Berlin prend 8,7% de Hypo Real et veut contrôler le capital
FRANCFORT (Reuters) - Hypo Real Estate a annoncé samedi l'entrée de l'Etat allemand dans son capital à hauteur de 8,7% et prévenu que les pouvoirs publics se préparaient à nationaliser l'établissement pour le sauver de la faillite.
Ce projet pourrait se traduire par une expropriation ou une dilution temporaire de l'un des actionnaires de référence de la banque, le fonds d'investissement américain J.C. Flowers qui contrôle près d'un quart du capital.
Hypo Real Estate, qui a perdu 5,46 milliards d'euros en 2008 du fait de son exposition à des produits risqués, a précisé que le fonds de sauvetage des banques mis en place par le gouvernement (SoFFin) allait prendre part à une augmentation de capital de 60 millions d'euros et acquérir 20 millions d'actions nouvelles.
A l'issue de l'opération, le fonds détiendra une participation de 8,7%. Hypo Real, dont les comptes devraient rester dans le rouge en 2009 et 2010, a toutefois ajouté que la structure SoFFIn entendait prendre le contrôle de la banque par la suite.
L'initiative dévoilée samedi constitue l'option de dernier ressort du gouvernement allemand. Sur les douze derniers mois, Hypo Real a bénéficié de plus de 100 milliards d'euros de garanties apportées par Berlin mais sa situation financière a continué à se dégrader.
L'équipe de la chancelière Angela Merkel a cependant toujours refusé de laisser la banque couler compte tenu du rôle clé qu'elle joue sur marché des "Pfandbriefe", les obligations sécurisées allemandes dont la signature est l'une des plus prestigieuses au monde.
L'expropriation d'intérêts privés en Allemagne, même momentanée, représenterait une décision très lourde pour l'exécutif, les confiscations renvoyant aux saisies de biens juifs par les nazis dans les années 1930, puis à la collectivisation d'après-Guerre en ex-RDA.
L'article 14 de la Loi fondamentale, la Constitution allemande, souligne que "l'Enteignung" (expropriation) n'est envisageable que s'il en va du bien public et rend nécessaire dans ce cas l'adoption d'une loi spécifique.
D'autres pays européens, dont la Grande-Bretagne et l'Irlande, ont eu recours à de telles prises de contrôle en raison de la nature extraordinaire de la crise qui frappe le secteur financier.
Outre-Rhin, l'Etat se prépare également à prendre 25% de la Commerzbank, laquelle a prédit en février une année 2009 très difficile après avoir fait état d'une perte d'exploitation de 378 millions d'euros au titre de 2008.
Matthias Blamont, édité par Pascal Liétout
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