelées à baisser les taux d’intérêt et à les maintenir le plus bas possible aussi longtemps que nécessaire pour soutenir la demande. Le sommet saluera tous les plans de soutien aux banques : apport de liquidités, recapitalisation, garanties des dettes, ou des actifs toxiques. Les plans de sauvetage du secteur financier engagés par les membres du G20 depuis cet automne sont chiffrés à quelque 4.000 milliards de dollars. Le G20 devrait aussi promettre de «renforcer substantiellement les prêts aux banques de développement» et «d’aider les pays pauvres, les plus touchés par la crise». La question reste de savoir quelle somme sera débloquée au final. Le G20 est d’accord pour doubler au moins les ressources du FMI qui s’élèvent aujourd’hui à 250 milliards de dollars. Le G20 rappellera la nécessité de lutter contre tout protectionnisme. Depuis leur dernière rencontre à Washington en novembre, 17 pays sur les 20 ont pris des mesures protectionnistes, selon la Banque mondiale, même si certaines sont «de portée limitée».

Afrique: Position commune



L’Afrique a décidé de présenter une position commune au sommet du G20 qui recommande notamment plus de contrôle des marchés financiers internationaux, et demande à ses partenaires de tenir leurs engagements financiers. Le continent veut désormais peser collectivement dans toutes les délibérations internationales. Il sera représentée au G20 par «une délégation de l’UA conduite par le Premier ministre éthiopien Meles Zenawi, avec le président de la Commission de l’UA, Jean Ping.

Jihane KABBAJ

http://www.leconomiste.com/article.html?a=92364


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