LES PREMONITIONS DE PIERRE MENDES-FRANCE SUR L’UNION EUROPEENNE

Publié le par Charlotte sceptix

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Il y a 55 ans (en 1957), Pierre Mendès-France s’exprimait ainsi devant l’Assemblée nationale :

« Nos partenaires (européens) veulent conserver l’avantage commercial qu’ils ont sur nous du fait de leur retard en matière sociale. Notre politique doit continuer à résister coûte que coûte, à ne pas construire l’Europe dans la régression au détriment de la classe ouvrière (…)

Il est prévu que le Marché commun comporte la libre circulation des capitaux. Or si l’harmonisation des conditions concurrentielles n’est pas réalisée et si, comme actuellement, il est plus avantageux d’installer une usine ou de monter une fabrication donnée dans d’autres pays, cette liberté de circulation des capitaux conduira à un exode des capitaux français (…)

Les capitaux ont tendance à quitter les pays socialisants et leur départ exerce une pression dans le sens de l’abandon d’une politique sociale avancée. On a vu des cas récents où des gouvernements étrangers ont combattu des projets de lois sociales en insistant sur le fait que leur adoption provoquerait des évasions de capitaux (…)

L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit le recours à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel, soit la délégation de ces pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle, au nom de la technique, exercera en réalité la puissance politique, car au nom d’une saine économie on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement “une politique”, au sens le plus large du mot, nationale et internationale ».

Comment ne pas constater que ces terribles prémonitions se sont réalisées ? Qu’au nom de la concurrence et la (soi-disant) compétitivité sans fin, les eurocrates veulent écraser les salaires (et les peuples) pour mettre les Etats-providence au niveau de la Chine afin d’assouvir la cupidité des ploutocrates ? Qu’au nom de la « technique » la banque centrale européenne et autres Troïka exercent une véritable tyrannie et imposent des choix politiques au mépris de la volonté des peuples ? Qu’aujourd’hui, après que le Traité de Maastricht ait décidé de « l’indépendance » de la politique monétaire, on cherche à faire de même, par plus « d’intégration européenne » avec la politique budgétaire (quant à la politique sociale, il y a longtemps que les eurocrates ont décidé qu’elle n’avait pas à exister) ? Comment ne pas constater qu’après avoir bafoué les choix des peuples français et néerlandais en 2005, on nous impose encore, sans nous consulter, de nouveaux traités au nom justement de la technique que les peuples, pauvres demeurés qu’ils sont, ne sauraient comprendre ?

Et le comment le parti (soi-disant) socialiste peut-il se réclamer comme héritier de Mendès-France, lui qui, avec l’UMP, a été le grand architecte de cette tyrannie ?

Origine de la citation :  Frédéric Lordon, La fausse solution des eurobonds, blog le monde diplomatique, 01 juin 2012 (un excellent article à lire absolument).

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