Le critique le plus assassin du sarkozysme vient de chez Pasqua

Publié le par Charlotte sceptix

William Abitbol.William Abitbol.

Sur le net, l’un des chroniqueurs les plus assassins de la fin du quinquennat sarkozyste vient de la droite. C'est même un ancien proche de Charles Pasqua, qui fut le mentor de Nicolas Sarkozy dans les Hauts-de-Seine.

William Abitbol, ancien conseiller de Pasqua, ex-député européen rallié à Chevènement en 2002, a quitté les arrière-cuisines de la politique pour celles d'un restaurant, ouvert en 2007. Mais depuis un mois, le souverainiste (ici dans l'émission de Thierry Ardisson), décrypte la campagne sur son blog, Les bons jours d'Alfred. Dans un style bien à lui, aux conclusions toujours cinglantes.

Ce 27 mars, cet ancien proche de Pasqua évoque l'assaut de Toulouse et compare Nicolas Sarkozy à Vladimir Poutine. Dans un billet intitulé le «Poutinet président» (envoyé aux journalistes mais pas encore publié), il dénonce «l’option politique la plus sécuritaire que l’on puisse imaginer en terreau républicain» depuis dix ans et «les failles criantes des innombrables dispositifs législatifs, règlementaires, policiers». Un comble: c’est l’ancien collaborateur du ministre de l’intérieur Charles Pasqua, passé quatre ans dans les rangs du groupuscule d'extrême droite Occident, qui tient la plume de ce blog. Il poursuit, en évoquant les «mines réjouies» de Claude Guéant et Nicolas Sarkozy, «plutôt ravis de l’aubaine»: «C’est une autre image qui vient à l’esprit après l’assaut de Toulouse. Souvenez-vous, Vladimir Poutine après les attentats tchétchènes à Moscou: "on ira les buter jusque dans les chiottes". Chez nous c’était une salle de bains. Et, si ce n’est Poutine, mais tout aussi martial, Poutinet».

Le 22 mars, il fustige les paroles du président à Montauban: «Mots calculés, calibrés, pesés au trébuchet d’arrière-pensées trop visibles. La poésie n’est pas son fort, à notre Président». «Il aurait pu appeler Péguy, qui sied bien aux honneurs militaires (...) Hélas (...) c’est bien à ce vers de Mallarmé, "abolis bibelots d’inanité sonore", que l’on était ramenés». «Il fût une époque pas si lointaine où un Président de la République osait convoquer Eluard devant l’émotion nationale», regrette-t-il.

Une semaine plus tôt, William Abitbol s'en prend à Patrick Buisson, conseiller opinion de Sarkozy dans un virulent billet titré «Un Buisson un peu trop ardent». L'ancien journaliste d’extrême droite vient de faire la Une du Monde avec un entretien de deux pages. Une étape du vaste storytelling du candidat UMP destiné à appuyer le premier sondage, paru le matin même, donnant Sarkozy en tête au premier tour (ainsi que Mediapart l’a raconté ici). La ficelle est grosse et n’échappe pas à l’ancien pasquaïen, qui estime que Buisson est «devenu l’aruspice de l’élection présidentielle consacré par le Monde en Une et sur deux pleines pages».

Il détaille: «Disséquant une enquête forte opportune de l’Ifop, sondant par ailleurs depuis longtemps les cœurs et les reins des Français grâce à des clystères affûtés par une connaissance encyclopédique des "heures les plus sombres" de notre histoire, M. Buisson nous livre un pathos auquel on ne voit pas bien ce que le Front national aurait à retrancher. Je cite: "Nicolas Sarkozy place la question des flux migratoires au cœur de sa campagne." Cette transgression "idéologique" rassemble deux français sur trois, etc., etc. Cette stratégie n’avait échappé à personne, mais étalée sur dix colonnes du Monde comme une vérité établie, authentifiée, sans contrepoint, elle participe de fait à la "séquence" Villepinte-TFI-IFOP-le Figaro, le Monde donc». «"A force de dire des choses horribles, elles finissent par arriver", dit Françoise Rosay dans Drôle de drame de Marcel Carné. Manifestement, M. Buisson connait bien cette époque», conclut-il.

