La dimension adémocratique et illégale du pouvoir de Elf-Total
Total, affichait par exemple en 2006, un bénéfice record de 12 milliards d’euros, grâce à. l’exploitation des ressources de différents pays tels le Congo Brazzaville, l’Angola ou le Gabon. C’est en 2007, la 5e entreprise privée mondiale dans le secteur pétrolier Exxon Mobil, Chevron Texaco, Shell et BP (British Petroleum). Total a racheté Elf-Aquitaine le 22 mars 2000, pour former, TotalFinaElf, rebaptisée Total S.A. en 2003.
Par Thierry Brugvin
Lorsqu’il y a du blanchiment d’argent sale, cela passait autrefois notamment par les banques des pays développés, à présent il transit plutôt préalablement par les banques des paradis fiscaux (Andorre, Caimans, Luxembourg, Jersey...) ou encore au sein de Clearstream (la banque des banques) comme le soutient Denis Robert (2001). De plus, quasiment toutes les grandes banques disposent de comptes dans les paradis fiscaux. Ainsi, certaines, telle la FIBA d’Elf ont blanchi de l’argent, ou participé à l’évasion ficale (Verschave, 2001 : 73). Total réalise la plus grande partie de ses bénéfices dans des filiales enregistrées aux îles Bermudes et autres territoires off shore, etc (Foutoyet, 2005).
Une fois encore l’entreprise Total est impliquée dans une affaire de corruption. Le 7 novembre 2007, la 11e chambre correctionnelle de Paris, a jugé pour corruption, Dan Etete, l’ex-ministre du pétrole nigérian. Il a été poursuivi pour blanchiment aggravé, pour avoir détourné plus de 100 millions de dollars entre 1995 et 1998. L’histoire de Dan Ete est emblématique, elle illustre un mécanisme classique de la gouvernance illégale entre les Etats et les sociétés transnationales (STN).
Pour obtenir un marché, une STN verse une commission à un ou plusieurs élus. Celui-ci ouvre plusieurs comptes bancaires dans des banques et des paradis fiscaux pour y placer cet argent sale. Ainsi, Dan Ete ouvre deux principaux comptes « à la banque Edouard Constant à Genève et à la Bank Hoffman AG à Zurich (…). Dan Ete crée un réseau de sociétés off-shore (…) aux Iles Vierges britanniques. A Gibraltar, il peut compter sur d’autres relais bancaires, dont ceux offerts par le très efficace réseau du Crédit agricole Indosuez. La BNP SA (Suisse) de Genève, la Clariden Bank de Zurich et l’UBS à Londres font aussi partie de ce schéma de blanchiment. L’écran de Gibraltar s’exilera ensuite au Liban, lorsque la législation anti-blanchiment devient trop répressive » (Servenay, 2007).
Les banques suisses, luxembourgeoises notamment, avec les paradis fiscaux, renforcent les dérives de la gouvernance capitaliste illégale et la corruption en blanchissant de l’argent sale, grâce à la culture du secret, à leur refus de faire la transparence sur l’ensemble des comptes présents dans leurs places et sur les virements qui y sont effectués. Denis Robert a mis à jour une des techniques de blanchiment, dans son ouvrage Révélation (2001), grâce aux banques des banques Clearstream et Euroclear. Ces dernières, grâce au « mécanisme de compensation », font ainsi disparaître certaines transactions douteuses. Concernant, la BGPI, filiale du Crédit agricole Indosuez.
Denis Robert affirme qu’elle possède, elle aussi, un compte numéroté « S0418 », au sein de Clearstream (Robert, 2007). Si la justice française et nigériane osaient, elles pourraient donc enquêter auprès de Clearstream. Mais actuellement, cette banque des compensations reste un sanctuaire inviolé, car c’est un pivot de la dimension illégale de la gouvernance capitaliste.
L’entreprise française, TotalFinaElf était, dans ce procès, un des principaux corrupteurs, pourtant elle en ressort blanchie. Durant le procès, deux sociétés, dont Total, ont reconnu les pratiques corruptives du gouvernement nigérien Abacha, sous lequel exerçait le ministre Dan Etete. Jean-Luc Vermeulen, polytechnicien et directeur général exploration-production de TotalFinaElf, a affirmé au juge d’instruction que son entreprise avait « versé 20 millions de dollars de commission pour continuer à travailler dans le delta nigérian » (Servenay, 2007).
