Déconstruction d'un discours ingénu et dangereux
| Déconstruction d'un discours ingénu et dangereux |
| La fin du capitalisme est-elle proche ? Réponse au plan proposé par Michael Moore pour sauver General Motors |
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| AUTEUR: Pedro PRIETO et Manuel TALENS Traduit par Alain Caillat-Grenier. Édité par Fausto Giudice |
Introduction: L'homme qui parle trop Au mois d'octobre 2008, après la victoire de Barack Obama aux élections présidentielles de son pays, Michael Moore publia une lettre à faire rougir, pour annoncer son bonheur. L'un de nous l'a traduite, mais lui a ajouté un épilogue avec l'intention de marquer quelques distances. Dans cet épilogue on pouvait lire ceci “ Michael Moore est un auteur très apprécié dans ces pages. Il me suffit de dire que ses diatribes contre les canailleries en tout genre commises par son pays atteignent ici des chiffres spectaculaires de lecture. Personnellement, je le considère comme un personnage sympathique, ingénieux, bon cinéaste engagé et moyen écrivain, mais il me laisse toujours le sentiment de ne pas aller au fond de ses analyses politiques, car pour très à contre courant que paraisse son œuvre et pour très à gauche qu'il se situe dans la faune usaméricaine, je pense qu'en dehors du milieu impérialiste il ne serait qu'un brillant social-démocrate. ” Cette description continue de nous plaire. De plus, ses films sont rafraîchissants et ont l'avantage de fustiger des situations qui sont modèles courants dans son pays, alors que dans le reste du monde elles feraient honte. Surtout parce qu'il n'est pas normal que dans le jardin de la démocratie, de la liberté, du nous le peuple et autres généralités, on puisse facilement se faire tirer dessus un mauvais jour et cela, grâce à ce quatrième amendement qui autorise l'achat d'un flingue à qui le souhaite (et ça plait à beaucoup par ici); ou refuser à une vieille dame des soins à l'hôpital parce qu'elle est pauvre. Ces choses-là ne plaisent pas à Michael Moore. C'est pour cela qu'il les condamne avec images à l'appui. George Bush le tricheur ne lui a également jamais plu. Et il n'a pas hésité à le ridiculiser dans un film. Plus tard, lorsqu'il y a eu Katrina, il a organisé une caravane de secours à la Nouvelle Orléans pour lui faire à nouveau honte. C'est un brave type. Mais il écrit trop et parfois il parle pour parler, comme lorsque dans son livre Mon oncle, qu'ont-ils fait de mon pays ? [Dude, Where’s My Country, 2005] il lui est venu à l'esprit de “ désigner ” la présentatrice de télévision Oprah Winfrey, comme candidate idéale pour mener le pays à la terre promise depuis le bureau ovale. Nous ne sommes pas en train de plaisanter, lisez et voyez par vous-mêmes. Le fait est qu'il tient à donner son opinion à propos de tout: les carences finissent par sortir à la lumière, parce qu'il n'est pas possible de tout connaître. Mais à Michael, on lui pardonne, c'est comme le gros tonton que chacun a dans sa famille et qui parfois cesse d'être drôle. Les sites web de la gauche alternative se le disputent. Il y a quelques jours, il a recommencé à donner son opinion à propos de ce qu'il ignorait. Lorsque nous avons lu l'original en anglais, “ Goodbye, GM ”, il nous a révoltés et nous avons parié sur le temps qui se passerait avant qu'une traduction apparaisse quelque part en espagnol. On avait parié que sous 48 heures ce serait fait et on a gagné; c'est le temps qu'il a fallu à La Jornada pour le traduire: “ Adiós, General Motors ”.
