PETROLE/le brut reprend un dollar et demi, soutenu par Ike et Chavez

Publié le par sceptix

Londres (AWP/AFX) - Les cours du pétrole remontaient vendredi matin, dopés par l'approche de l'ouragan Ike, qui a entraîné la fermeture des installations pétrolières et gazières dans le Golfe du Mexique, et par la menace du président vénézuélien de ne plus fournir les Etats-Unis en pétrole.

Vers 10H00 GMT (12H00 HEC), le baril de Brent pour livraison en octobre prenait 1,40 dollar à 99,04 dollars sur l'InterContinental Exchange de Londres (ICE).

A la même heure, le baril de "light sweet crude" pour livraison en octobre gagnait 1,46 dollar à 102,33 dollars sur le New York Mercantile Exchange (Nymex).

"On va encore passer un week-end entier à regarder la météo!", prédit l'analyste Olivier Jakob, du cabinet Petromatrix.

Le marché pétrolier observe en effet avec inquiétude l'approche de l'ouragan Ike vers le Golfe du Mexique, où se concentre un quart de la production pétrolière américaine.

La production de pétrole et de gaz y a été largement interrompue à l'approche de l'ouragan, même si "les projections actuelles montrent qu'il (l'ouragan Ike) épargnera la plupart des installations pétrolières et gazières du golfe du Mexique", a annoncé le département de l'Energie dans un communiqué.

L'ouragan, de niveau 2 sur l'échelle de Saffir-Simpson qui en compte cinq, pourrait atteindre la catégorie 3 en se renforçant au-dessus du golfe du Mexique.

Engagé depuis la mi-juillet dans un cycle de baisse des prix, le marché pétrolier semble néanmoins assez imperméable aux menaces sur la production. Dix jours plus tôt, le passage de l'ouragan Gustav, pourtant décrit comme monstrueux et potentiellement pire que Katrina et Rita en 2005, n'avait fait grimper que très modestement les prix, qui étaient repartis en chute libre une fois la menace dissipée.

Sur le front géopolitique, le pétrole trouvait aussi un soutien grâce aux propos du président du Venezuela, Hugo Chavez. Il a menacé jeudi de suspendre les fournitures de pétrole brut vénézuélien aux Etats-Unis, qui sont son principal client, si Washington agresse son gouvernement.

En cas d'agression américaine contre le Venezuela, "il n'y aura plus de pétrole pour le peuple des Etats-Unis", a-t-il lancé, peu après avoir ordonné l'expulsion de l'ambassadeur américain à Caracas, en solidarité avec la Bolivie.

Le Venezuela occupe le cinquième rang parmi les fournisseurs de brut aux Etats-Unis, avec 1,1 million de barils par jour (b/j) au cours du premier trimestre de 2008, selon le Département américain de l'énergie (DoE).

Malgré ce regain temporaire, le pétrole restait déprimé par les craintes sur la consommation ainsi que par la vigueur retrouvée du billet vert.

Jeudi, il est passé sous 97 dollars à Londres (96,99 dollars) et à un cheveu de 100 dollars à New York (100,10 dollars), leurs plus bas niveaux depuis le printemps.

Aux Etats-Unis, premiers consommateurs mondiaux d'or noir, la demande de produits pétroliers continue de reculer et est désormais inférieure de 3,8% à son niveau de l'an dernier, selon les chiffres publiés mercredi par le Département américain à l'Energie.

afx/rp
http://www.swissinfo.ch/fre/infos/nouvelles_agence/PETROLE_le_brut_reprend_un_dollar_et_demi_soutenu_par_Ike_et_Chavez.html?siteSect=146&sid=9703750&cKey=1221215418000&ty=ti&positionT=4

"Pétrole, Chavez et le plancher des 100 dollars",

SOUVENEZ-VOUS. C’était un autre monde. Juste avant les vacances. A cette époque, le pétrole caracolait vers les 150 $ le baril et le dollar atteignait péniblement 0,7 euro. Si vous vous souvenez encore de cette époque, on annonçait que le baril irait jusqu’à 200 $ avec en horizon une possible pénurie d’hydrocarbures... Challenges avait estimé que ces prix ne reflétaient pas les coûts de production et qu’il s’agissait d’une bulle spéculative.

Aujourd’hui, tout a changé. Le plancher des 100 dollars le baril est enfoncé et le pétrole continue à baisser. L’Opep a vaguement tenté d’enrayer la baisse en restreignant la production. Il y a encore quelques semaines, une telle annonce aurait provoqué un net rebond du prix du baril. Cette semaine, rien ne se passe. A peine un soubresaut. Hugo Chavez menace les Etats-Unis de les priver de son pétrole? Pas de réaction sur le prix du baril. Nous avons bel et bien changé d’ère.

Que s’est-il donc passé? Avons-nous découvert quelques gisements super-géants dans des zones politiquement stables capables de fournir de l’or noir pendant de longues années? Non. La consommation s’est-elle effondrée? Non, elle ne s’est pas effondrée, mais elle a baissé. La Chine avait fait des stocks en prévision des Jeux Olympiques pour être sûre de ne pas avoir de pénurie. Ces stocks sont toujours là alors que le ralentissement économique mondial pèse sur la consommation.

Résultat, il y a des stocks de pétrole invendu sur le marché. Le mouvement a été anticipé par les fonds spéculatifs qui se sont retirés des placements pétrole. Dans le même temps, la hausse du dollar a, elle aussi, rendu moins attractifs les placements en matières premières. Résultat, le prix du baril baisse, comme il avait monté: pour quelques raisons fondamentales (disponibilité du pétrole sur les marchés), amplifiées par une spéculation outrancière. Elle déserte le baril. Elle ira ailleurs. Et reviendra sans doute un jour relancer le pétrole.

par Paul Loubière, grand reporter à Challenges, vendredi 12 septembre.
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Publié dans Amérique Latine

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