En 1991, Le gouvernement Milongo et les membres de la Conférence Nationale Citoyenne tentent de conserver le pouvoir face au dictateur Sassou Nguesso, qu’ils ont momentanément déchu de son poste de président. Cependant la faillite du pays les contraint à mendier une aide financière. Le Cabinet Arthur Andersen chargé de l’audit pétrolier par la Conférence Nationale Citoyenne y renonce car les compagnies pétrolières (Elf en particulier) refusent l’accès aux éléments comptables et aux données financières car elles sont trop compromettantes pour ces entreprises (Aubert, 1999).
La Conférence Nationale Citoyenne et le gouvernement Milongo, avaient pour mandat "la renégociation des accords avec les deux compagnies pétrolières exploitantes (Elf et Agip)" (LDC, 29.08.1991), qui sous payaient le pétrole du pays. Mais du fait de l’opacité des comptes, du refus de la transparence des ETN et des anciennes dettes qui les étranglent, ils n’ont pu parvenir à négocier des redevances qui soient équitables. L’amnistie a donc été déclarée concernant des pratiques des pétroliers, des détournements, de la corruption, de la criminalité françafricaine. Grâce à leur puissance financière et politique ces ETN sont donc parvenues à exploiter de manière inéquitable et souvent illégale le pétrole du Congo-B, un bien public national, qui appartient à la une population déshéritée.
Si la situation économique de l’État tchadien a connu un important manque à gagner, une partie du pétrole a permis à Exxon de s’octroyer de fabuleux bénéfices. Ils sont évalués à 15 milliards de dollars en 2001 pour l’ensemble de sa production mondiale et sont dix fois plus élevés que le PNB de 1,4 milliard de dollars du Tchad (Ngodi, 2005). En effet la production du pétrole en Afrique, par les entreprises transnationales du pétrole, permet d’engranger d’énormes profits, souvent au détriment du pays et surtout de la population. A ce sujet l’exemple d’Elf Total, une autre entreprise du pétrole, au Congo est fort instructif.
Le président Lissouba a bradé à Elf les parts que l’État du Congo-Brazzaville détenait dans Elf Congo. Le prix officiel de la vente étaient de 270 millions de francs, mais les estimations de la valeur réelle de ces parts sont de 4 à 16 fois supérieures ! (LDC, 1997, 1998).
M. Martial Cozette, directeur du CFIE (Centre d’informations sur les entreprises), a indiqué que : "S’agissant de l’exploitation par Elf des gisements au Congo, la Banque mondiale avait fait remarquer dans les années 1990-1991 que le rendement de l’exploitation pétrolière y était l’un des plus bas du monde et a suggéré des audits. Le gouvernement de transition a fait appel au cabinet Arthur Andersen pour faire un audit mais celui-ci n’a pu mener à bien cette mission car Elf Congo et Agip Congo ne le lui ont pas donné accès aux pièces et aux informations" (Aubert, 1999).
Loik Le Floch Prigent, le PDG d’Elf affirme que son entreprise " a donné une forte rétribution à l’Etat Congolais" pour obtenir les concessions pétrolière face aux américains (LDC, 16.09.1992).
Loik Le Floch Prigent, l’ex-PDG d’Elf, confirme les déclarations d’André Tarallo (le Monsieur Afrique d’Elf) qui “a évoqué devant la Juge Eva Joly, le fait que sur chaque baril de pétrole une commission de 1,40 à 4,20 francs était prélevée pour les chefs d’Etats Africain” (Prigent, 2001, 60).
Durant ce même procès, Philippe Hustache, directeur financier (1985-1994) de Elf, s’expliquait à propos de deux virements à Christine Deviers Joncours de 14 et 45 millions de francs, via la filiale suisse d’Elf Rivunion. Il déclarait “nous faisons chaque année plusieurs dizaines d’opération de ce type (...) 350 commissions” (Libération, 15/3/2001)... A 30 millions de Frs en moyenne cela représente 10 milliards, soit 175 affaires Dumas“.