Avec tout le respect que nous lui devons, nous croyons tous les deux que le bon Michael se trompe dans ses affabulations évoquées ci-après et c'est cela que nous essayerons d'expliquer à partir de ce qui suit. L'empire dans l'âme Moore commence bien son récit. Le certificat de décès de la General Motors lui permet de faire un retour sur le siècle d'histoire de cet emblème du capitalisme. Et il ne cache pas sa joie pour cet évènement: “ …je me sens débordant de –j'ose le dire– joie ”. C'est normal, aucune personne bien née ne devrait mourir sans assister à l'effondrement d'au moins un ennemi du peuple. Il ajoute ensuite trois autres paragraphes d'introduction et à partir de là, il se lance. Mais cette fois, ce n'est pas pour tirer des feux d'artifice pour l'arrivée d'Obama, mais pour lui donner des conseils de politique économique: “ …je sollicite que vous accordiez une honnête et sincère considération aux suggestions suivantes … ”. Il commence par rappeler le passé, lorsqu'en 1942 le président Roosevelt transforma l'industrie automobile en fabricant d'armes et que General Motors se mit à construire des avions, des tanks. Et alors, Michael laisse échapper quelques affirmations qui méritent réflexion: “ Tout le monde participa. Les fascistes furent vaincus. ” Allons donc, notre homme ne s'écarte pas d'un millimètre de la ligne officielle, selon laquelle cette guerre avait pour but d'éliminer le fascisme et n'était pas un jeu entre quatre bandes de pouvoir impérialiste, chacune d'entre elles ayant ses propres intérêts bien calculés. D'aucuns diront qu'il a cru au sophisme selon lequel son pays est entré dans la bataille pour sauver la démocratie. Comme si l'authentique ennemi de Roosevelt était Hitler et non Staline. La vérité est que l'Usamérique a également jugé qu'elle pourrait ensuite écrire l'histoire à sa mesure et il ne vient pas à l'esprit de Michael d'émettre des réserves. Bon, il n'y a pas de quoi se fâcher, ce n'est pas ce détail qui nous intéresse ici, bien qu'il démontre que dans le cœur de tout inconformiste usaméricain, il y a toujours un petit coin où l'impérialisme sommeille, prêt à bondir. Michael Moore, qui a travaillé dans l'industrie automobile avant de faire du cinéma, se montre inquiet pour l'avenir des gens de sa ville, Flint, située dans l'épicentre du secteur autrefois très puissant de l'industrie automobile et aujourd'hui pratiquement convertie en ville fantôme. Et il commence à énumérer la liste de ses conseils au président Obama: “ Ne mettez pas 30 milliards de dollars supplémentaires dans les coffres de GM pour lui permettre de fabriquer des voitures. Il vaut mieux utiliser ces fonds pour maintenir les effectifs actuels – et réembaucher la plupart des salariés précédemment licenciés – de manière qu’ils se consacrent à la production des nouveaux modes de transport du XXIe siècle. Que le travail de conversion commence tout de suite. ” Une crise économique ? Nous arrivons à la première distorsion. Michael Moore se résigne à accepter que son gouvernement ait jeté à la poubelle une quantité énorme d'argent. Mais ce qui lui parait inacceptable, c'est que Washington reproduise la même stupidité dans ce jeu de poker industriel et que General Motors continue de construire encore la même chose: des automobiles avec moteurs à combustion. Cependant, il faudrait se demander –lui ne le fait pas, mais nous le pourrions–: Putain, d'où proviennent ces 30 milliards de dollars ? Existent-ils vraiment ? Pour qui contrôle la planche à billet avec le cours légal, l'existence de cet argent est un fait, que ce soit en billet verts, en bons du Trésor, en traites ou en aval de l'État. De sorte que nous reformulerons la question: ces 30 milliards de dollars représentent-ils une richesse tangible ? La réponse est non, ce n'est que de la fumée. Selon des calculs récents, la somme des dettes fédérales, étatiques, municipales, entrepreneuriales