“Plan d’aide” à la Grèce : tout faux…

Publié le par Charlotte sceptix

21.02.2012

Ce matin : alléluia…

  • La zone euro accouche péniblement d’un accord pour sauver la Grèce de la faillite (Les Echos) “Les ministres des Finances de la zone euro ont donné leur feu vert au plan d’aides de 130 milliards d’euros accordé à la Grèce. “
  • Accord historique pour un nouveau plan de sauvetage (Nouvel Obs) “L’Europe a donné son feu vert au déblocage d’une aide publique de 130 milliards d’euros “
  • Accord de la zone euro sur un plan de sauvetage de la Grèce (Le Monde) “Les pays de la zone euro se sont mis d’accord, mardi 21 février au matin, sur un nouveau plan de sauvetage sans précédent de la Grèce de 237 milliards d’euros”
  • Grèce : un nouveau plan de rigueur contre une aide de 237 milliards (Le Parisien) [Première version du titre : L'UE trouve un accord inespéré pour sauver la Grèce...]
  • Un plan record de 237 milliards d’euros au secours de la Grèce (Libération)
  • Grèce : l’Europe finalise un plan à plus de 350 milliards (Le Figaro)

Alors : 130 Md€ ? 237 Md€ ? 350 Md€ ?

Démontons ce bourrage de crâne…

Rappel de la détention de la dette grecque

Nous avons longuement analysé la détention de la dette grecque dans ce billet.

Je vous propose un graphique remis à jour :

détention dette grecque grece

Ainsi, sur les 355 Md€ de dette grecque :

  • 155 Md€ sont détenus par le “secteur public international”, et ne sont pas décotés ;
  • 200 Md€ sont détenus par des investisseurs privés.

Les gouvernements Européens ont demandé (avec insistance…) au secteur privé de renoncer à 53,5 % de ses créances, en échange de nouvelles actions à long terme pour les 46,5 % restants, avec une part de garantie européenne. La dette est donc allégée de 107 Md€ (=53,5 % x 200). En fait, ces nouvelles obligations ayant un taux faible, cela revient au final à une perte d’environ 70 % pour les créanciers privés.

Pour le coup, c’est un vrai ballon d’oxygène pour la Grèce.

Enfin, cela le saurait s’il s’était agi d’un plan “d’aide”…

En vrai…

En fait, on voit que 80 Md€ sont portés par le secteur public grec et par les banques grecques. Une telle perte les mettant immédiatement à terre, l’Europe va donc prêter environ 50 Md€ à la Grèce pour qu’elle les recapitalise – donc on remplace 43 Md€ de dette annulée par… 43 Md€ de nouvelle dette – merci pour elle ! Il n’y a plus que 64 Md€ d’économie et non 107 Md€ (ce qui est déjà bien…)

Mais ce n’est pas fini. Ceci n’est vrai que dans l’hypothèse où tous les acteurs acceptent de procéder à l’échange – et donc acceptent la perte.

Or, une bonne partie des fonds d’investissement ne le veut pas – d’autant qu’ils ont acheté volontairement de la dette décotée pour refuser l’échange et empocher un remboursement intégral. Sans clause d’action collective (qui les forcerait à accepter) disons que deux tiers refuseront, ce qui fait 24 Md€ d’économies en moins.

L’opération n’est donc au final que de -40 Md€ pour la Grèce.

Très bien, mais bien loin des besoins réels de ce pays en perdition… Cela représente par exemple 5 à 6 trimestres de déficit – c en’est pas le Pérou…

Pour arriver à ceci, nous, contribuables européens, avons déjà procédé à un plan d’aide de 110 Md€ en 2010, prêtons donc 43 Md€ à court terme et nous nous sommes engagés à prêter encore 87 Md€ dans les 3 ans qui viennent (87 + 43 = 130 Md€ dont on parle), pour que la Grèce puisse rembourser ses prochaines échéances.

Au final :

  • le contribuable public aura soutenu la Grèce de 130 + 110 = 240 Md€ MAIS ce n’est AUCUNEMENT une “aide”, ce sont des prêts que la Grèce devra rembourser à l’UE, et qu’elle utilisera pour rembourser les créanciers privés (NB. quand on rajoute les 110 Md€ du secteur privé, on arrive aux 350 Md€ du Figaro…);
  • les investisseurs privés auront perdu dans les 40 Md€, mais bénéficient d’une garantie publique hors bilan sur le solde.

Ainsi, tous ces sommets n’auront eu qu’un but : remplacer les créanciers privés de la Grèce par des créanciers publics, pour que les premiers supportent un minimum de pertes. Et que, in fine, ce soit le contribuable qui supporte les pertes.

D’ailleurs, si nous avions vraiment ”aidé” et “sauvé” la Grèce dans ces proportions, ne pensez-vous pas qu’Angela Merkel serait fêtée partout à Athènes ?

Cette opération se voit clairement dans ces estimations :

détention dette grecque grece 2014

détention dette grecque grece 2014

Sauf qu’en l’espèce, cela risque fortement d’être le créancier obligataire des pays de l’Union Européenne qui les supporte – le contribuable européen ne pouvant financer toutes les dettes des pays de l’UE…

En effet, la Grèce ne pourra pas rembourser, s’enfonçant dans la dépression, comme nous allons le voir…


 

 

Olivier Berruyer : http://www.les-crises.fr/grece-tout-faux/

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