De plus le ministre des finances d’un pays producteur de pétrole peut placer l’argent de la rente pétrolière dans des banques spécialisées où il rapporte des intérêts sans les reverser à l’Etat. Dans le cas de Elf, cela passait par la Fiba. En 1992 la CIBC et Elf ont versé au Cameroun 180 millions de dollars pour un crédit gagé sur du pétrole futur. Cependant il s’est évadé via les Iles Vierges, la Suisse et le Liechtenstein. L’opération avait été garantie par Elf (Verschave, 2001 : 73). Le peuple camerounais n’a donc rien reçu.
Consciente de ces pratiques, la société civile tente de les stopper en lançant une notamment une campagne “publiez ce que vous payez", qui réclament que les chiffres annuels nets des paiements suivants, doivent être publiées par toutes les compagnies (tant multinationales que d’État) de chaque pays d’exploitation.
L’organisation britannique Save The Children, a rédigé un rapport en 2005, intitulé "Dépasser la rhétorique, mesurer la transparence des revenus". Il vise à mesurer la transparence des industries du secteur pétrolier et gazier et réclame en la matière, une législation contraignante dans les pays d’origine de ces compagnies. Le document permet de mesurer les efforts faits par 25 sociétés installées au Nigeria, en Angola, Azerbaïdjan, Indonésie, Timor et Venezuela pour aller vers la transparence, ce dans trois directions : divulgation d’informations financières détaillées, des paiements de revenus, indications de lutte anti-corruption et dénonciations de malversations. Dans les principales conclusions du rapport, on relève que : 23 compagnies pétrolières sur les 25 étudiées réalisent un score médiocre et que les entreprises considérées comme les plus transparentes sont deux compagnies canadiennes qui respectent leur législation nationale les obligeant à publier leurs versements pays par pays. Or l’entreprise Total se situe dans le peloton de queue, 21ème sur 25.
Les commissions et rétro-commissions sont aussi illégales lorsqu’elles ne sont pas déclarées aux fiscs et lorsqu’elles rémunèrent un élu ou un administrateur des pouvoirs publics, afin de biaiser un appel d’offre. Cela peut permettre de formuler l’appel d’offre en le formulant pour privilégier un candidat, pour obtenir un contrat au détriment d’autres concurrents ou de l’intérêt du pays, lorsque le contrat est surfacturé. A travers ce mécanisme l’acheteur, les intermédiaires et le vendeur s’enrichissent au détriment des pouvoirs publics et des populations, qui paient le coût de la surfacturation.
Loik Le Floch Prigent, affirme lui-même dans un livre intitulé “Affaires Elf, affaires d’Etat” (2001), faisant le bilan de son procès, que “l’activité industrielle classique s’accompagne nécessairement de mécanismes qui permettent le financement d’opérations opaques (...). Au sein du groupe (Elf) qui fait deux cents milliards de francs de chiffre d’affaires par an, le volume de ces opérations (occultes) varie de trois cents à huit cents millions de francs). (...) Elf dépensait notamment ces fonds pour obtenir “des permis de forage” dans les pays où la société n’était pas encore implantée. Ces opérations de préreconnaissance étaient accompagnées de préfinancements aux Etats par l’achat de pétrole futur avec de l’argent qui circulait sur des comptes off-shore.
Mais des commissions étaient également versées pour permettre à Elf de poursuivre ses exploitations dans les pays où elle produisait du pétrole. L’ensemble de ces commissions versées aux officiels du pays, via des intermédiaires, était d’un certaine façon le prolongement de la politique étrangère de la France, notamment dans les pays africains et c’est la raison pour laquelle le président d’Elf en informait la présidence de la république (française), ainsi que les ministres des Finances et du Budget” (Prigent, 55-56). “Disons que le président d’Elf est à la fois le président d’une société pétrolière et ministre bis de la la Coopération.