et privées de ce pays s'élèvent à 48 billions de dollars, c'est-à-dire, à quarante huit mille millions de millions (oui, avec 12 zéros après le 48). Par pure curiosité, étant donné que pour le commun des mortel, il est difficile d'imaginer ce que ça représente, nous ajouterons que si on alignait cette somme en billets de 1000 dollars, nous arriverions en ligne droite, à couvrir la distance entre New-York et Los Angeles… et encore, il serait possible de suivre leur trace sous le soleil de Californie jusqu'à Tijuana. C'est ça la dette de l'Usamérique, celle que contractuellement elle doit payer avec intérêts. Chaque personne de ce pays –femme, homme, enfant ou vieillard– naît et vit avec une dette de 183.000 dollars sur le dos. Et quelle est la valeur nette de ce pays, à savoir ce qu'il " vaut " réellement ? Selon la Réserve Fédérale, en 2008 la valeur nette atteignait 51.200 billions de dollars, ce qui à simple vue, ne parait pas mal. Le problème –il y a toujours un problème– c'est que ces chiffres sont truqués par la grâce de l'ingénierie statistique, comme le démontre Chris Martenson dans son Crash Course, étant donné qu'ils incluent des actifs immobiliers largement surévalués et qui aujourd'hui ne valent plus rien, des fonds de pension partis en fumée, des actions boursières fluctuantes et jusqu'à la vieille automobile, le lave-vaisselle, où le four à micro-ondes que l'on a dans sa maison. Après de longues décennies de tromperie statistiques continues, Washington a réussi à rendre impossible le calcul de la valeur nette de son pays. Mais la différence entre les avoirs et la dette est si pantagruélique qu'il est possible d'affirmer sans crainte de se tromper, que l'Usamérique, au moins techniquement, est totalement ruinée et que si elle a survécu jusqu'à ce jour, c'est grâce aux entrées quotidiennes des 2 milliards de dollars et plus, qui viennent depuis l'étranger alimenter l'économie nationale en échange de bons du Trésor… et à l'émission continue de montagne de dollars sans aucune garantie, qui sortent tout chauds du four de la Réserve Fédérale. Mais que va-t-il se passer maintenant que la plupart de économies de la planète sont également ruinées ? À qui restera-t-il quelques billets à investir dans l'Empire ? Les sauvetages multimillionnaires d'Obama –et également ceux d'Europe, surtout maintenant que la Banque Centrale Européenne a commencé à faire fonctionner la planche magique à billets pour dissimuler le chaos des économies de l'Union Européenne – ne sont plus qu'une manière de gagner du temps avant la faillite. Il est égal que Washington “ nationalise ” la General Motors pour 30 ou 60 milliards de dollars, parce qu'elle est en train d'acheter un cadavre chaud, qu'elle paye avec des billets de Monopoly. Personne ne gagne ni ne perd rien dans la transaction. Mais poursuivons avec Michael Moore et ses conseils, car le plus intéressant reste encore à analyser. “ Annoncez que dans les cinq prochaines années nous aurons des trains à grande vitesse qui sillonneront le pays ”, supplie-t-il. Et il continue: “ Lancez un programme massif pour mettre en place des lignes de trains légers dans toutes nos moyennes et grandes villes. Construisez ces trains dans les usines de GM. […] Pour les habitants des zones rurales qui ne sont pas desservies par le train, que les usines de GM produisent des autobus propres et performants en ce qui concerne l’énergie […] Que des usines commencent par construire des véhicules hybrides ou électriques (et des batteries). ” L'économie d’énergie Et pourquoi cela se produit-il ? La Terre, comme le savent les lecteurs, est sphérique, ce qui veut dire que les ressources contenues dans le sous-sol, sont finies. Le pétrole –ressource énergétique par antonomase– l'est également: celui qui est encore dans le ventre de la Terre est tout le pétrole sur lequel nous pouvons compter et, lorsqu'il sera