Les fondations "philanthropiques" américaines à l’assaut de l’Afrique agricole

Publié le par sceptix

Catherine Morand*


Les fondations Gates et Rockefeller investissent des milliards de dollars pour inonder l’Afrique de semences hybrides, d’engrais et de pesticides, au nom d’une Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA) dont les organisations paysannes africaines ne veulent pas.

On aurait pu penser que les crises multiples qui ont déferlé sur le monde ces derniers temps allaient rendre les décideurs plus raisonnables. Mais no way. C’est bien pour intégrer au marché mondial 180 millions de petits paysans africains qu’un conglomérat complexe d’intérêts financiers et institutionnels, réunis en une Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA), promeut à coups de milliards de dollars une agriculture high-tech. En préconisant un accès généralisé des paysans à des semences hybrides à haut rendement, ainsi qu’aux engrais et aux pesticides dont ce type de semences à impérativement besoin. Derrière les fondations Gates et Rockefeller, qui mènent cette «révolution» tambour battant en déferlant notamment sur tous les centres de recherche agricole du continent, on trouve également des institutions financières comme la Banque mondiale, ainsi que tous les grands noms de l’agrobusiness tels que Syngenta, DuPont Pioneer Hi-Bred ou Monsanto, dont plusieurs anciens collaborateurs figurent au sein du conseil d’administration de l’AGRA. C’est dire si à terme, l’introduction de semences transgéniques brevetées va fatalement figurer à l’agenda de cette nouvelle Révolution verte.

Ce type d’agriculture est pourtant complètement dépassé, montré du doigt par les experts les plus pointus qui dénoncent les dégâts générés par une agriculture industrielle misant sur le
«tout-chimique». Ainsi, le récent rapport IAASTD, fruit du travail de quelque 400 experts internationaux reconnus, parvient à la conclusion que l’agriculture biologique de proximité est la voie la plus prometteuse pour permettre de relever les défis du futur.

Las! Dans les stratégies agricoles prônées par le multimilliardaire Bill Gates qui fait de l’agriculture africaine un de ses plus importants chevaux de bataille, on cherchera en vain la simple mention du terme «agriculture biologique». Normal: ce type de technique a un défaut principal: celui d’être quasiment gratuit. Un terme qui résonne d’une manière hostile aux oreilles d’un Bill Gates et de ses pairs. Sa fondation, qui compte plusieurs anciens hauts cadres de Monsanto, met des milliards à la disposition de AGRA pour «révolutionner» l’agriculture africaine et lui permettre, officiellement, d’être plus performante. Officieusement, il prépare un boulevard aux grands semenciers, fabricants de semences transgéniques, d’engrais et de pesticides.





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