De trottoirs en terrains vagues, le parcours de familles roms à Montreuil

Publié le par sceptix

Daniel, 8 ans, s'agite, gesticule, montre son bras. "C'est qu'il n'a pas envie de se faire vacciner", explique Samuel, 6 ans, l'air espiègle. Malgré sa timidité à parler en français, Daniel n'a pas l'air d'être du genre à avoir peur d'une piqûre. Les garçons, joueurs, l'attendent en réalité avec impatience, ce vaccin. La piqûre en question ne les protégera pas de la grippe A, mais de la diphtérie, du tétanos et de la poliomyélite. DT-Polio, précieux sésame, obligatoire pour toute inscription à l'école.

Originaires de Roumanie, Daniel et Samuel vivent depuis quatre ans en France. Au fil des pérégrinations de leurs familles et des expulsions policières, ils n'ont encore jamais eu l'occasion d'aller à l'école ni de perfectionner leur français. En revanche, ce sont les champions de la débrouille : monter et démonter des tentes, trouver de l'eau sur des terrains non raccordés, allumer un feu… Ça, c'est de leur ressort.

FRICHE DEVANT LA HALLE DUFRICHE

Depuis cinq jours, ils se sont installés avec une demi-douzaine d'autres familles sur le terrain d'une maison inoccupée, avenue du Président-Wilson à Montreuil (Seine-Saint-Denis). Ils vivent dehors, sous des tentes.

Pourquoi pas à l'intérieur ? Impossible pour l'instant : les tuiles de cette belle bâtisse typique des années 1930 ont été arrachées, laissant filtrer l'eau à l'intérieur. L'escalier est impraticable, les installations électriques ont été détruites. Selon les habitants du quartier, il s'agit de dégradations volontaires pour empêcher tout squat.

Le parcours de ces familles roms depuis quatre semaines est un véritable roman. Installées à Montreuil depuis plusieurs mois, elles ont d'abord dressé leur campement sur une friche située rue de Paris, près de la bien-nommée halle Marcel-Dufriche. C'est là que s'est tenu, du 25 au 30 novembre, le Salon du livre jeunesse, la plus grande manifestation littéraire en Europe consacrée à la jeunesse. Neuf jours avant l'ouverture du salon, le 16 novembre, la police vient les déloger. Aucune notification n'est venue les avertir, comme le veut normalement la procédure. La mairie reconnaît ouvertement que la proximité de calendrier entre cette expulsion et l'ouverture du salon n'est pas due au hasard. Mais elle nie toute responsabilité : le terrain était privé, le délogement a été ordonné sur décision de justice, et le Salon du livre n'est pas du ressort de la commune mais du conseil général.

"VILLAGE D'INSERTION"

S'ensuit alors une longue errance pour ces familles, de trottoirs en terrains vagues : place de la Fraternité, rue du Progrès, place de la République… A plusieurs reprises, la police vient les déloger, souvent avec tact, reconnaît Saimir Mile, du collectif La Voix des Rroms. "Le comportement des policiers m'a épaté. Ils nous ont bien expliqué la procédure et ont demandé que les familles partent d'elles-mêmes."

La mairie concède avoir demandé l'expulsion de plusieurs terrains municipaux où les familles s'étaient installées, invoquant l'argument d'insalubrité et les plaintes du voisinage. "Lorsque nous avons été élus en 2008 à Montreuil, nous avons demandé à la préfecture de surseoir à toutes les expulsions de Roms dans la ville, explique Alain Monteagle, adjoint au maire (Verts) chargé du dossier. C'était une mesure exceptionnelle en Seine-Saint-Denis. Nous voulions avoir le temps de mettre en place une politique de long terme."

Une MOUS (maîtrise d'œuvre urbaine et sociale) a certes été ouverte depuis l'arrivée à la mairie de l'équipe de Dominique Voynet. Il s'agit d'un terrain alimenté en eau et électricité sur lequel vivent 350 Roms, la plupart dans des caravanes. L'objectif de ce "village d'insertion" est de les amener vers un emploi et un logement social. Mais, pour l'instant, rares sont ceux qui ont des papiers leur ouvrant l'accès à un travail légal.

TROIS NUITS D'HÔTEL

Une semaine après la première expulsion des familles de la rue de Paris, une solution de trois nuits d'hébergement à l'hôtel leur est proposée par la municipalité. "C'était peu, mais il s'agissait de se poser et prendre le temps d'examiner leur dossier", justifie Alain Monteagle. Les familles refusent. Elles craignent d'être séparées et qu'au bout de trois jours aucune solution ne leur soit proposée. L'élu regrette leur décision : "On n'en serait pas arrivés là si elles avaient accepté notre proposition. Il ne s'agissait pas de les séparer et de les envoyer à l'autre bout de l'Ile-de-France. On leur proposait trois nuits d'hôtel à Montreuil. A Montreuil", insiste-t-il.

Les familles retournent sur le trottoir, cette fois-ci rue Gutenberg, pas loin du Salon du livre. Des habitants du quartier leur prêtent tentes et couvertures, se relaient pour aller chercher à Paris des soupes auprès de l'association Une Chorba pour tous. Le soir, tous partagent le repas, Roms et non-Roms. Mais, le 4 décembre, c'est de nouveau l'expulsion. "Arrêté de nettoyage et de désinfection des rues Gutenberg et Etienne-Marcel". Traduction : il faut débarrasser le trottoir.

Le Monde

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Politis retrouvé en cache par google
Un article de Politis sur la situation des Rroms à Montreuil et notamment leur dernière expulsion a étrangement disparu. C'est un lecteur de notre blog qui, désireux de le partager avec des amis, nous l'a signalé. En le recherchant sur internet, le lien trouvé renvoie à la fameuse erreur 404 - page introuvable.
Loin de nous l'idée que des pressions politiques pourraient être à l'origine de cette étrange disparition, et nous vous demandons aussi, chers lecteurs, de chasser de votre esprit tout doute. Cependant, nous trouverions dommage que vous n'ayez pas accès à cet article, puisqu'il n'y en a pas eu beaucoup sur le sujet. Le voici donc, en deux images que vous pouvez télécharger en cliquant dessus.




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Publié dans COUPS DE GUEULE

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R
<br /> partout ils sont pourchassés, niés, même là où ils ont habité, en dur, depuis 1000 ans !<br /> http://www.alterinfo.net/Turkey-The-Discriminatory-Law-directed-at-Roma-People-should-immediately-be-abolished_a40096.html<br /> au nom de bétonneurs sinistres et de slogans ineptes tels que : “The laundry should not be hang out in the streets”, “people should not sit out at the doorsteps”, “people should not<br /> make music in the streets" <br /> <br /> <br />
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S
<br /> Nos sociétés n'aiment pas les "nomades", ils sont par définition trop libres donc incontrolables<br /> <br /> <br />