Comment une automatisation inexorable tuera l'emploi

Publié le par sceptix


A propos du livre de Martin Ford The Lights in the Tunnel, Acculant Publishing 2009.

 

Martin Ford se présente en 4e de couverture comme le fondateur d'une firme technologique de la Silicon Valley, disposant de 25 ans d'expérience dans le domaine des ordinateurs et des logiciels. Mais en lisant son livre, on se persuadera qu'il est bien plus que cela. Nous dirions volontiers de lui qu'il s'agit d'un nouveau John Maynard Keynes. Il mérite ce compliment par sa capacité à proposer des visions critiques de la pensée politique et économique de son temps, à se projeter dans l'avenir et formuler en conséquence des propositions que les esprits conservateurs trouveront révolutionnaires.

La “vision du monde” qu'il nous propose est simple à résumer. Il montre que dans le cadre des lois du marché qui se sont imposées au monde entier depuis quelques années, le “libre” développement capitalistique des sciences et des technologies produira des sociétés invivables, dominées par une étroite minorité d'individus et d'entreprises ayant monopolisé les ressources de la nature et de la technique. Les technologies auront en effet partout remplacé le travail humain. Ces sociétés seront invivables parce que les 70 à 80 % d'humains ayant perdu leur place dans les cycles de production et transformés au mieux en assistés, ne pourront que se révolter contre les accapareurs du pouvoir technologique et économique. Ceci d'autant plus que la raréfaction prévisible des ressources naturelles et l'aggravation des crises climatiques réduiront encore leurs capacités de survie.

Le caractère paradoxal de Martin Ford est qu'il ne cède pas à la facilité d'écrire comme tant d'autres un nouveau manifeste contre la science et la technique, proposant comme si la chose était possible d'en revenir à des modes de production et de consommation du passé. Il ne conteste en rien les apports des progrès techniques, dont d'ailleurs les populations du monde entier se disent globalement satisfaites. Il ne conteste pas davantage la concurrence en soi, ni la recherche du profit par des entrepreneurs privés, sans lesquelles n'apparaîtrait pas selon lui de motivations à investir dans les nouvelles technologies. Il se borne à formuler une critique ancienne, remontant aux luddites anglais qui cassaient les métiers à filer mais que l'on oublie de plus en plus dans le déval technologique contemporain. Il s'agit du caractère à terme insoutenable du remplacement du travail humain par des machines: celles-ci ne tueront pas seulement le travail, mais elles tueront la consommation. Les salariés devenus chômeurs n'auront plus les moyens d'acquérir les biens produits par ces machines, même si les coûts en sont fortement diminués.

On a pu faire la même observation à propos de la délocalisation. Les salariés licenciés du fait de la délocalisation de leur entreprise n'auront pas les moyens d'acquérir les biens produits par l'entreprise délocalisée, même si ces biens leur sont proposés moitié moins cher qu'auparavant. Mais face à la délocalisation, des remèdes sont parfois envisagés: inventer des activités non délocalisables, compter sur l'augmentation des coûts du transport pour voir revenir les ateliers partis dans les pays à bas salaires... Face au “progrès technologique”, rien de tel selon Martin Ford n'est à espérer. Ce progrès frappera, si l'on peut dire, partout, à tous les niveaux hiérarchiques et de plus en plus sévèrement, générant des sous-emplois ou non-emplois pouvant, sur la longue durée, atteindre jusqu'à 70% des effectifs des individus de toutes qualifications en état de travailler.

Pour éviter les désastres ainsi diagnostiqués, Martin Ford propose d'en revenir à la régulation étatique, non pour freiner le développement technologique et les pertes d'emploi en résultant, mais pour ouvrir de nouvelles perspectives de croissance sociale reposant sur un meilleur partage des bénéfice de l'automatisation. Sa démarche est intéressante, à une époque où l'opinion publique américaine se soulève de façon d'ailleurs irrationnelle contre l'intervention de l'Etat, le big government. Mais les remèdes qu'il envisage sont-ils réalistes?

Notre site Automates Intelligents ne pouvait rester indifférent à ce débat, vu l'importance que nous attachons à l'observation des technologies et de leurs usages. Nous allons donc examiner dans une première partie la validité du diagnostic proposé par Martin Ford puis dans une seconde partie celle des solutions réparatrices qu'il recommande d'adopter.

Première partie. Le diagnostic

Lire la suite : Dedefensa

Publié dans CHOMAGE&PAUPERISATION

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