épuisé, ce sera pour toujours. Pour le moment, retenez cette phrase, rhétoriquement reliée avec ce qui a été dit dans le paragraphe précédent: “ L'énergie est le sang qui donne vie à toute économie ”. Elle est de Chris Martenson; oui, l'auteur du Crash Course déjà cité et auquel nous reviendrons. Nous expliquerons maintenant la fausse équivoque cardiovasculaire que nous venons d'utiliser. L'allusion à une insuffisance cardiaque n'est pas fortuite. Il y a quelques mois, dans un échange de courriers électroniques avec un ami latino-américain, à propos de la crise économique actuelle, l'un d'entre nous (MT) fit un parallèle avec la science médicale pour tenter d'expliquer le surprenant mutisme des économistes " de la télé " face au vrai problème de la crise, qui n'est pas celui de l'argent, mais bien celui de l'énergie, ou encore mieux, d'un épuisement de l'énergie. Ce qui suit, est une copie textuelle de ce long message:
Ces six paragraphes résument de manière satisfaisante l'argumentation que nous utiliserons dans un instant pour déconstruire les songes utopiques de Michael Moore. Cependant nous invitons nos lecteurs à s'informer comme il se doit à propos du pic ou du zénith du pétrole, sur des sites web, comme Crisis Energética, The Oil Drum ou ASPO. L'un de nous va terminer ces jours-ci la traduction du Crash Course de Chris Martenson, un cours économico-énergétique de 22 chapitres en vidéo, que nous publierons sous peu en espagnol dans ces pages. Mais avant de commencer plus bas l'analyse des opinions de Moore, voyons en peu de mots ce qu'est le capitalisme et comment il fonctionne. Brève définition du capitalisme pour les non initiés Le capitalisme est le système de domination de ceux qui détiennent la propriété du capital et des moyens de production, tandis que d'autres, les salariés, travaillent en produisant pour eux. Cet effort, ce travail d'autrui est converti en une marchandise de plus à l'intérieur du système. Plus qu'une forme spécifique de produire et de distribuer la marchandise, le capitalisme est un mode de production dans lequel l'organisation du système économique et social garantit l'extraction d'une plus-value et favorise l'accumulation continue et croissante du capital. Cette croissance est exponentielle, étant donné que plus il y a de capital, plus il y a de bénéfices venant s'ajouter au capital initial. La plus-value, concept original de Karl Marx, est la valeur que le travail non rétribué de l'ouvrier salarié crée au delà de la valeur de sa force de travail et dont s'approprie gratuitement le capitaliste pour la faire fructifier. La plus-value exprime l'essence et la particularité de la forme capitaliste de l'exploitation. Les irréalisables chimères de Michael Moore Les Trains à Grande Vitesse dont parle Moore dans son article – TGV, en France et AVE (Alta Velocidad Española) en Espagne– n'apportent non seulement aucune solution pour l'avenir, mais ils sont aussi sans objet. Considéré par passager ou kilo et kilomètre parcouru, le train à grande vitesse est un peu plus économique que l'avion en consommation d'énergie, mais il ne cesse pas d'appartenir à un système économique, le capitalisme, de très grande mobilité et de faible rendement énergétique. Moore regrette que le Japon en ait de nombreux, alors qu'eux n'en ont aucun. Il semble que notre cinéaste veuille que son pays devienne le Japon, à savoir, qu'il imite les anciens imitateurs du capitalisme et leur fasse " concurrence ". Et de s'éblouir des très grandes vitesses et de la ponctualité, qui sont la quintessence d'un système économique qui ne sait pas où il va, mais qui veut aller vite et arriver à l'heure prévue. En Espagne, avec un gouvernement social-démocrate qui se vante d'avoir construit ces dernières années plus de kilomètres de ligne à grande vitesse qu'aucun autre pays, on peut observer l'usage que nous donnons à ces systèmes ultrarapides de