La baleine qui coûtait 2 milliards de dollars à sa banque

Publié le par Charlotte sceptix


Par Anne-Sophie Jacques le 11/05/2012

Si on croyait encore que la crise de 2008 avait permis aux banques d’en tirer deux ou trois leçons, on peut aujourd’hui abandonner toute illusion : hier, le PDG de la banque JP Morgan a annoncé une perte de 2 milliards de dollars suite aux positions colossales prises par un de ses traders surnommé la baleine.

La baleine n’est pas un animal en voie de disparition, la preuve, on la trouve jusque dans les salles de marché de la City. Baleine, c’est le surnom du trader français Bruno Michel Iksil qui travaille à Londres pour JP Morgan Chase, première banque mondiale en termes d’actifs. Que lui vaut ce surnom ? Le trader a pris des positions colossales (de la taille d’une baleine donc) sur les CDS, mais si, vous savez, ces contrats d’assurance qu’on prend sur un titre pour se protéger d’un éventuel défaut (un cours de rattrapage est disponible ici).

Est-ce le retour des traders fous ? Voire de plus en plus fous ? On se souvient de Fabrice Tourre chez Goldman Sachs et de Jérôme Kiervel de la Société Générale (dont le procès en appel est prévu pour le mois de juin). Pour l’anecdote, Kerviel était surnommé "le gros" dans les salles de marchés. Il a trouvé plus que lui encore avec la baleine Iksil. Ce dernier cependant n’a rien fait d’illégal et il aurait agi avec l’aval de sa banque selon la presse US rapportée dans un papier du Journal du Net.

JPMorgan blog le Monde

Pourquoi prendre des positions gigantesques sur les CDS ? Comme le raconte Stéphane Lauer sur son blog Pertes et profits du Monde, "JP Morgan a parié sur la poursuite d’une reprise économique et a été pris à revers par le marché. Pour fixer les choses, 2 milliards en six mois, c’est quasiment l’équivalent de la moitié d’un Kerviel à la Société générale."

Jamie Dimon, le PDG de la banque, a annoncé les 2 milliards de pertes hier lors d’une conférence de presse organisée après la fermeture de la Bourse. Toujours selon Lauer, le PDG a exécuté un vrai numéro d’auto-flagellation en déclarant qu’"en couvrant à nouveau ce portefeuille d’actifs, il y a eu une mauvaise stratégie, mal exécutée, elle est devenue plus complexe et a été mal suivie. Et le journaliste de poser la question: on n’a pas l’impression que le PDG y voit lui-même très clair sur la suite des événements." Mieux : selon Nicolas Doze, chroniqueur sur BFM Business, Dimon aurait avoué lors de cette conférence de presse avoir appris les pertes dans le Wall Street Journal. En effet, le WSJ avait révélé en avril les positions démesurées prises par JPMorgans mais à l’époque, Dimon aurait considéré que c’était "une tempête dans un verre d’eau." Stéphane Lauer ricane : "maintenant il va falloir faire rentrer la baleine dans le verre d’eau."

L’affaire tombe plutôt mal pour JP Morgan qui a pris violemment position contre la réforme de la finance voulue par Obama, et notamment contre la règle Volcker qui, entre autres, vise à limiter voire interdire les activités de trading pour compte propre des banques. Pour Marc Roche du Monde, l’arroseur est aujourd’hui arrosé : "la vénérable enseigne doit faire preuve de plus de modération dans l'octroi de ses bonus. Même si l'institution a réalisé des profits record en 2011, rien ne justifie l'octroi à Jamie Dimon d'une prime mirobolante de 23 millions de dollars (17,5 millions d'euros) !" Et Roche d'estimer que "réformer JP Morgan paraît nécessaire, urgent même."

Un complot pro-Volker ?

Signe de l'importance de l'affaire, les premières théories du complot sont aussitôt apparues. Selon le Journal du Net, ces révélations ne seraient pas dues au hasard : "les hedge funds affectés par les énormes positions prises par JP Morgan pourraient être à l'origine d'un "règlement de compte" envers la banque d'affaires. D'autres évoquent carrément une sorte de complot. «Je ne serais pas surpris si certains utilisaient ce cas pour promouvoir la règle Volcker», affirme à Bloomberg Douglas Landy, un associé du cabinet d'avocats Allen & Overy LLP, qui représente les intérêts de banques canadiennes opposées au projet de loi."

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