Les liens de l'accusatrice d'Assange avec des opposants cubains nourrissent les soupçons
observatoire le 09/12/2010 par Gilles Klein
Qui est Anna Ardin, l'une des deux jeunes Suédoises qui accusent Julian Assange de comportement sexuel à risque ? Une universitaire passionnée par la vie politique cubaine, ou un agent de la CIA ? Plusieurs journaux étrangers, et de nombreux internautes, posent la question, relayant des accusations notamment lancées par le journal du Parti Communiste cubain, Granma.
Le porte-parole de Wikileaks est actuellement emprisonné à Londres, où il risque une expulsion vers la Suède.
| | La première accusatrice de Assange est Anna Ardin (31 ans), organisatrice du séjour à Stockholm du fondateur de Wikileaks, et qui lui avait proposé de l'héberger chez elle, avant d'avoir des rapports sexuels avec lui (le volet sexuel de l'affaire est détaillé ici). Certains accusent la jeune militante féministe d'être aussi une activiste anti-castriste, liée à la CIA, au prétexte qu'elle aurait travaillé pour l'ambassade des USA en Suède (mais @si n'a trouvé aucune trace précise de cet emploi). |
Ardin, secrétaire politique des Socialistes Chrétiens Démocrates Suédois
| Elle ajoute qu'elle travaille actuellement comme secrétaire politique des Socialistes Chrétiens-Démocrates suédois. @si a en effet trouvé son nom en 12e position sur un bulletin de vote de ce parti pour les élections municipales | |
UNE proche de deux opposants cubains en exil ?
Mais Granma, l'organe du parti communiste cubain, donne un autre son de cloche sur la biographie de Ardin.
| "Wikileaks: derrière le scandale sexuel contre Assange une collaboratrice cubaine de la CIA", titre le journal. Granma écrit qu'Ardin est soutenue par un mentor, un Cubain exilé, Alexis Gainza, qui vit en Suède depuis 1991, où il pratiquerait la "désinformation" sur le régime cubain. Granma assure aussi que Ardin serait proche d'un autre opposant cubain en exil, Carlos Alberto Montaner. Granma mardi 7 décembre 2010 Alexis Gainza est le responsable du site Misceleanas of Cuba qui, à en croire certaines rumeurs, non prouvées, circulant sur la Toile, serait soutenu par l'USAID (United States Agency for International Development). | |
Granma critique aussi Gainza parce qu'il aurait fondé "en 2007, un club gay -Klubb Queer Feber à Gotland, une île suédoise située à 60 kilomètres de la côte, fréquentée par des célébrités". Gainza a répondu le 7 décembre aux accusation de Granma, en parlant de diffamation, dans l'émission ElviraLive, présentée par Maria Elvira Salazar, sur la chaîne américaine en espagnol Mega TV, basée à Miami.
| Alexis Gainza et Maria Elvira le 7 décembre 2010 |
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Carlos Alberto Montaner, lui aussi cité par Granma, est un Cubain qui s'est évadé en 1961, à l'âge de 17 ans, d'une prison de Cuba où il était enfermé, après avoir été accusé de complot avec la CIA. Depuis, il vit en exil en Espagne. Montaner publie une chronique hebdomadaire, très critique à l'égard de Castro, dans le quotidien Miami Herald en Floride. |
| Ce quotidien publie justement un article aujourd'hui sur Ardin, où Montaner assure n'avoir jamais rencontré Ardin. L'article indique en revanche qu'elle "s'est rendue à Cuba quatre fois entre 2002 et 2006, en tant que représentante des Sociaux Chrétiens Démocrates suédois".
"L'accusatrice d'Assange, un de ses soutiens qui s'est rebellée" titre le Miami Herald Le journal ajoute, en citant Manuel Cuesta Morua (porte-parole de l’Arc progressiste, mouvement d’opposition social-démocrate cubain), qu'Ardin "a accusé de détournements certains fonds d'aides européens aux exilés cubains" (élément qui la classerait donc plutôt dans les soutiens à Castro).