Et c’est justement parce que cette société avait un objet politique et diplomatique en Afrique qu’elle a de tout temps financé les services secrets (...). Elf a servi au financement du parti gaulliste, et à même été créée pour ça...” (...). Puis se fut le tour du parti socialiste. Certaines de ces affaires ont défrayé la chronique judiciaire (affaire Dumas, Deviers Joncourt, Sirven, Elf Thomson, avions renifleurs, affaires des frégates, etc.). (Prigent, 2001 : 54-55 et 63-64). “L’ensemble de la classe politique savait qu’Elf faisait du financement politique”. Les rétro commissions servaient “à mettre sous influence celui qui les percevait. Au cas où... une affaire comme l’affaire Elf leur péterait à la figure. Si tout le monde se sert du gâteau, plus personne ne plus rien dire.” (Prigent, 2001, 66-67).
Dans le Figaro et le Parisien, les représentants de l’Elysée ont réagi aux déclarations de Loik Le Floch Prigent de mai 2001 en affirmant qu’à présent le système avait changé depuis 1995. Cela confirmait donc le fait ce système avait bel et bien existé et donc que l’Elysée en avait bien eu connaissance, sans y mettre fin . On le voit, les intérêts des Etats, siègant notamment au sein des la Banque Mondiale, sont fortement liés à ceux de leurs grandes entreprises transnationales. Car il en va des intérêts nationaux, tels qu’ils sont envisagés par les gouvernements nationaux et les partis politiques dominants. Il s’agit d’une lutte politico-économique entre États via leurs entreprises, pour s’assurer entre autre une indépendance énergétique et se disputer les parts du marché mondial. C’est pourquoi les pouvoirs publics nationaux et organisations internationales où elles siègent sont relativement peu regardant sur les pratiques des entreprises qu’elles subventionnent.
Érika, Prestige... autant de marées noires désastreuses, autant de pavillons de complaisance ! Ils ne représentaient que 5 % de la flotte mondiale à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, 14 % des pavillons au début des années 1960, mais plus de 60 % aujourd’hui. Les principaux pays à pavillon de complaisance sont le Panama, le Liberia, les Bahamas, Malte, Chypre. L’avantage du pavillon de complaisance pour le propriétaire d’un bateau sont les droits d’enregistrement peu élevés, pas ou peu d’impôts , très peu ou pas de contrôles, la liberté d’employer des marins peu payés, socialement peu ou pas protégés (et donc rarement syndiqués). C’est le cas du pétrolier le Prestige qui s’échoue au large des côtes de la Galice. Son propriétaire : une société enregistrée au Liberia dont l’affréteur est basé en Suisse. Il en est de même de l’Érika. Sa marchandise appartenait à Total, il était affrété par une société hélvético-panaméenne. Il est sous la propriété d’une entreprise quasi-fictive (Tevere Shipping) enregistré à Malte, dissimulant deux armateurs napolitains agissant à travers une société grecque ! Ces montages complexes permettent de dissimuler l’identité du propriétaire du navire ou de l’armateur et les prémunissent d’éventuelles sanctions de la justice (Lille, 2000).
Dans les années 90, la Fiba, la banque d’Elf (fermée suite au procès Elf), a racheté au rabais les créances du Congo, détenues par les banques étrangères, afin de se les faire rembourser par la Caisse congolaise d’amortissement. Après avoir récupéré ces dettes gagées sur pétrole, elle empoche le rabais, une décote de 90, à 95% ! (LDC, 2.10.1997). Grâce à ses appuis au sein de l’Etat Congolais et à "la complicité de toutes les parties prenantes, sur le dos des finances publiques", Elf savait qu’elle pourrait se faire rembourser (Verschave, 2001 : 43).
A l’été 1994, Lissouba, le président du Congo-B confie à Elf la responsabilité de gérer la dette pétrolière du pays. On observe un total manque d’indépendance de l’Etat. En effet, Elf devient ainsi à la fois client de l’Etat et gestionnaire de son budget. (Verschave, 2001 : 44). Une entreprise capitaliste privée a de ce fait main mise sur un Etat. Ainsi, au printemps 1995, Lissouba brade à Elf les parts de l’Etat Congolais au sein de Elf Congo.
