GRIPPE A(H1N1): avec 50 millions de vaccins, la France met la dose

Publié le par sceptix

Le ministère de la Santé travaille sur les hypothèses les plus sombres.

samedi 30 mai 2009

 

Totale confusion. Le ministère français de la Santé a relativisé auprès de Slate.fr, dans l'après-midi du 30 mai, les informations selon laquelle la France venait de décider d'acquérir au plus vite 100 millions de doses de vaccins antigrippaux et ce pour un montant d'un milliard d'euros. Pour autant, la porte-parole de Roselyne Bachelot m'a confirmé que dans le cadre de la lutte préventive contre la nouvelle forme de grippe le gouvernement Fillon avait, il y a deux semaines, préempté 50 millions de doses d'un futur vaccin «pandémique» contre l'infection par le virus A/H1N1, et ce auprès de la multinationale GlaxoSmithKline. Ces 50 millions de doses permettraient de protéger 25 millions de personnes étant entendu qu'il faudra, cette fois, deux injections vaccinales pour chacun.

Des négociations complémentaires sont en cours avec d'autres grandes multinationales susceptibles de produire un vaccin similaire, au premier rang desquelles  Sanofi-Pasteur et Novartis. L'hypothèse retenue est celle des scénarios épidémiques les moins favorables et il n'est nullement exclu de constituer, si nécessaire, un stock global national de cent millions de doses. Aucune décision n'a toutefois encore été prise quant à savoir si le futur vaccin ne protègera que contre le nouveau virus ou s'il protègera aussi contre ceux de la prochaine grippe hivernale.

En toute hypothèse, ces vaccins ne pourront pas être prêts avant septembre. Les incertitudes demeurent quant au coût de telles décisions. Et aucune précision n'est donnée quant au fait de savoir si le moment venu la vaccination se fera — comme pour la grippe hivernale — sur la base du volontariat ou si des mesures contraignantes pourraient être prises.

S'émouvoir? S'inquiéter? S'indigner? Dire d'abord qu'une telle décision est en parfaite cohérence avec le caractère ambitieux — «maximaliste» ou «excessif» confient certains spécialistes — qui caractérise le plan français de lutte contre la pandémie. On sait que ce plan a été progressivement  mis en place depuis plusieurs années après  l'apparition du risque de transmission à l'homme du virus A(H5N1) de la grippe aviaire. Il est une traduction exemplaire de l'application du principe constitutionnel dit «de précaution».

La France n'est pas la seule à prendre de telles mesures. Ainsi la multinationale française Sanofi-Pasteur n'était pas peu fière d'annoncer il y a quelques jours à la presse internationale une première commande des Etats-Unis pour son futur nouveau vaccin; pour un montant de 190 millions de dollars. Et le gouvernement américain a d'ores et déjà fait savoir qu'il comptait investir un total d'un milliard de dollars sur ce thème. Enfin, jamais en reste quand il s'agit d'annonces-chocs l'Organisation mondiale de la santé réclamait il y a deux semaines  la production de «cinq milliards» de doses du futur vaccin.

Il m'est bien difficile de juger, dans l'urgence, de l'opportunité de la décision française. Mais force m'est bien d'observer, avec quelques spécialistes de diverses disciplines,  que cette décision est à très hauts risques sanitaires,  économiques et — peut-être demain — politiques. C'est que les équations sont ici à inconnues multiples. Question centrale: le futur vaccin dont on va commencer la fabrication industrielle sera-t-il efficace contre les virus qui circuleront en automne?

A dire vrai, nous traversons de bien étranges moments. Cinq semaines après l'émergence de cette nouvelle grippe, aucune personne au monde, aussi savante et compétente soit-elle, n'est capable de dire vers quoi nous nous dirigeons.

Un exemple.

La puissance de la virologie moderne a certes permis d'identifier le nouveau virus A(H1N1). Nous savons tout de son intimité moléculaire. Mais nous ne savons pas si (quand et comment) sa structure va évoluer au point d'en faire un agent pathogène hautement meurtrier. Nous avons cru qu'il était d'origine porcine avant que l'on nous affirme qu'il n'en était rien. Et voici qu'aujourd'hui une nouvelle étude, publiée dans l'hebdomadaire américain Science, laisse à nouveau entendre que le porc est très vraisemblablement le coupable.