transport: très faible capacité de charge et passagers de haut niveau économique, lesquels se déplacent de Madrid à Séville ou a Barcelone, avec mallette de cadres et ordinateur portable, tandis que des millions de tonnes de marchandises vitales doivent voyager par route en camions privés…parce que le capitalisme a besoin d'autoroutes et de voitures, beaucoup de voitures, pour continuer de fonctionner. Si on considère que dans dix ou quinze années le pétrole sera entré en crise et que, faute d'or noir, le capitalisme aura cessé de croître, avec pour corollaire, moins de production, moins de travail, plus de chômage et probablement des famines pour pénurie alimentaire (première remarque : les Cubains connaissent bien cela, car durant la Période Spéciale, ils ont dû réinventer l'agriculture en quelques mois, lorsque l'URSS s'effondra et cessa de leur envoyer du pétrole)… si nous prenons en compte tout cela, on peut se demander à quoi serviraient ces trains à grande vitesse que Moore appelle de ses vœux et cet hypothétique voyage éclair de 17h entre New-York et Los Angeles! La grande vitesse ferroviaire, dont l'unique objectif est de contribuer à la croissance vertigineuse de la plus-value, aura-t-elle un sens dans un système contraint à la décroissance du fait de la carence énergétique ? Seconde remarque: dans le paragraphe précédent, nous avons dit que " dans dix ou quinze ans, le pétrole sera entré en crise … ”. Cependant, dans l'édition de 2009 de la Statistical Review of World Energy, traduite en espagnol sur le site web Crisis Energética, British Petroleum signale “ que pour la première fois en une décennie, les réserves de pétrole ont diminué par rapport à l'année précédente. Une chute aussi minime que 0,2%, se traduit par une perte de 1,258 billions de barils de pétrole sur le volume des réserves présumées […]. Sur la même période de 2008, le plus grand consommateur de la planète, les USA, a consommé 6,4 % de moins. […] Dans son ensemble, le monde a consommé quotidiennement au cours de 2008, 84.455.000 de barils de pétrole, soit seulement 0,6% de moins qu'en 2007. Il s'agit d'une quantité relativement faible (une moyenne de 423.000 barils), mais des données plus récentes de l'Agence Internationale de l'Énergie, ont établi des projections de la demande pour 2009 à 83,2 millions de barils par jour. ” [les italiques sont de nous] Lisons entre les lignes: en 2008, 84.455.000 barils ont été consommés dans le monde, soit 0,6 % de moins qu'en 2007, et les projections établissent qu'en cette année 2009 on en consommera 83.200.000, c'est à dire encore 1,49% de moins, au total, une diminution de 2,09 % de pétrole sur deux ans. Le pic du pétrole aurait-il déjà commencé ? Poursuivons. Et que dire des “ véhicules propres et performants en ce qui concerne l'utilisation de l'énergie ” et des voitures “ hybrides et électriques ” ? On voit que Moore n'a pas approfondi cet aspect. Les voitures hybrides ? Lisez cet article et vous verrez. Il semblerait que personne n'ai dit -et Moore ne l'a pas étudié- que ces voitures ne sont pas viables énergétiquement si on prétend les utiliser pour maintenir en fonctionnement ce système économique au même rythme que pendant l'ère du pétrole…mais sans pétrole. 75% de l'énergie utilisée par les Usaméricains est d'origine fossile: selon la Statistical Review of World Energy Full Report 2009, en 2008 ils ont consommé au total 19 419 000 de barils par jour. Dans ces quasi 20 millions, 70% est brûlé en toutes catégories de transports. Et si le pétrole est surtout utilisé pour le transport, c'est à cause de sa polyvalence et de son pouvoir énergétique. Aucune autre énergie n'est capable de donner autant avec une aussi petite quantité. Sans pétrole, il en sera fini du transport tel que nous l'avons connu: la vitesse, les longues distances sans recharger durant plusieurs centaines de kilomètres. Il en sera également fini