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Des rumeurs sur le net
Ces rumeurs de liens entre Ardin et la CIA circulent beaucoup sur Internet. Elles ont été reprises, par exemple, par Bianca Jagger (ex-épouse de Mick Jagger), la fondatrice d'une association de défense des droits de l'homme.
| On note que le plus célèbre journaliste de la chaîne d'information américaine MSNBC, Keith Olberman a propagé l'accusation de Jagger sur son compte Twitter le 5 décembre, ce qui a provoqué une micro-polémique parmi les stars du journalisme US. Compte de Keith Olbermann (MSNBC) |
La source de ces rumeurs sur d'éventuels rapports entre Ardin et la CIA semble être un article publié en septembre dernier par la revue américaine bi-mensuelle Counterpunch (revue dont la fiabilité est loin d'être totale) ,qui accusait l'accusatrice d'Assange :
| Mais Counterpunch ne donne pas de preuves ou d'exemples de ces supposés liens. "À Cuba, elle a été en relation avec le groupe féministe anti-Castro Las Damas de Blanco (les Dames en blanc). Ce groupe reçoit des fonds du gouvernement américain et il est soutenu par un terroriste anti-communiste, Luis Posada Carriles", croit aussi savoir Counterpunch. Revista de Asignaturas Cubanas mars-avril 2010 | |
A l'opposé de cette analyse, on trouve le Diario de Cuba (anti-castriste) qui écrit qu'Ardin participe aux travaux de 'la fondation Cuba-Europa en Progreso, un groupe progressiste basé à Bruxelles, qui soutient la gauche démocratique à Cuba." Diario de Cuba ajoute qu'Ardin "a été plusieurs fois à Cuba" et critique Jean-Guy Allard, auteur de l'article paru dans Granma, en indiquant qu'il n'est pas journaliste et en le qualifiant de "porte-parole du régime". Diario de Cuba ajoute que Ardin n'est pas liée à Montaner selon plusieurs sources (sans préciser lesquelles).
Mémoire de maîtrise sur le multipartisme cubain
| Mais que disent les écrits de Ardin elle-même ? La jeune femme a présenté en anglais, en 2007 à l'université d'Uppsala (Suède), un mémoire de maîtrise de 39 pages, intitulée "Le multipartisme cubain - Existe-t-il vraiment une alternative démocratique, et une alternative au régime de Castro?" Son travail a été soutenu par la Swedish International Development Agency (SIDA), qu'elle remercie dans son texte. Cet organisme dépend du ministère suédois des Affaires étrangères. Sa thèse n'est pas du tout un brûlot anti-castriste, mais une étude de quatre petits partis d'opposition sociaux-démocrates basés à Cuba, dont elle a rencontré les responsables sur place. Elle conclut qu'ils n'ont pas un fonctionnement très démocratique, et qu'en pratique, ils reproduisent le système qu'ils reprochent à Castro. Mais elle ajoute qu'il pourraient devenir une alternative et un facteur de progrès, si le système castriste évolue. Sa conclusion renvoie dos à dos le pouvoir castriste et l'opposition : "De la même manière que Castro utilise l'infiltration américaine comme argument pour contrôler ou brimer l'opposition à Cuba, l'opposition utilise Castro pour justifier des méthodes non-démocratiques au sein de ses propres organisations." |
La presse du monde entier traite le sujet
Ces accusations croisées, qui demandent encore à être recoupées et vérifiées, alimentent depuis quelques jours de nombreux journaux à travers le monde.
"L'accusatrice qui admirait Kirchner", titre le quotidien argentin Clarin, (ci-dessous, à gauche) qui raconte qu'Ardin a vécu cinq ans en Argentine. Le journal ajoute qu'elle a exprimé son admiration sur son blog lorsque le président argentin Nestor Kirchner est mort le 27 octobre 2010.
"Il cherche la liberté en Suède et se retrouve avec une accusation d'activité sexuelle dangereuse", titre le quotidien mexicain La Jornada avec une grande photo de Ardin. Le journal rappelle que la Suède a reconnu le viol conjugal dès 1964.
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Le quotidien belge Het Nieuwsblad qui évoque les ennuis d'Assange montre la photo de Ardin, et publie une photo floutée de Sofia Wilen, seconde accusatrice de Assange, en page de droite. A gauche, une manifestante pro-Wikileaks à Londres tient un portrait d'Assange où il ets inscrit : "La vérité éclatera".
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"Deux Suédoises contre Assange" : La Vanguardia (Espagne) du jeudi 9 décembre (ci-dessous, à gauche) présente Ardin comme une "volontaire de Wikileaks". En bas de la page un encadré souligne que la Suède applique une "tolérance zéro" face aux violences sexuelles. "Les deux rivales ont été au poste de police ensemble", titre El Mundo (Espagne) du mercredi 8 décembre (ci-dessous, à droite).
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Le quotidien turc Radikal du mercredi 8 décembre s'interroge : "Ardin travaille-t-elle pour la CIA ?" Ide pour le quotidien portugais Diario de Noticias du 9 décembre (ci-dessous, à droite), qui demande : "Victimes d'Assange ou appâts pour pièger Assange ?"
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On retrouve aussi la photo d' Ardin à la Une et en page intérieure du quotidien turc Milliyet du 8 décembre 2010.
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Source : ASI |



















