Manifestation anti-ABM dans le centre de Prague
Le 2e article signale en passant un élément intéressant : Les fameux intercepteurs de missiles (lesquels doivent remplir un tas de conditions pour bien vouloir être interceptés), pourraient finalement n'être qu'un leurre pour la station radar qui doit être installée en Tchéquie : "Mais il semblerait que, davantage que les missiles intercepteurs, ce soit la station radar et son potentiel de renseignement qui mobilise les milieux stratégiques russes. "
Noter aussi : "La ratification du Traité de Lisbonne par les députés de l'ODS (parti au pouvoir) serait échangée contre le soutien du parti social-démocrate à l'établissement de la base radar"
L'article de De Defensa montre à nouveau que le rapport de force n'est plus en faveur des USA, qui pourraient rechercher actuellement plutôt à s'entendre avec la Russie pour enrayer la dynamique de l'OCS?
R; Manourek Alerte Otan
PRAGUE, 31 janvier - RIA Novosti. Près de 1.000 personnes sont descendues dans la rue samedi à Prague pour protester contre le déploiement d'un radar antimissile américain en République tchèque, rapporte la presse locale.
Les manifestants se sont rassemblés place Jan Palach, puis se sont dirigés vers l'ambassade américaine pour transmettre une lettre adressé au président Barack Obama. Ils portaient des pancartes "Paix et solidarité", "Non au radar" et "Stop à la nouvelle course aux armements".
Le rassemblement a été organisé par le Parti communiste de Bohême et Moravie (KSCM), qui dispose du troisième groupe au parlement tchèque.
Washington envisage de déployer en Europe de l'Est des éléments de son bouclier antimissile pour parer à d'éventuelles attaques venant d'Iran ou de Corée du Nord. Il compte ainsi installer un radar en République tchèque et dix missiles intercepteurs en Pologne. Moscou, se sentant menacé, a exprimé à plusieurs reprises son hostilité envers ce projet malgré les tentatives américaines pour rassurer la Russie.
Selon les sondages, plus de deux tiers des Tchèques insistent sur un référendum national au sujet du bouclier antimissile américain.
L'affaire du bouclier antimissile
David Cadier 25 Janvier 2009
Avec l'arrivée d'une nouvelle administration américaine, l'avenir du bouclier antimissile en Europe centrale est incertain. La crise géorgienne a permis de préciser l'enjeu du projet. « La meilleure publicité pour le radar a été faite en Ossétie du Sud », a laissé échapper le Premier ministre tchèque Mirek Topolanek. Ce lapsus contredit le discours officiel tenu jusqu'ici à Prague, à Varsovie et à Washington, qui évoquait une menace balistique émanant du Moyen-Orient et non de Russie. Les débats tchèques et polonais, qui divergent, permettent d'éclairer les stratégies des gouvernements.
Négocié officiellement depuis 2007, officieusement depuis 2002, ce projet prévoit l'installation d'une base radar en République Tchèque et de dix missiles intercepteurs en Pologne. Il s'agirait du troisième site de l'architecture antimissile américaine, qui s'étend du Japon à l'Alaska, et dont certains éléments sont déjà présents sur le continent européen (au Royaume-Uni et au Danemark).
La République Tchèque et les États-Unis ont signé en juillet 2008 le Traité sur l'implantation d'une base radar, complété en septembre par un accord régissant le statut des forces militaires américaines (SOFA). Officiellement Prague souscrit au projet américain car elle partage avec Washington le souci de prévenir le risque d'une menace iranienne. Mais dans les faits, la priorité tchèque est en réalité d'obtenir un maintien de la présence américaine en Europe. De ce point de vue, la crise géorgienne a naturellement renforcé la volonté des Tchèques d'obtenir coûte que coûte un soutien américain. Pour autant, le conflit dans le Caucase n'a pas convaincu l'opinion publique, qui demeure aux deux tiers opposée au projet. L'opposition sociale-démocrate, pourtant au pouvoir lors du lancement des négociations, s'est maintenant saisie de cette impopularité et menace de ne pas ratifier l'accord au Parlement.
La situation en Pologne diffère sensiblement. Si les bases et les conditions des négociations bilatérales avec Washington étaient similaires, l'issue a été différente. Varsovie a en effet durci ses positions au cours des négociations, à tel point que Washington a fait circuler le nom de la Lituanie comme lieu d'implantations alternatives. Contrairement aux autorités tchèques, et alors même qu'il existe en Pologne un consensus partisan sur la question et que la population est moins bien organisée dans son opposition au bouclier, le gouvernement Tusk a clairement cherché à obtenir d'importantes contreparties américaines en matière de modernisation de l'armée polonaise. Surtout, le gouvernement Tusk a opéré une certaine réorientation stratégique de la politique étrangère polonaise, où la Russie est plus directement identifiée comme une menace pour la sécurité nationale. Varsovie a d'ailleurs utilisé les menaces de représailles de Moscou pour justifier sa demande de compensations militaires. La crise géorgienne a directement conduit à débloquer les négociations, Washington et Varsovie signant le 20 août l'accord sur l'installation des missiles intercepteurs ainsi qu'une déclaration de partenariat stratégique. Mais ce n'est pas tant Varsovie qui a infléchi sa position, que Washington qui a fini par accepter les demandes polonaises, sans doute dans une volonté de signifier à Moscou l'inadmissibilité de son intervention en Géorgie.