des automobiles à moteur à combustion (ce qui créera un problème supplémentaire: quoi faire de tant d'épaves ?). Est-ce que Michael Moore s'est demandé comment il sera possible de remplacer le pouvoir énergétique de ces 19 millions de barils de pétrole lorsqu'ils auront disparu ? Avec quoi pense-t-il le faire, avec les 25% d'énergies secondaires ? Parlons-en de ces 25%. À commencer par l'énergie nucléaire. Chris Martenson dit que 15 millions de barils journaliers équivalent en pouvoir énergétique à 750 centrales nucléaires, ce qui équivaut à multiplier leur nombre par sept dans ce pays et à presque doubler celles existant dans le monde. Sans doute 750, cela fait beaucoup de centrales nucléaires, mais le pire c'est que leur énergie n'est pas utilisable que pour l'électricité et non pour le transport, qui est la condition sine qua non du capitalisme mondial. D'autre part, Carlos de Castro, professeur de Physique Appliquée, d'Écologie et de Développement, à l'Université de Valladolid (cité par l'un de nous dans un article , PP), a calculé que l'équivalent énergétique nécessaire pour couvrir le trou causé par la chute du flux mondial de pétrole dans la décennie la plus problématique (2010-2020), obligera à la construction de 4 000 centrales nucléaires. Cela représente évidemment beaucoup de centrales, mais poursuivons. Et les cellules photovoltaïques, les éoliennes, le charbon ? Aucune de ces sources énergétiques n'est adaptable au transport, l'activité basique du système capitaliste. Ces types d'énergie serviront bien sûr pour la voiture électrique dans laquelle nous pourrions nous promener tranquillement pour aller au village d'à côté. Mais plus d'avions, plus de trains à grande vitesse, rien pour traverser le continent en 17 heures. Rien, absolument rien de tout cela. Et denier détail, destiné à ceux qui parient ou demandent des débats sur l'énergie nucléaire: celle-ci s'approche elle aussi de son propre pic. Par exemple, il reste à l'uranium au maximum 40 ans de production…mais avec les centrales nucléaires actuelles; s'il s'en construit plus, le pic se produira beaucoup plus tôt. En un siècle et demi, nous avons tellement pompé la nature qu'il ne nous reste plus aujourd'hui qu'à en affronter les conséquences.
Conclusion: approche-t-on de la fin du capitalisme ? Avec la fin de l'ère du pétrole, le monde se verra dans l'obligation d'entrer en décroissance et redeviendra un lieu familier, avec des distances comme celles de jadis, beaucoup plus pauvre, mais plus humain. Car la fête est terminée: c'est ainsi que le professeur Richard Heinberg a intitulé son très recommandable livre consacré à ce thème (The Party’s Over). Le capitalisme, dont la croissance exponentielle sans limite est la raison d'être, a réussi son épopée grâce au pétrole, mais sans lui, il ne pourra pas continuer d'exister, tout au moins dans ses aspects les plus démoniaques et planétaires par trop connus, qui exigent l'exploitation massive des peuples, les guerres et la destruction environnementale. Et tous ces changements réducteurs vont survenir au cours des dix prochaines années, en raison du pic du pétrole. Pour autant que nos ministres de l'économie s'efforcent de gagner du temps en lançant des messages rassurants, il n'y aura pas de sortie à cette crise. Au nom de la société civilisée que nous sommes supposés être, mieux vaudrait que nous nous préparions à la décroissance, dans l'ordre et la concertation. Mais l'exemple de nos politiques professionnels n'offre pas beaucoup d'espoir: ils préfèrent refuser de d'entendre les cris d'alarme de la Terre, ignorer les avertissements des géologues, prétendre contre toute logique rationnelle que la crise est seulement un obstacle passager et poursuivre leur folle fuite en avant. Les pouvoirs vassaux –l'Union Européenne entre autres– donneraient-ils des signes d'asphyxie ? Possible, mais le fait est que les puissances