Dirigé par Rebecca Garten, l'une des responsables des Centres américains de contrôle et de prévention des maladies, ce travail a consisté à séquencer tout ou partie du génome de 76 souches du nouveau virus prélevées sur des personnes infectées. Conclusion: certes, les huit gènes qui composent le patrimoine héréditaire viral proviennent bien, comme on l'avait dit dès le départ, de virus connus pour être présents chez des porcs, des oiseaux et des humains. Toutefois les fractions d'origine porcine semblent relativement plus impliquées que les autres. Et dans  leur quête moléculaire de l'origine du mal, les chercheurs vont jusqu'à dire que le A(H1N1) a, selon toute vraisemblance, récemment émergé d'élevages de porcs situés en Amérique du nord et/ou en Eurasie.

La bonne nouvelle, selon ces chercheurs, c'est que la structure actuelle du virus (plus précisément la composition des protéines qui sont à sa surface) laisse penser qu'il ne devrait pas être trop difficile d'élaborer un vaccin. La mauvaise nouvelle, c'est que l'on sait que des hommes infectés peuvent contaminer des porcs. Le cas a été récemment observé en Alberta, au Canada. Et des porcs infectés par le A(H1N1) pourraient rapidement (re)devenir une forme de creuset vivant d'où pourrait émerger une nouvelle configuration virale, nettement plus dangereuse.

Pour l'heure nous sommes au mode conditionnel.  Le gouvernement français postule que non. Du moins avant l'automne.

