Difficile voyage au Pakistan de Robert Gates

Publié le par sceptix

http://images.nymag.com/images/2/daily/2008/11/20081126_gates2_560x375.jpg

(Québec) Difficile voyage au Pakistan que celui de Robert Gates, en fin de semaine au Pakistan.

«Non», ont répondu les chefs militaires pakistanais au secrétaire américain à la Défense, qui insistait sur de nouvelles offensives contre les talibans afghans, réfugiés dans ces fameuses zones tribales de la frontière afghane. Ils n'entendent que lutter contre les talibans pakistanais, et à leur manière, ainsi que contre les partisans d'Al-Qaida.

Ces conversations du chef du Pentagone avec ses homologues pakistanais ont eu lieu à huis clos, certes, mais leur contenu a vite été connu par les journalistes qui l'accompagnaient, dont ceux du New York Times. Ce fut visiblement très pénible pour Gates.

L'avant-veille, Gates estimait qu'une victoire militaire contre les talibans afghans s'imposait si l'on voulait qu'ils renoncent aux armes. Il rejetait ainsi l'appel du président afghan Ahmid Karzaï pour que l'on fasse une place même au plus intraitable d'entre eux, le mollah Omar, dont le nom devrait être supprimé de la liste des Nations unies sur les terroristes recherchés.

Si victoire militaire au sol doit être arrachée contre les talibans afghans, ne comptez pas sur nous, lui ont signalé les chefs de l'armée pakistanaise. «Si vous ne vouliez pas les voir chez nous, vous n'aviez qu'à ne pas les refouler ici», lui a d'ailleurs signalé un des officiers pakistanais, évoquant ces lendemains de la chute des talibans en Afghanistan, en 2002 et en 2003, alors que Washington ne les tenait plus que comme une quantité négligeable.

Le ton de la remarque, dit-on, était sans réplique. Cela revenait à dire : «C'est de votre faute si on est dans la m...», peut-on lire dans le New York Times.

La victoire militaire significative n'est donc pas pour demain, à moins qu'elle ne soit l'oeuvre de l'armée américaine elle-même, et même là, il lui faudrait le consentement de ce très réticent allié, à moins qu'elle ne se livre à ce très rare exercice qu'est l'invasion d'un pays allié. Et encore là, ce n'est qu'à l'été que les renforts annoncés par Barack Obama seront disponibles, et qu'une telle mission sera à l'ordre du jour.

Voilà des mois que Gates cherche à convaincre Islamabad que l'armée indienne n'est plus l'adversaire principal de l'armée pakistanaise, qu'elle doit se «redéployer» et se recycler contre les talibans et Al-Qaida. Mais c'est avec cette même armée indienne qu'il concluait, la veille, un juteux contrat d'armements, contrebalancé certes par la fourniture d'avions de combat, entre autres, aux Pakistanais.

Gates avait sans doute de bonnes raisons de procéder à ces fournitures d'armes aux deux pays, dont celle d'entretenir un «dialogue stratégique» entre les deux rivaux. Mais il pouvait difficilement empêcher les dirigeants pakistanais de s'interroger sur leur intérêt national et leur priorité stratégique.

L'officier pakistanais évoqué plus tôt a tourné le fer dans la plaie en posant la fameuse question posée il y aura bientôt 10 ans par le général Colin Powell - alors secrétaire d'État des États-Unis - à ces mêmes officiers, au lendemain du 11 septembre 2001 : «Êtes-vous avec nous ou contre nous?» Gates a sans hésiter répondu : «Avec vous, bien sûr!», ayant sans doute en tête la remarque de Powell, «qui n'est pas avec nous est contre nous», et dont découlent les «malentendus» pakistano-américains dans la «guerre au terrorisme».

Gates s'est même excusé, au nom des États-Unis, sur le déficit de confiance» entre les deux pays.

On a hâte d'entendre, mardi, le point sur la guerre en Afghanistan que fera Barack Obama, dans son discours sur l'état de l'Union.

René Beaudin
Le Soleil

Source : Cyberpresse

Publié dans USA

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article