Pour résumer, le conflit dans le Caucase a influencé l'évolution du discours tchèque sans pour autant affecter le résultat : l'installation de la base radar demeure incertaine. Dans le cas polonais, la variable russe était déjà présente dans le discours, la crise géorgienne l'a légitimée d'une certaine façon aux yeux de Washington, qui a fini par accepter les demandes de contreparties militaires. Il est intéressant de noter que Prague et Varsovie ne présentent pas la même évaluation de la menace (iranienne ou russe) et ne semblent pas accorder exactement la même signification au bouclier antimissile.
Qu'en est-il à Moscou ? Pour le Kremlin, la réalité de la menace balistique iranienne n'étant pas confirmée, le système de défense antimissile ne peut qu'être érigé contre la Russie. En réponse au projet, Dimitri Medvedev a promis d'installer des missiles Iskander en Biélorussie et à Kaliningrad. Mais il semblerait que, davantage que les missiles intercepteurs, ce soit la station radar et son potentiel de renseignement qui mobilise les milieux stratégiques russes. L'argument occidental comparant le nombre de missiles intercepteurs à l'arsenal russe ne tient donc pas. Il est d'autant plus discutable qu'il revient à rassurer Moscou sur sa capacité à menacer l'Europe centrale, si par hasard elle en avait l'intention.
Les perspectives d'avenir du bouclier antimissile ne sont donc pas complètement dégagées, la position du président Obama sera déterminante à cet égard. La diplomatie américaine, en insistant sur ses prémisses sous l'administration Clinton, s'efforce d'affranchir le projet du label George W. Bush. Pourtant, Obama semble moins convaincu que son prédécesseur de l'intérêt de ce dispositif, notamment pour des raisons budgétaires ; en temps de crise économique l'efficacité technique du système devra être démontrée.
Ensuite, si le processus de ratification ne devrait pas poser de problème en Pologne, le gouvernement tchèque aura du mal à s'assurer une majorité au Parlement. Une implication personnelle du nouveau président américain ainsi que le ralliement de quelques députés sociaux-démocrates sera vraisemblablement nécessaire. Les autorités tchèques s'efforcent de canaliser le débat public. Les arguments des " anti-radar ", relayés par la presse, sont surtout d'ordres sanitaire ou environnementaux et font peu référence au contexte international. À tel point que les milieux stratégiques raillent la démarche des opposants en soulignant qu'ils s'opposent au système antimissile " comme on s'oppose à la construction d'un aéroport près d'un village ". Mais d'autres considérations sont avancées. Elles émanent notamment du mouvement No Bases Initiatives, pour qui ce projet exposerait dangereusement la République tchèque à une attaque iranienne, porterait atteint à la souveraineté du pays et se trouverait instrumentalisé par les États-Unis sans bénéfice ou contrepartie tangible. Une issue potentielle au blocage parlementaire a été esquissée ces derniers temps : la ratification du Traité de Lisbonne par les députés de l'ODS (parti au pouvoir) serait échangée contre le soutien du parti social-démocrate à l'établissement de la base radar. Ce marchandage est à ce jour le seul lien que l'on peut trouver entre le projet antimissile et l'Union Européenne.
http://www.telos-eu.com/fr/taxonomy_menu/1/296?q=node/1365
On s'occupe du Pentagone: réductions budgétaires et le BMDE la tête sur le billot
De Defensa, 31/01/2009
Diverses déclarations en cette fin de semaine font penser que l’administration Obama est sur le point d’annoncer des réductions budgétaires importantes. Cette fois, il semble bien que la crise est en train de parler durement et d'imposer des restrictions. Les pourcentages annoncés tournent autour de 10% du budget FY2010 présenté par l’administration Bush, et qui va être restructuré pour être présenté au Congrès en avril (avec deux mois de retard). Ces 10% impliquent une somme autour de $55 milliards.
La chose est notamment annoncée par FOXNews le 30 janvier, avec la précision que les premières mesures pourraient être annoncées dès lundi 1er février:
«The Obama administration has asked the military's Joint Chiefs of Staff to cut the Pentagon's budget request for the fiscal year 2010 by more than 10 percent – about $55 billion – a senior U.S. defense official tells FOX News.»
Le même jour, le sénateur Carl Levin, qui préside la Commission des forces armées du Sénat, a développé les mêmes nouvelles d’intention de réduction sérieuse du budget de la défense. Des détails sont donnés par Defense News le 30 janvier:
«Confronted by two costly wars and a collapsing economy, the U.S. Senate Armed Services Committee is preparing to trim military spending on weapons, committee chairman Sen. Carl Levin said Jan. 30.