Deux jours plus tôt, grand meeting du candidat UMP à Villepinte. Abitbol estime que faute d’avoir trouvé «la potion magique» pour ce grand rassemblement, Nicolas Sarkozy «a ressorti l’ardoise magique, celle qui efface le passé en un clin d’œil». «Là, c’est l’Europe qui en a fait les frais. Et, à travers Schengen-passoire, c’est encore bien entendu l’étranger qui est de nouveau convoqué au premier tour de l’élection présidentielle. Pas pour voter, on l’aura compris», assène l'ex-Pasquaïen, qui rappelle que Schengen «a été communautarisé par les Traités ultérieurs, et finalement par celui de Lisbonne, à l’initiative de Sarkozy, recopiant le projet de Constitution européenne rejeté par les Français par référendum en 2005». «"Les Français ont la mémoire courte", affirmait Pétain. Ce n’est pas Sarkozy qui va le contredire», ose-t-il en conclusion.

«Après moi le déluge», ironise-t-il encore le 12 mars au sujet de «l’aveu» de Sarkozy (il abandonnera la politique s’il n’est pas réélu). Abitbol y voit de «l’égotisme» et un «mépris» similaires à «un Louis XV finissant». La suite est sans concession: «Si Nicolas Sarkozy n’a jamais réussi à se présidentialiser, ce n’est pas tant en raison de ses comportements excentriques ou de son autosatisfaction affichée, c’est parce qu’il n’a pas compris que la fonction présidentielle était tout autre chose qu’un métier, un “job” comme il dit. C’est une fonction, précisément, qu’il convient d’incarner et non pas seulement de remplir». Il ajoute: «Il ne suffit pas de psalmodier avec Guaino le catéchisme républicain», ni «de plonger derrière Buisson dans les tréfonds de la psychologie nationale pour retrouver, avec le fil de son histoire, le pouls du peuple français. Il faut avoir l’humilité de se fondre dans cette continuité qui a fait la solidité de la France». «Quoique l’on pense des résultats obtenus, c’est de s’être comporté en condottiere et non en souverain, que va venir pour Sarkozy la sanction du suffrage universel», promet-il.

Le 4 mars, il moque le «people’s president» et son idée-phare: le recours au référendum concernant le système d’indemnisation et de formation des chômeurs et les droits des étrangers. «En revanche, de référendum sur l’essentiel, nenni, dénonce-t-il. Là où les "rois fainéants" - François Mitterrand en 1992, Jacques Chirac en 2005 - ne se sont pas crus autorisés à brader la souveraineté dans le dos du peuple français, notre nouveau "fils du peuple" l’envisage, lui, froidement et, reconnaissons-le, avec une  franchise déroutante». «"Est-ce que tu te fous du peuple? Nous t’attendons", écrivait Zola. Le premier référendum, ce sera le 6 Mai, donc», tranche-t-il en conclusion.

A lire:

- Le portrait de William Abitbol dans Libération en 2002: «Du côté de chez Che».

Sur Mediapart:

- Article de mars 2011: «La défaite des Balkany-Sarkozy dans le 92».
- Reportage à Neuilly et Levallois en mars 2011: «Hauts-de-Seine: le clan Sarkozy-Balkany est menacé».
- Article de janvier 2010: «Balkany, mémoires bling-bling de l'ami de trente ans».
- Enquête-panorama de l'UMP dans le 92, en avril 2008: «Dans les Hauts-de-Seine, la pagaille de l'UMP menace l'empire Sarkozy».
- Notre dossier «L'UMP dans les Hauts-de-Seine».

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Roland 29/03/2012 17:20


le passage de Pompidou citant Eluard est ici : http://raymichemin.canalblog.com/archives/2011/09/22/22115603.html