Le programme en quelques ...décénies !
Le programme en quelques siècles
On supprimera la Foi
Au nom de la Lumière,?
Puis on supprimera la lumière.
On supprimera l’Âme?
Au nom de la Raison,?
Puis on supprimera la raison.
On supprimera la Charité
Au nom de la Justice
Puis on supprimera la justice.
On supprimera l’Amour?
Au nom de la Fraternité,
Puis on supprimera la fraternité.
On supprimera l’Esprit de Vérité
Au nom de l’Esprit critique,
Puis on supprimera l’esprit critique.
On supprimera le Sens du Mot?
Au nom du sens des mots,
Puis on supprimera le sens des mots
On supprimera le Sublime?
Au nom de l’Art,
Puis on supprimera l’art.
On supprimera les Écrits
Au nom des Commentaires,
Puis on supprimera les commentaires.
On supprimera le Saint?
Au nom du Génie,
Puis on supprimera le génie.
On supprimera le Prophète
Au nom du Poète,
Puis on supprimera le poète.
On supprimera l’Esprit,?
Au nom de la Matière,?
Puis on supprimera la matière.
Au nom de rien on supprimera l’homme;
On supprimera le nom de l’homme ;
Il n’y aura plus de nom ;
Nous y sommes.
Armand Robin -
Les Poèmes indésirables,
1945
Voici quelques extraits de l'article que lui a consacré Fabrice MAGNONE,
"Armand Robin, poète sans frontière".
et oublié
http://raforum.info/article.php3?id_article=1864
D’abord sympathisant communiste, un voyage en U.R.S.S. en 1933 avait provoqué chez lui une prise de conscience qui l’amena à côtoyer les militants trotskistes. De cette première désillusion date sans doute sa vision désenchantée du monde. Mais le tournant décisif dans son existence intervient en 1943. Il quitte cette année-là sa femme en même temps que son poste au service des écoutes radiophoniques en langues étrangères du Ministère de l’Information. Le poète s’exclut volontairement du monde littéraire dans lequel il occupait pourtant une position assez privilégiée puisque ses œuvres étaient publiées dans la collection blanche de Gallimard. Indice d’une insoumission totale cette lettre, restée justement célèbre, adressée à la Gestapo le 5 octobre 1943 :
Preuves un peu trop lourdes de la dégénérescence humaine, il m’est parvenu que de singuliers citoyens français m’ont dénoncé à vous comme n’étant pas du tout au nombre de vos approbateurs. Je ne puis, messieurs, que confirmer ces propos et ces tristes écrits. Il est très exact que je vous désapprouve d’une désapprobation pour laquelle il n’est point de nom dans aucune des langues que je connaisse (ni même sans doute dans la langue hébraïque que vous me donnez envie d’étudier). Vous êtes des tueurs, messieurs ; et j’ajouterai même (c’est un point de vue auquel je tiens beaucoup) que vous êtes des tueurs ridicules. (...) Vous avez assassiné, messieurs, mon frère, le travailleur allemand ; je ne refuse pas, ainsi que vous le voyez, d’être assassiné à côté de lui [6].
Croyant sans doute à l’œuvre d’un fou, les nazis n’avaient pas donné de suite à cette provocation. Il semble que ce soit la police parisienne qui se chargera de cette basse besogne puisqu’il trouvera la mort dans des conditions mystérieuses, vraisemblablement à la suite d’un passage à tabac, le 29 mars 1961, à l’infirmerie du Dépôt de la police, à Paris.
Fabrice MAGNONE
Vous avez aimé ce poëme ? Je vous conseille de visiter le site qui lui est entièrement consacré et pour vous en donner l'envie voici un extrait de sa :
LETTRE A TOUS LES HOMMES
Je vous parle très fort parce qu'effrayant est ce que je VOIS,
Que tous les signes sont rassemblés,
Qu’un destin me contraint de proclamer
D’une folle, terrible, implacable VOIX
Ce que je VOIS.
Je voudrais trouver pour vous des mots non truqués
Pour que dans l'imminente épouvante vous soyez tous un peu aidés ;
Je voudrais éviter que dans le silence abominable tous vous mourriez.
Vous venez tous d'entrer dans l'ère du Grand Forfait ;
Vous allez vous trouver devant l'HOMME assassiné.
Votre assassinat vient de commencer ;
Déjà sans le savoir vous êtes tous assassinés.
(Publié dans Le Libertaire, organe de la Fédération anarchiste, le 20 novembre 1945.)