»“That's not just me speaking. The secretary of defense and the chairman of the Joint Chiefs [of Staff] have spoken about [how] we have got to face the reality that there's going to be a reduction somewhere in the defense budget”. “We don't want to reduce personnel; we don't want to shortchange personnel” amid a war, he said. "So we've got to look to the future and make savings there. There's the fact of life.”»
[«Confronté à deux guerres coûteuses et à l'effondrement de l'économie, le Comité des Services armés du Sénat US se prépare à réduire les dépenses militaires sur les armes, a déclaré le président de la commission le sénateur Carl Levin ce 30 vanvier.
»"Ce n'est pas seulement moi qui parle. Le secrétaire de la défense et le président du Joint Chiefs [du personnel], ont discutés sur comment nous avons eu à faire face à la réalité qu'il va y avoir une réduction quelque part dans le budget de la défense ". "Nous ne voulons pas réduire le personnel, nous ne voulons pas ne pas avoir assez de personnel" au milieu d'une guerre, dit-il. "Il nous faut donc regarder vers l'avenir et faire des économies là. Voilà les réalités de la vie." »]
Levin n’a pas indiqué quels systèmes et programmes précis pourraient être abandonnés. Il a laissé entendre qu’on parle notamment du programme F-22, ce qui n’a pas vraiment grand sens puisque la seule question autour du F-22 est de savoir si l’on poursuit ce programme; l’abandonner aujourd’hui n’économiserait certainement pas de quoi financer l’achat de la cargaison mensuelle de chewing gum de la bureaucratie du Pentagone.
Le seul point sur lequel Levin a été plus précis a été le système anti-missiles (BMDE pour l'Europe), qui semble décidément avoir de plus en plus de plomb dans l’aile. Cela expliquerait les bonnes dispositions des Russes.
«[Levin] said “I'd love to see” cuts to the missile-defense program. Too much money has been spent on missile defense systems before adequate, realistic testing has been done, he said. […]
»While waiting for the budget to arrive, the Senate Armed Services Committee will also explore the possibility of entering into a joint missile-defense program with Russia to counter the threat that Iran might someday be armed with nuclear missiles. “There is potential here for a real breakthrough in terms of relations with Russia,” Levin said.
»Defense against a nuclear-armed Iran is one of the strongest interests the U.S. and Russia have in common, he said. And U.S. and Russia cooperation on a missile-defense system has the potential “to change the entire dynamic vis-à-vis the world and Iran.” Levin said he has received indications that there is “some real support” in the Obama administration for such a joint effort. Both Gates and Secretary of State Hillary Clinton have expressed enthusiasm. So have officials from the NATO alliance, Levin said.»
[« Levin a déclaré: "J'adorerais voir" des coupes dans le programme des missiles de défense. Trop d'argent a été dépensé dans des systèmes de missiles de défense adéquate, des tests réalistes ont été fait, a-t-il dit. [...]
»En attendant le budget, le Comité des services armés du Sénat étudiera également la possibilité d'entrer dans un programme de missiles de défense avec la Russie afin de contrer la menace que l'Iran pourrait, un jour, être armé de missiles nucléaires. "Il y a ici un potentiel pour une véritable percée en terme de relations avec la Russie", a dit Levin. »
»Se défendre contre un Iran doté de l'arme nucléaire est l'un des plus puissants intérêts que les États-Unis et la Russie ont en commun, a-t-il dit. Et la coopération des États-Unis et de la Russie sur un système de défense anti-missile a le potentiel "de changer toute la dynamique vis-à-vis du monde et de l'Iran". Levin a dit qu'il a reçu des indications selon lesquelles il ya "un réel soutien" dans l'administrtation Obama un tel effort commun. Gates et le secrétaire d'État Hillary Clinton ont tout deux exprimé leur enthousiasme. Ainsi que des officiels de l'OTAN, a dit Levin »]
D’autre part, Levin s’est longuement étendu sur la réforme nécessaire du système d’acquisition du Pentagone, qui apparaît être la première priorité pour lui, et, semble-t-il, pour l’administration Obama. Levin a exposé diverses orientations pour cette réforme, sans originalité puisqu’on essaie la chose depuis si longtemps, et toujours selon les mêmes orientations, – ce qu’il concède aisément. La seule différence avec ce qui a précédé, semble-t-il, c’est que les conditions budgétaires font que cette réforme est devenue vitale, du type: c'est ça ou la banqueroute..
«Congress has promised acquisition reforms for at least 30 years. Levin said, “I hope it's different this time.” He said “a real buildup of détermination” to impose reforms and an increasingly bleak budget situation make acquisition reform more possible this year.»
http://www.dedefensa.org/article-on_s_occupe_du_pentagone_reductions_budgetaires_et_le_bmde_la_tete_sur_le_billot_31_01_2009.html