Le « redressement productif », version Montebourg ou Amazon ?

Publié le par Charlotte sceptix

Le « redressement productif », version Montebourg ou Amazon ?

Par Ivan du Roy, Nolwenn Weiler (26 juin 2012)

Le site de vente en ligne Amazon pourrait percevoir entre 4,5 et 12,5 millions d’euros de subventions en échange de la création de 300 à 500 emplois sur sa nouvelle plateforme de Chalon-sur-Saône. Problème : l’entreprise est pointée du doigt pour ses mauvaises conditions de travail et pour sa fiscalité très « évasive ». Créer des emplois, oui, mais à quel prix ? Une question à laquelle devra répondre le nouveau ministre du redressement productif Arnaud Montebourg.

Le site de vente en ligne états-unien Amazon a annoncé la création d’une troisième plate-forme logistique en France. Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire) a été préféré à Beaune (Côte d’Or). Installé dans un entrepôt de 40 000 m2, le site d’Amazon devrait créer entre 300 et 500 emplois directs. Le ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg, longtemps député de Saône-et-Loire et ancien président du Conseil général, s’est défendu d’être intervenu dans le dossier pour favoriser Chalon. Il devrait cependant s’intéresser de près aux types d’emplois créés, aux conditions de travail qui y seront en vigueur et à « l’optimisation fiscale » pratiquée par l’entreprise accueillie à bras ouverts.

Avec sa nouvelle plateforme, Amazon percevra les « aides légales » prévues en échange de création d’emplois : « La prime d’aménagement du territoire, les aides en matière de service de ramassage des salariés du Grand Chalon et des investissements dans des crèches pour les enfants des femmes qui travailleront chez Amazon. Ce dernier devrait employer 60 % de femmes, c’est important, l’essentiel des chômeurs en France sont des femmes », détaille le ministre. La prime d’aménagement du territoire représente quand même une aide de 15 000 à 25 000 euros par emploi créé [1]. Soit entre 4,5 et 12,5 millions d’euros de subventions dans le cas d’Amazon à Chalon. Les revenus mondiaux de la société s’élèvent à 42 milliards de dollars en 2011.

Cadences infernales

Problème : aucune condition n’est demandée en échange. Un emploi et un revenu sont toujours bon à prendre en ces temps d’austérité. Reste que la vie des salariés d’Amazon ne fait pas vraiment rêver. Dans la plus grande plateforme logistique française, à Saran, en périphérie d’Orléans, les employés du site de vente en ligne sont payés au Smic, quand ils ne sont pas intérimaires, et malgré des cadences souvent épuisantes (Lire notre article). Ils sont soumis à des fouilles corporelles, sont obligés de vider leurs casiers à heure fixe, sous le regard d’une vidéosurveillance. Certaines dispositions inscrites dans leurs contrats de travail sont rédigées en anglais. Le travail de nuit s’y pratique sans aucune prévention en matière de sécurité des conditions de travail. Et l’exercice de la liberté syndicale y est difficile. « Amazon recherche dès à présent 34 managers et spécialistes et des centaines de personnes passionnées pour rejoindre les équipes de ce nouveau centre », a indiqué la société. Vu les conditions de travail, mieux vaut, effectivement, être « passionné ».

Côté fiscalité, Amazon est aussi loin d’être exemplaire. « Tout en créant des emplois, Amazon rapatrie en effet l’essentiel des revenus engrangés en France... au Luxembourg, où il a installé son siège européen », rappelle un article de Rue 89. Amazon y bénéficie d’un impôt sur les sociétés allégé (21,8% contre 33,3% en théorie en France). Et fait d’ailleurs l’objet d’une enquête du fisc français, l’entreprise ne s’acquittant pas de la TVA sur plusieurs biens. Le redressement productif, d’accord, mais à quel prix ?

Ivan du Roy et Nolwenn Weiler

Photo : Arnaud Montebourg en visite aux salariées de Lejaby (source)

Notes

[1] Source.

 

Bastamag

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