Nicolas Sarkozy à Luanda pour effacer l'Angolagate (mai 2008)
| vendredi 23 mai 2008 Reuters Le président Nicolas Sarkozy est arrivé vendredi matin à Luanda pour une visite officielle de quelques heures destinée à relancer les relations franco-angolaises, empoisonnées depuis 10 ans par une affaire de trafic d'armes connue sous le nom d'Angolagate."Cette affaire concerne un citoyen français poursuivi (...) pour ne pas avoir respecté des dispositions légales françaises", dit-il dans une interview publiée par le Jornal de Angola à propos de l'homme d'affaires Pierre Falcone. "Ce qui est important pour la France et l'Angola, c'est de regarder ensemble leur avenir commun." Ce trafic d'armes à destination de l'Angola, pour un montant de 790 millions de dollars entre 1993 et 2000, sera jugé à Paris à partir du 3 octobre. Aucun Angolais ne figure parmi les 42 prévenus mais les dirigeants de Luanda, dont le président Eduardo Dos Santos, accusés d'avoir touché des dizaines de millions de dollars de commissions, ont été ulcérés d'être montrés du doigt. La dernière visite d'un président français en Angola remonte à juin 1998 - il s'agissait de Jacques Chirac. "Un des axes de la politique de Nicolas Sarkozy en Afrique est de solder un certain nombre de contentieux dont nous avons hérités, dont l'Angola", explique l'Elysée. "Il est important pour la France de renouer avec ce pays dont nous pensons qu'il va jouer un rôle croissant sur le continent africain." Cette ancienne colonie portugaise de 16 millions d'habitants est le troisième producteur de pétrole d'Afrique après la Libye et l'Algérie. Avec une production de près de deux millions de barils par jour en 2008, l'Angola a dépassé le Nigeria. C'est aussi le cinquième producteur mondial de diamants et la deuxième armée d'Afrique sub-saharienne après l'Afrique du Sud, ce qui en fait, aux yeux de Paris, un acteur clef pour la stabilité de la région. "Nous pensons que la fragilité de la zone centrale africaine mériterait que l'Angola s'y implique plus", souligne l'entourage du président français. REALPOLITIK L'envolée des cours du brut en fait potentiellement un pays immensément riche, avec un taux de croissance du PIB de 24,4% en 2007, mais également avec d'énormes besoins en infrastructures pour effacer les destructions de 27 ans d'une guerre civile qui n'a pris fin qu'en avril 2002. Total est depuis des années un des premiers opérateurs pétroliers étrangers en Angola, avec une production de près de 200.000 bpj, et le gaz, auquel s'intéresse aussi le groupe français, "deviendra un nouveau champ de coopération entre les deux pays", prédit Nicolas Sarkozy dans le Jornal de Angola. Le directeur général de Total, Christophe Margerie, fait partie de la petite délégation d'hommes d'affaires qui accompagnent le président français. Le groupe doit signer vendredi une convention pour la prise en charge de la construction et du fonctionnement de quatre lycées en Angola. Des accords commerciaux doivent aussi être signés ou annoncés par Thales, la Société générale et le groupe Castel (brasseries). "La France souhaite pleinement participer à l'effort de reconstruction de l'Angola dans tous les domaines", souligne Nicolas Sarkozy. Il annonce la reprise des activités dans ce pays de l'Agence française de développement (AFD), qui financera des projets dans l'énergie, l'eau, l'assainissement et la formation et rouvrira une antenne à Luanda avant fin 2008. La France entend également aider l'Angola à former des ingénieurs et techniciens supérieurs dans l'agroalimentaire et propose son aide pour la construction de couloirs ferroviaires et routiers vers l'Afrique centrale et l'océan Indien. Nicolas Sarkozy propose aussi la création d'une fondation France-Angola pour mettre en oeuvre des projets de formation et de création culturelle. Plus que jamais l'heure semble pour la France être à la realpolitik dans un pays dont les dirigeants, issus du Mouvement populaire de libération de l'Angola (MPLA) au pouvoir depuis l'indépendance de cette ancienne colonie portugaise en 1975 ont concentré entre leurs mains et celles d'une petite élite les richesses nationales. Le régime angolais est classé parmi les plus corrompus de la planète par l'organisation Transparency International, dont l'indice de perception de la corruption place l'Angola à la 147e place sur 179 pays, avec une note de 2,2 sur dix. "Ce pays a en effet un handicap mais il faut voir d'ou il vient", fait valoir l'Elysée. "C'est un joueur important en Afrique, qui a fait beaucoup de chemin ces dernières années. Nous ne souhaitons pas le mettre à l'écart. http://www.lexpress.fr/actualite/depeches/infojour/reuters.asp?id=71539
Actualisation, lundi 6 octobre: dans la palette des ”pressions” qui se sont multipliées sur cette affaire, voici la dernière en date, telle que l’annonce l’AFP: “La république d’Angola va déposer un recours, au nom du “respect du secret défense” d’un pays étranger, pour que le procès de l’Angolagate, débutant lundi après-midi, ne se tienne pas, a-t-on appris auprès de Me Francis Teitgen, défenseur de l’Etat africain. “Il s’agit notamment du respect du secret défense d’un pays étranger”, a déclaré à l’AFP Me Teitgen. Dans des conclusions argumentant sa démarche, que l’AFP s’est procurée, l’Angola “relève que les droits attachés à sa qualité d’Etat souverain ont été bafoués depuis le début de cette procédure”, qui concerne un vaste trafic d’armes de guerre présumé illégal, orchestré par les hommes d’affaires Pierre Falcone et Arcadi Gaydamak entre 1993 et 1998.