Dans les années 90, le Congo représente pour Elf, un des principaux gisements de pétrole. C’est pourquoi André Tarallo (qu’on surnomme le Foccard Africain) multiplie les "astuces pour prolonger l’État Congolais déliquescent, tout en l’enfonçant d’avantage dans le moyen et le long terme" (...). Pour cela Elf convainc le tandem Chirac-Juppé de peser sur les prêteurs institutionnels. Mi-1996, le Club de Paris attribue au Congo 5 milliards de créances supplémentaires en dette publique bilatérale, en grande partie françaises après que le FMI ait prêté 100 millions de dollars" (Verschave, 2001 : 47).
Pour satisfaire ses intérêts, nous observons qu’une ETN est en capacité d’exercer des pressions suffisantes pour qu’ un État et des institutions internationales déboursent de l’argent. Pour servir ses fins, les dirigeants d’une ETN sont aussi prêts à enfoncer encore un peu plus un pays déjà exangue par sa dette.
En 1995, en échange des réductions de la dette fiscale d’Elf à l’État Congolais (elle passe de un milliard environ à 350 milions de Frcs), Elf ouvre un compte au Luxembourg à l’Etat Congolais, sur lequel Elf verse une partie de cette dette fiscale (LDC : 17.07.1997). De plus Elf accepte de créer "une provision pour investissement diversifiées" (comme l’a obtenu Omar Bongo, au Gabon) (Glaser-Smith, 1994 : 127). De quoi "réaliser quelques menus projets bienvenus en période électorale" (LDC : 7.5.1998). En 1996, suite, à ces nouveaux prêts et nouveaux comptes, La Banque mondiale note que les dépenses liées, à l’armée, à la sécurité et à la présidence s’envolent. Le ministre des finances, Nguila Mongounga-Nkombo, effectue de multiples virement hors budget à l’étranger (Bahamas, Monaco...) (LDC, 23.04.1998). En 1996, durant cette période, les crédits budgétaires de l’éducation et de la santé n’ont été décaissés respectivement que de 11% et de 5% (LDC, 5.12.1996).
Ces dispositifs d’aide mutuelle entre chefs d’Etat et ETN, permettent à une entreprise de réaliser un large bénéfice et aux dirigeants d’un pays de détourner une partie des fonds publics à son profit, au détriment de son peuple. Les puissants font ainsi de "petits arrangements entre amis" sur le dos de le population.
En particulier le soutien aux pétrodictateurs qui écrasent et spolient leur propre pays. Loïk Le FlochPrigent, ex PDG d’Elf, a donné un début de réponse le 31 mars 2003 : l’argent d’Elf a aussi servi à “faire taire” des hommes politiques français, afin qu’ils ne remettent pas en cause le système : “il fallait que le vaisseau France soit avec nous. Particulièrement en Afrique où, si on rentre dans un combat socialistes contre gaullistes, on ne sait plus où on va”. Loik le Floch Prigent a aussi avoué dès le début de son procès, qu’il existait une “caisse noire” destinée aux hommes politiques (Floch Prigent, 2001). Alfred Sirven complète ses déclarations en affirmant durant son procès : “Elf a toujours eu besoin d’être bien avec le pouvoir place” de gauche comme de droite. Et les hommes de pouvoir ont besoin d’argent. Les campagnes électorales sont devenues de plus en plus chères....
Un article de M. Karl Laske dans "Libération" du 21 juillet 1998 intitulé "La chute d’une barbouze", évoque l’existence de documents saisis par la justice lors d’une perquisition au siège d’Elf, par la juge Eva Joly, le 15 mai 1998. Les documents démontreraient les liens entre les services de sécurité d’Elf, des membres de réseaux et le président Sassou N’Guesso.
Trois ONG françaises, "Agir ici", "Frères des Hommes" et "Survie" ont écrit aux membres de la mission parlementaire, le 10 septembre 1999 « En effet, les Transall de l’armée française n’ont cessé de livrer des armes à la faction au pouvoir, - à savoir le président Sassou N’Guesso (Aubert, 1999). »
Par moment, on relève aussi une collusion entre les services secrets et les intérêts économiques privés. Maurice Robert était chef de la sécurité d’Elf et ancien chef des services secrets français en Afrique, pivot du réseau Foccart-Chirac (Verschave, 2001, 32).
