François Hollande a appellé les Grecs à voter pour les conservateurs et leurs alliés d’extrême droite

Publié le par Charlotte sceptix

François Hollande à Athènes, ou l'irrationalité des gens raisonnables

Tandis que les socialistes français accusent l’UMP de se rapprocher du FN, François Hollande appelle les Grecs à voter pour les conservateurs et leurs alliés d’extrême droite. Moralement déplorable, son intervention est en outre contraire à ses propres intérêts – pour autant que le chef de l’État cherche réellement à peser sur les décisions de la chancelière allemande.

 

Lorsqu’ils évoquent  la situation politique de leur pays, les socialistes français se plaisent à fustiger l’effondrement des digues entre la droite et l’extrême droite. Ainsi soulignent-ils qu’eux seuls demeurent fidèles à la stratégie du front républicain, même quand il leur faut se désister pour des candidats qui ne font guère d’efforts pour se différencier du Front national, alors que, pour leur part, les dirigeants de l’UMP refusent désormais de choisir entre la gauche parlementaire et les partisans de Marine Le Pen. Plus grave encore, s’indigne-t-on au PS, pendant qu’au sommet, la formation héritière du gaullisme affecte de renvoyer dos à dos ses adversaires politiques et un parti qu’elle considérait naguère comme un danger pour la République, en sous-main et au niveau local, c’est une véritable alliance des droites qui se prépare déjà.

Si les accusations portées par la nouvelle majorité contre ses prédécesseurs sont indéniablement fondées, force est de reconnaître que le président dont elle se réclame ne les mérite pas moins. Dans un entretien donné à une chaine de télévision grecque, trois jours avant le retour aux urnes des Grecs, François Hollande s’est en effet clairement engagé en faveur d’Antonis Samaras, le leader de Nouvelle Démocratie. Or, pour gagner les élections du 17 juin, ce parti de la droite conservatrice s’est employé à pallier l’impopularité que lui vaut sa soumission aux diktats l’UE en accueillant sur sa liste les caciques du LAOS, la version hellène du FN, et en faisant sienne la thématique xénophobe de ses nouvelles recrues. Autrement dit, la fusion de la droite et de l’extrême droite, qui choque tant les socialistes à Paris, reçoit à Athènes le soutien du président issu de leurs rangs. Répliquera-t-on qu’il s’agit là d’un mauvais procès, parce que les vrais amis de François Hollande sont les socialistes du PASOK ? Une pareille défense ne résiste guère à l’analyse, dans la mesure où cette formation, jadis puissante, se réduit aujourd’hui à une peite force d'appoint qui, dans le meilleur des cas, obtiendra quelques strapontins dans un gouvernement national-conservateur.

Bien plus accablante que l’appui de sa compagne à un socialiste dissident adoubé par la droite charentaise, l’intervention du chef de l’État à la télévision grecque ne tient pas moins de l’erreur stratégique que de la faute morale. Car s’il est vrai que la France a pour objectif de contraindre l’Allemagne au compromis, c’est-à-dire de convaincre Angela Merkel qu’elle a intérêt à en rabattre sur ses exigences en matière de rigueur budgétaire, comment imaginer que ses dirigeants puissent y parvenir s’ils ne sont pas en mesure de présenter leurs propositions comme un juste milieu entre les inquiétudes des marchés et la colère des peuples ? Autrement dit, si François Hollande est fondé à se réjouir des coudées franches que lui laisse l’échec de Jean-Luc Mélenchon sur le plan national, en revanche, la défaite ou la faiblesse de forces politiques analogues au Front de gauche dans les autres pays de l’UE ne peuvent que le laisser sans munitions face au bloc constitué par les autorités de Berlin, la BCE et le FMI. Que vaut en effet l’art de la synthèse dont l’ancien premier secrétaire du PS est censé maîtriser tous les arcanes, dès lors que le poids relatif des positions antagonistes qu’il s’agit de concilier s’avère totalement disproportionné ? Bref, la décision d’aller à Athènes pour sommer les Grecs de préférer l’union de la droite et de l’extrême droite à la gauche représentée par Siriza relève autant de l’ineptie que de l’infamie – sauf à imaginer que, désireux de surpasser le machiavélisme de François Mitterrand, François Hollande ne s’est permis d’interférer dans la délibération d’un peuple souverain qu’aux fins de piquer l’orgueil des électeurs et, ce faisant, de les inciter à faire le contraire de ce qu’il leur demandait…

À défaut de retenir cette acrobatique hypothèse, le ralliement du président français à l’orthodoxie européenne qu’il se targue pourtant de contester témoigne surtout du paradoxe le plus remarquable de la période actuelle : dans le monde des dirigeants responsables, des éditorialistes sérieux et des experts pondérés où François Hollande cherche son crédit, ce n’est pas seulement sur le courage et la générosité qu’il est nécessaire de transiger ; pour paraître raisonnable, il faut également être prêt à sacrifier la rationalité économique, quitte à accroître le désarroi de son propre électorat, et même la rationalité politique, quitte à s’ôter les moyens de réaliser son propre programme.

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Un socialiste normal quoi !!!

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