Luanda s’oppose ainsi à “la discussion publique dans une enceinte de justice étrangère d’informations et du contenu des instruments de l’exécution de ses prérogatives de puissance publique qui touche ses intérêts d’Etat et de défense nationale”.
Pour la remise à niveau sur le sujet, on peut lire ceci: angolagatepage3.1223046667.pdf Et pour savoir où on met les pieds, voici telle qu’elle figure dans l’ordonnance de renvoi, la liste des armes qui ont été livrées à l’Angola pour un montant total de 790 millions de dollars: Une première livraison dite d’urgence contenant: “30 chars de type T-62 de fabrication soviétique d’une valeur de 280.000 $/pièce; 40 chars de type BMP-2 de fabrication soviétique d’une valeur de 350.000 $/pièce; 6.250 fusils mitrailleurs Kalashnikov; 50 lance-grenades automatiques, 150 lance-flammes à roquette; 24 canons autopropulsés de 122mm; 6 canons de 130 mm; 18 mitrailleuses de défense antiaériennes; 12 lance-roquettes de 122mm; 8 lance-roquettes multiples; 13.003.000 munitions de calibre 7,62 mm; 750.000 munitions de calibre 5,45mm; 16.000 grenades à fragmentation de 30mm; 5.000 grenades de 40 mm; 5.000 obus de mortier de 82mm; 5.400 projectiles pour canon de 122mm; 5.000 grenades à main défensives; 5.000 grenades à main offensives; 5.000 grenades anti-personnel; 50.000 munitions explosives de 30mm; 1.500 détonateurs pour cartouches; 3.000 obus de 73mm pour chars, 3.500 obus de 115mm pour chars.” Une autre livraison, encore plus importante, contenant: “50 chars de type T-62; 300 chars de combat d’infanterie; 50 véhicules de transport de troupes blindés; 15 véhicules blindés d’évacuation; 38.000 fusils mitrailleurs; 250 lance-grenades automatiques AGS-17; 500 lance-grenades automatiques RPG-7; 315 mortiers de 82mm; 6 canons de 130mm; 12 canons autopropulsés de 122mm; 36 obus pour canon de 122mm; 18 lance-roquettes multiples; 48 mitrailleuses de défense anti-aérienne; 24 canons de 152mm; 2.000 lance-flammes à roquette; 48.050.000 cartouches de 7,62mm; 2.500.000 cartouches de 5.45 mm; 10.000 grenades PG-7; 30.000 grenades à fragmentation de 30mm; 10.000 grenades de 40mm; 32.000 obus de mortiers de 82mm; 3.000 obus de 73mm; 1.500 obus de 115mm; 9.510 obus de 122mm; 1.740 obus de 130mm; 2.000 obus pour canon de 152mm; 120.000 obus de 30mm; 25.000 grenades à main défensives; 25.000 grenades à main offensives; 80 véhicules 4×4; 820 camions tout-terrain 4×4; 370 camions tout-terrain 6×6; 60 ambulances; 12 hélicoptères; 4 moteurs d’avions; 6 navires de guerre dont 2 vaisseaux de patrouille et 2 vaisseaux lance-missiles; des matériels du génie militaire au nombre desquels 6 ponts métalliques mécaniques, 5 véhicules de transport amphibie, 5 ponts autopropulseurs et un pont flottant métallique de 200m; divers articles comme des boussoles, des systèmes de vision nocturne, des gilets pare-balles, des cartouchières, des tenues de camouflage, des masques à gaz, des uniformes complets, des compresseurs, des citernes d’eau, des explosifs.” Il y avait enfin et peut-être surtout: “170.000 mines anti-personnel; 650.000 détonateurs pour mines anti-personnel”. |
Retour à l’actualité. A compter du lundi 6 octobre et pour près de cinq mois - trois demi-journées par semaine - la Salle des criées du palais de justice de Paris va accueillir le procès de l’affaire de l’Angolagate, une titanesque affaire de ventes d’armes, de trafic d’influence et de corruption. Sur les bancs, entre autres prévenus, Charles Pasqua, Jean-Charles Marchiani, Jean-Christophe Mitterrand, Jacques Attali, Paul-Loup Sulitzer, l’ancien magistrat, ex député (UMP) et tout nouveau président de la mission contre les sectes, Geroges Fenech. Moins probable ou plus improbable est la présence des deux principaux prévenus, les hommes d’affaires Arcadi Gaydamak, réfugié en Israël, et Pierre Falcone, qui vit entre la Chine et l’Amérique latine.