capitalistes ne nous semblent pas sur la défensive, malgré l'angoisse que leur génère l'affaiblissement de la semence à laquelle elles doivent leur bien-être: le pétrole. Serions-nous en train de vivre le début de la fin du capitalisme ? Si nous annoncions sa mort dans un contexte analytique comme celui-ci, basé sur l'organicité du système, nous serions peut-être tentés par une reformulation de la théorie de l'effondrement, qui conduisit la gauche révolutionnaire du début du XXème siècle à commettre de sérieuses erreurs tactiques et stratégiques. Face à ladite théorie, selon laquelle " le déroulement du capitalisme, mené jusqu'aux limites historiques de son développement, doit nécessairement et automatiquement le conduire à sa faillite économique ", nous nous sentons plus assaillis par des doutes que par des certitudes. Le capitalisme est blessé à mort. Sans doute n'est-il pas éternel, mais il a aussi existé avant le pétrole. L'unique différence, c'est qu'aujourd'hui, pour la première fois de son histoire, il va se heurter contre un mur insurmontable: il n'existe pas de patron énergétique en dehors des hydrocarbures fossiles pour lui permettre d'exister comme il vient de le faire sous la domination anglo-saxonne. Sa faillite, si elle survient, ne proviendra pas d'une tendance à la baisse du taux de profit, ni des contradictions qui le poussent à aller au-delà de sa capacité pour extraire de la plus-value, mais de sa propre dynamique déprédatrice qui détruit la sève énergétique sur laquelle il repose. Revenons à l'analogie de l'hémodynamique cardiovasculaire: le cœur du capitalisme cessera simplement de battre faute de nutrition; en principe, il ne sera nullement besoin de l'aider par une lutte révolutionnaire. Mais nous ne voulons pas non plus nous associer à la candeur de Michael Moore: le plus probable, c'est que le moment venu, l'empire mourra en tuant. Espérons que cela ne se produira pas. Michael Moore ne sait pas de quoi il parle lorsqu'il propose de continuer le même modèle économique de toujours, mais cette fois-ci, basé sur les énergies alternatives, lesquelles sont incapables de soutenir le rythme de transport du capitalisme, sa portée et sa vitesse, car il s'agit de systèmes non renouvelables qui capturent une partie de l'énergie de sources renouvelables –le vent, le soleil, la biomasse–; lesquelles sont de plus distribuées de manière très naturelle, c'est-à-dire disséminée, tranquille, paisible, humaine… non comme cette énergie concentrée et affolée dont a besoin le capitalisme (la transposition matérielle de cette folie furieuse énergétique est l'avion de combat ou le bolide de Formule 1). Nous réitérons ce que nous disions au début, Moore est un brave type et il n'y a aucune méchanceté en lui. Mais son discours ingénu est dangereux par le fait même qu'il est irréalisable. Pourquoi avons-nous essayé de déconstruire ici le contenu de sa lettre, alors que dans le fond, il n'est même pas notre adversaire politique ? Quelle raison nous y pousse ? La voici: Moore est également très renommé et ses textes atteignent le chiffre de plusieurs milliers de lectures sur les sites web alternatifs comme celui-ci. C'est là qu'est le danger. Si nos politiques et économistes de télé veulent continuer à cacher la vérité énergétique de cette crise, s'ils désirent prolonger l'ivresse de milliards d'argent inexistant, injectés dans un système d'ores et déjà sans salut possible, c'est leur problème. Source : Michael Moore y el caso de la General Motors: ¿Se avecina el fin del capitalismo? |




À première vue, l’idée parait socialement adroite et suscite les applaudissements, car plaider sans détour pour les transports en commun dans le pays qui inventa la voiture privée, pourrait même paraître révolutionnaire. Mais sa foi aveugle en la vertu capitaliste de la croissance exponentielle, perd notre Michael et il en oublie de faire les comptes.