Au cours du Forum Mondial de l’Économie de Davos, le 31 Janvier 1999, Kofi Annan, le Secrétaire Général des Nations Unies, a proposé au monde des affaires de mettre en oeuvre le Global Compact (le pacte global). Une réunion s’est tenue ensuite, en juillet 2000, aux Nations Unies, à New York, au cours de laquelle une cinquantaine de dirigeants d’ETN se sont publiquement engagés à soutenir le Global Compact (Paringeaux : 2000). Or le Global Compact concernait, en mars 2003, une trentaine de pays et environ 700 entreprises (OIT 3/2003). Parmi la liste des membres du Global Compact figurent des entreprises très puissantes et certaines sont connues aussi pour leur mauvaise réputation en matière de droits de l’homme au travail et de développement durable, dont Total (institut-entreprise) (unglobalcompact).
Or, Total n’applique pas complètement le Global Compact. En plus des exactions précédemment citées, Total est accusée de soutenir la dictature Birmane en collaborant économiquement à ce régime. La junte Birmane aurait contraint des populations à du travail forcé au profit de Total et au déplacement de villages se situant sur le trajet de l’oléoduc de cette entreprise.
Elf-Total va tenter de contrôler les pays visés. Pour cela ces dirigeants vont entreprendre différentes actions illégales ou anti-démocratiques : corruption des dirigeants politiques, co-organisation de scrutins truqués, financement de polices politiques, de gardes dictatoriales... Dans le cadre de la guerre froide, Elf-Total servira d’instrument pour éviter la propagation du communisme. De plus le financement du contrôle des anciennes colonies ne pouvait se faire qu’illégalement. Ainsi, des firmes françaises telle Elf-Total, chargées d’approvisionner la France en matières stratégiques, sont investies par les services secrets. De plus Elf-Total a aussi largement utilisé les services secrets et le lobby militaire pour aboutir à ses fins (François-Xavier Verschave, Les arènes, 2003).
Elf-Total s’est appuyée sur le lobby militaire français qui tient à ce que l’Afrique reste sous le giron de la France. Elle a aussi recours aux sociétés de mercenaires, dotées d’armement lourd, dans les “zones grises” de la planète – dont beaucoup en Afrique. Elf-Total participe ainsi à des trafics d’armes et le recrutement de mercenaires. Par exemple, Elf finançait les deux parties en conflit dans la guerre civile angolaise qui opposait depuis 1975 le gouvernement et un mouvement rebelle, l’UNITA (Global Witness, 2003).
Au lieu de contribuer au développement de l’Afrique, l’APD a notamment favorisé le détournement des ressources africaines, en améliorant l’exploitation des matières premières tel le pétrole pour Elf-Total (meilleurs outils de production, construction de voies d’accès, corruption des élites locales).
De même l’APD a aidé à vendre un certain nombre de productions françaises réalisées par quelques grandes entreprises, telle Elf-Total avec des marges parfois très importantes. Pour faciliter les ventes, Elf-Total a bien souvent versée des fonds illégalement à certains partis politiques français au pouvoir, comme le rapporte l’ex-PDG de Elf-Total Loik Le Floch Prijent (2001).
Elf-Total a bénéficié d’accords de coopération passés avec les dirigeants de ces pays officiellement décolonisés qui favorisent les entreprises françaises concernant les « matières premières et produits stratégiques » (hydrocarbures, uranium, lithium...). Ils stipulent que ces pays, pour les besoins de la défense, réservent en priorité leurs ventes à la République française.
Ainsi une énorme exploitation des richesses pétrolières a été remplacée par une dette grandissante. Elf-Total a organisé le drainage d’énormes marges non déclarées sur l’exploitation du pétrole (Congo, Angola, Cameroun...) : production non déclarée au large des côtes, surfacturation des investissements et des prestations, préfinancement des productions futures à des tarifs spoliant le pays, etc.