Jean-Yves Nau

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R
et pour ceux qui veulent en savoir plus sur la pensée de Zygmunt Bauman mais qui n'ont pas le livrehttp://dogma.free.fr/txt/CR-BaumanHolocauste.htm
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S
<br /> Merci Roland, c'est une excellente analyse mais qui ne rassure pas du tout sur ce qu'est devenu le monde et notre "civilisation".<br /> Je relaie cet article, tu as toujours d'excellentes trouvailles.<br /> <br /> <br />
R
en tout cas il y a des gens qui s'alarment et réagissent très fort,http://www.alterinfo.net/Grippe-A-H1N1-la-vaccination-pourra-devenir-obligatoire_a32937.htmlil y a aussi cette remarque venant d'un des experts interviewés par le Journal du Dimanche : "ce que réclame une société mondialisée moderne qui ne veut plus subir des infections épidémiques potentiellement sévères" qui montre bien que ce qui fait la différence ce n'est pas, pas du tout, l'ampleur du danger mais le changement d'esprit de la société, c'est dans la tête des gens, et encore plus dans celle des dirigeants (et celle des gens "lavée" par leurs dirigeants ...). C'est comme pour la fameuse "insécurité" (pas celle de l'emploi ! ni l'insécurité affective ! ni, ni, mais l'insécurité devant la criminalité des gens privés (donc ça ne comprend pas non plus l'insécurité causée par les bavures policières ! ) : en fait ce n'est pas le crime qui a augmenté, il y a beaucoup moins de crimes et de violences qu'il y a un siècle, mais c'est la société qui a changé, qui ne supporte plus de vivre avec un risque, même minime d'être victime de cambriolage, agression ou meurtre. Pour les maladies c'est pareil, avec un élément, interessant ! en plus: on l'a bien vu avec l'hystérie étatique qui s'est dévieloppée lors de la fièvre aphteuse: la fièvre aphteuse ça se soigne ! on peut même manger la viande des vaches contaminées ! avant guerre, je me souviens très bien de ce que me racontait ma mère: quand les vaches d'un femier avaient la fièvre aphteuse, c'était un embêtement, mais on ne les abattait pas, loin de là tout le troupeau ou comme maintenant carrèment tout le village plus des barrières de quarantaine, eetc, etc, les vaches on les soignaient, et parfois elles guérissaient, elles continuaient à produire, mais moins. Là est l'explication : ça coute cher ! les vaches sont moins productives, il y a PERTE ECONOMIQUE, et pour cette menace de perte économique on a tué des millions de vaches "innocentes" qui avaient juste le malheur de se trouver à proximité d'une vache contaminée !Donc maintenant c'est pareil pour toutes les épidémies. Souvenez-vous il y a pas très longtemps (années 70 ?) on a eu la grippe asiatique qui a fait je crois un million de vicimes de par le monde, il n'y a pas eu cette hystérie actuelle, puis la grippe de Hong-Kong. Autrefois il y avait régulièrement des épidémies, tant que ce n'était pas la peste ni le choléra, on prenait des précautions, mais ça ne tournait pas à la mobilisation épouvantée et potentiellement totalitaire. Ce qui vient de changer comme nous l'explique l'expert : c'est que la société est devenue, une société mondialisée moderne qui ne veut plus subir des infections épidémiques potentiellement sévères. pas le moindre embêtement ne doit gêner le fonctionnement "mondialisé" de cette société de plus en pllus exigente qui "réclame". Et pour ça on est prêt à fouler aux pieds les droits de l'homme mis noir sur blanc il y a cinquante ans dans la déclaration Universelle des Droits de l'Homme sur le respect du libre arbitre et de l'iêgrité corporelle des personnes, on est prêt à instaurer un Etat totalitaire, pour que la société  mondialisée moderne  ne subisse plus des infections épidémiques potentiellement sévères. C'est là qu'on retrouve le deuxième pilier des horreurs nazies mis en évidence par Zygmunt Bauman "cette volonté typiquement moderne de maîtrise totale de la société, quand il n'y a rien qui l'arrête" tendance sans laquelle, comme il l'a montré dans son livre "Modernité et Holocauste" il n'y aurait pas eu de génocide systématique, au nom d'une certaine conception de ... eh bien justement de l'hygiène ! (pour les nazis, qiui ont commencé par euthanasier tous les fous let les handicapée, puis les déportés hors d'état de travailler, puis les juifs et les tziganes, ces campagnes d'extermination c'était de l'hygiène raciale). Or, après la guerre les gens se sont mis à metre en garde devant racisme ("voyez jusqu'où ça peut mener") mais pas devant ce pilier fondamental de la modernité, cette volonté technocratique et impavide de mâitrise totale de la société, qui était pourtant le deuxième réactif essentiel de ce qui s'était passé. Or cette tendance, contrairement au racisme est pus forte que jamais, et nullement stigmatisée par les "maitres à penser". Et voilà ce qui devait arriver va arriver, si ce n'est pas cette fois ci ça sera la prochaine. Attendez-vous, comme disait Geneviève Tabouis, à voir cette volonté administrative de vouloir régenter à 100% le "risque zéro", aboutir à des horreur  totalitaires.
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S
<br /> Et on oublie la sélection du fétus, limitée POUR L'INSTANT, à la recherche de maladie grave, mais jusqu'à quand et jusqu'où ?<br /> Merci Roland pour toutes ces précisions.<br /> <br /> <br />
R
aparemment c'est Le Journal du Dimanche qui a lancé la nouvelle le premier, ensuite bien sûr ça a fait une trînée de poudre. D'où le JdD a eu son tuyau ?
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S
<br /> Alors là Roland, je ne sais vraiment pas !<br /> <br /> <br />
P
Vu le tolé sur la toile et ce malgrè une annonce faite un samedi soir, veille de Pentecôte, le gouvernement a pour l'instant mis son idée de vaccination générale en veilleuse... Preuve que nos colères servent à quelque chose.... Et Internet aussi.... Bon, que cela ne nous empêche surtout pas de rester vigilant et même en permanence aux aguets.
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S
<br /> Il me semble que la seule façon d'OBLIGER la vaccination, c'est l'état d'urgence ou la loi martiale, sinon, nous sommes libres d'accepter ou pas ce vaccin, il faut chercher les lois concernant ce<br /> type de problème. Oui restons vigilants,<br /> Bisous<br /> <br /> <br />
M
Je serais moins circonspect si les doses avaient été achetées à un laboratoire public.Tandis que là, faire la part entre ce qui ressort de la dangerosité et ce qui appartient au copinage et à l'arrosage des sociétés amies...Bonne fin de semaine Charlotte.P.S : punaise ! toi, Hadria,Eva,SunTzu avez des articles hyper balèzes, hyper documentés.
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S
<br /> Je me demande  si ce n'est QU'une question de copinage, je pense que c'est pire que ça mon Morsli, lis ou relis "le meilleur des mondes" ou 1984 nous sommes en plein dedans.<br /> Quant aux articles documentés, je pense que nous avons plus de temps que ceux qui bossent, beaucoup de recherches et de temps passé sur la toile, en ce qui me concerne aucun mérite puisque je<br /> relaie des articles existants, j'espère aider ceux qui n'ont pas le temps de faire ces recherches en compilant les articles qui me semblent importants, il me reste peu de temps pour la visite des<br /> blogs amis, mais je pense avec tendresse et affection à vous tous et je n'oublie aucun de vous, je t'embrasse très fort.<br /> <br /> <br />