« PAS DE MIRACLE À PORT AU PRINCE

Publié le par sceptix


naif haitien Patrick Pelloux, médecin urgentiste, chroniqueur à Charlie Hebdo, nous livre une analyse très pertinente de la situation en Haïti avec l’arrivée, sous couvert de charité, d’une nuée de vendeurs d’illusions, mais vrais escrocs pour certains en particulier, comme la scientologie avec John Travolta.

Lu dans CHARLIE HEBDO du mercredi 3 février 2010

(Mes commentaires en vert - HZ)

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« PAS DE MIRACLE  
À PORT AU PRINCE

« Miraculés » sortis des décombres, sectes et Églises qui débarquent en force…
Une autre catastrophe s’abat sur Haïti : la folie divine.

Dans le vocabulaire des catastrophes, dont celle qui a frappé Haïti, le mot « miracle » est employé au moindre blessé sorti des gravats. C’est bien paradoxal ! Car ce ne sont ni des miracles, ni de la sorcellerie, ni la croyance, ni la religion qui les sauvent, mais des secouristes, des ingénieurs, des pompiers avec du matériel de pointe … S’il réussit à arriver à temps !

J’avais eu l’occasion de m’étonner des remerciements adressés à un dieu tout-puissant par des survivants sur un champ de ruine et de cadavres ! Je ressentais l’obscénité de tous ces « dieu merci » à l’égard d’un tout-puissant qui venait, du fait de sa toute-puissance justement, de tuer sans la moindre pitié des milliers et des milliers d’hommes, de femmes, d’enfants !

L’horrible expérience des grévistes de la faim, notamment ceux de l’IRA, montre que la mort survient au bout de deux mois : au bout de trente jours, on devient aveugle, puis survient la défaillance, à la chaîne, de tous les appareils de l’organisme. Mais dans le cas d’une catastrophe, les victimes sont, en plus, blessées, avec ce que cela implique de douleur, de stress, d’infections, qui s’ajoutent à la déshydratation et au manque d’oxygène… Plus le temps passe et plus ils seront rares à être évacués du trou.

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Lorsqu’un malade sort sous les hourras, les blessures du corps ne s’arrêtent pas là. En effet, la compression d’un corps entraîne en plus des plaies et des fractures, une défaillance rénale et, donc, de tout l’équilibre biologique du corps. Il n’y a aucun  miracle à cela, mais l’application de la science. La mise en place des dialyses rénales est donc nécessaire, urgente et complexe. Un corps a besoin de trois séances par semaine, de plusieurs heures chacune… La suite des prises en charge des plaies et fractures que les toubibs sur place constatent est tout aussi urgente à prendre en charge, même si c’est moins télégénique que des uniformes filmés en train de dégager des gravats. Il en va du pronostic fonctionnel et de l’avenir des victimes. Pas simple, dans un pays en plein chaos…

Mais où va donc tout l’argent récolté ? Servira-t-il les intérêts du plus grand nombre ou de quelques-uns ? Lors du tsunami, l’arrivée des fonds internationaux ont déstabilisé le Sri Lanka et d’autres pays. L’ONU avait promis que cela ne recommencerait pas… Échec ! La gestion à Haïti continue d’être un grand bordel, avec plus la Chine et les États-Unis qui se disputent la reconstruction pour leurs multinationales du béton !

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Pendant cette course contre la montre et dans ce grand foutoir, il y en a qui ne perdent pas le nord : les sectes et autres fous de Dieu, de sorcellerie ou d’autres conneries. Les témoignages des ONG, des officiels et des journalistes sont unanimes : tous constatent la ruée des sectes, venant notamment des États-Unis.

SOUS LES GRAVATS, LA MESSE

Tous les médias applaudissent l’avion de John Travolta qui arrive avec du matériel. Les stars qui sauvent, ça fait tant plaisir et dégouliner de compassion les journaux people… (À mon avis, dire que « tous » les medias n’ont pas de recul vis-à-vis de Travolta, est un peu … abusif, j’en ai vu des lucides…)

Mais, derrière, la Scientologie n’est pas loin. (On peut même dire que John Travolta, c’est la scientologie. Il en est l’une des plus éminentes figures, peut-être la plus connue)

Les sectes sautent sur Haïti. Témoins de Jéhovah, Convoy of Hope, protestants pentecôtistes, adventistes, baptistes, l’Église de Shalom Tabernacle de la Gloire… Les fous de tous les dieux débarquent à coups de prophéties, de fin du monde et de rescapés miraculeusement sauvés.

Il n’y a pas plus de miracle que de beurre dans les épinards des affamés. Comme si les sinistrés ne savaient pas s’organiser, comme si Haïti n’avait jamais existé. Il y a un côté néocolonial et de conquête religieuse qui se surajoute au drame. La gestion des catastrophes a besoin de science et de laïcité, jamais du prosélytisme des religieux et autres gourous. Mais que fait l’ONU ?

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Le sentiment religieux ou irrationnel, la « pensée magique » prospère toujours plus et mieux sur des terrains psychologiques affaiblis, sur le désespoir social, dans des régions  aux régimes politiques instables et déstabilisés par la corruption des dirigeants entraînant une corruption rampante à « tous les étages ».Les marchands d’illusions de toutes obédiences font leurs choux gras de ce délitement social et y fondent leur pouvoir. Haïti était déjà, avant la catastrophe, très touché par cet « addiction » à la pensée magique. Depuis le drame, le grand marché, aujourd’hui mondialisé, de la croyance irrationnelle, est grand ouvert à Haïti et il n’y a rien d’étonnant à voir débarquer en masse ces petits et grands marchands de soi-disant « réconfort spirituel».  De plus, comme on a vu par exemple le FIS en Algérie, ces bonimenteurs profitent de la misère, de l’ignorance et toutes utilisent toujours, dans un premier temps, pour « convaincre » la charité. C’est encore le cas en Haïti !

L’aide à la reconstruction doit commencer en s’appuyant sur les structures existantes. La destruction d’Haïti ne doit pas faire croire que toute la culture haïtienne est sous les gravats ou qu’ils seraient incapables de s’en sortir. Alors, aidons-les à le faire, pas à sombrer chez les fous.
PATRICK PELLOUX »

Partick Pelloux a raison de faire appel à la culture haïtienne pour l’aider à se relever. Haïti est un peuple de peintres reconnu dans le monde entier. Je me souviens de l’éblouissement que j’avais ressenti lors d’une exposition parisienne de ces peintres il y a une quinzaine d’années. C’est un art populaire, c’est une richesse inestimable. Rappelons-nous qu’Haïti, c’est aussi cette culture universelle qui parle au monde entier. Admirons-en quelques exemples.

Hélène Zaniernaif haitien paradis jpg

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