Le bilan de l’action de Elf-Total en Afrique ce sont donc des centaines de milliards de francs détournés, des peuples spoliés et le soutien à des milliers d’assassinats de militants, à des guerres civiles.
thierry.brugvin
michelcollon.info
Bonjour,
Ne sont-ce pas nos représentant(e)s européens, avec en tête le Roi du Lavage, qui, pris d’une tentation de "laver plus blanc que blanc", ont décidé de faire une liste des Paradis Fiscaux,belle affaire !!, au nombre duquel figurait notamment le Luxembourg, et dont l’un des principaux dirigean, Mr Junker, s’est "offusqué" de tels soupçons ??? Ce Pays, comme tant d’autres, et c’est en cela un secret de polichinelle, participe pleinement à la corruption, au pillage et au maintien des Pays en Voie de Développement dans une misère calculée et voulue.
Si l’affaire Clear(claire ?)Stream a finalement débouché sur un non-lieu général, au sujet de l’affaire des frégates de Taïwan, cette "clémence" politico-judiciaire a bien pour raison d’Etat, convertie en Secret Défense, moyen couramment pratiqué par les différents gouvernements pour dire : "Casses toi, y en a rien à voir !!", démontre bien l’implication de la France dans ce type de magouille puant la corruption à grande échelle.
Secrets de Polichinelle également dans le "milieu des affaires", ou ces pratiques n’ont rien à envier à une Mafia Calabraise dans le genre "chantage à tous les étages", pratique qui consiste à corrompre les Chefs d’Etats africains,souvent petits dictateurs sanguinaires et mégalomanes portés au Pouvoir par des Coups d’Etat fomentés par ces mêmes Entreprises Multinationales, pour qui, hélas, leur propre intérêt passe bien avant celui de leurs propres populations.
Ce Continent ne pourra durablement progresser quand les principales élites des Pays le constituant commenceront à regarder du côté de leur Peuple, et non du côté des coffres forts suisses, "caimanais", ou autres place forte du mensonge et du vol organisé, en préservant des griffes acérées de la cupidité occidentale leurs propres richesses nationales, enfin, afin qu’elles servent au réel développement de leurs propres Etats, et non plus uniquement à celui d’une petite minorité pro-(che)gouvernementale.
Vaste programme, me direz-vous, et si nous commencions par nos propres Etats Occidentaux dits Démocratiques ?? La corruption et la mise sous tutelle de pans entiers de nos économies au profit de multinationales, on appelle ça ici le "Lobby", correspond en plus "soft", au même pillage des ressources naturelles du Continent Afrique, ce système, mis en place en Occident, étant tout simplement couvert du voile pourpre et nauséabond du soi-disant "vote".
Alors, franchement ,quand j’entends s’élever les voix de ces dirigeants qui ont bâti toutes leurs carrières, en profitant pleinement des largesses "amicales" et financières de ces mêmes groupes industriels et financiers, genre vacances sur Yacht et médiatisation continuelle sur une Chaîne privée, y a de quoi rigoler, même si ce rire est un tantinet jaune, car ces Petits Dictateurs Africains reproduisent en fin de compte un schéma tout à fait Occidentale, les petits nababs de là bas sont bel et bien le reflet "photographique pelliculaire", pour ne pas dire en black, de nos propres Petit Nabot Léon, dont l’appétit des fastes gargantuesques élyséens valent tout à fait ceux d’un Amin Dada des "grands soirs" !! Nettoyons déjà, au Karcher ??, notre propre "racaille", fusse-t-elle en col blanc, smoking Gucci ou robe Prada, avant de tirer à boulets rouges sur les pratiques des autres.
Comment appelle-t-on la mise sous séquestre de l’Avenir de nos enfants ?? De la Corruption Organisée et Réfléchie à échelle mondiale !! On a tendance à la dénommer GLOBALISATION !! G.Lecoq.
ps : l’argent n’a pas d’odeur, dit-on, dans ce cas là, il empeste l’odeur de pourriture des charognes des enfants de cette Planète, pourrissants au soleil implacable et impitoyable, tandis que, sous quelques parasols, à l’ombre bienfaitrice, se rafraîchissent, boissons gazeuses et pétillantes dans leurs mains grassouillettes et manucurées, quelques vautours en goguette, discutant, nonchalamment des derniers cours boursiers.
http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article8593