| Prague soutient le nouveau bouclier antimissile après Varsovie et Bucarest Encore une conséquence des négociations sur le traité de Lisbonne? C'est tentant, avouez que les dates coïncident...
Alors que Obama parle de désarmement nucléaire à l’ONU et fait la morale à l'Iran, Robert Gates, secrétaire américain à la Défense, défend le budget pour moderniser les bombes atomiques B-61 devant le parlement US, et Joe Bidden, vice-président des Etats-Unis, fait sa tournée des popotes européennes pour le redéploiement du bouclier antimissiles américain. En coulisse, et pour que l'affaire ne fasse pas de vagues, les Etats-Unis ont dépêché leur vice-président pour venir combler le trou laissé par les déclarations d'Obama en septembre, annonçant l'abandon du bouclier antimissiles américain en Pologne et en République tchèque. Une décision qui avait été décriée par la Défense américaine et une opportunité que les européens auront une fois de plus laissé s'échapper, faute de déclaration d'engagement commun en faveur d'une europe de la défense forte et intégrée, abandonnant de ce fait toute possibilité de mettre en place un véritable projet de défense européen, qui se verra contrecarré par le retour des Etats-Unis sur le sol européen. Ce n'est pas parce qu'on parle de projet moins ambitieux et que l'on a dépêché Joe Bidden (serait-ce pour éviter un effet d'annonce trop médiatique et trop fort qu'aurait provoqué la venue d'Obama, ou encore serait-ce pour exprimer le peu d'importance que les USA accordent à l'Europe?) que l'affaire n'en est pas moins neutre. Le projet affiche une fois de plus, en agitant la marionnette diabolique Iranienne, les seules ambitions américaines: faire de l'Europe un terrain d'exercice militaire américain, quelques soient les conséquences pour les européens. Car une fois de plus ni l'Otan ni les Etats-membres européens, encore moins l'Union Européenne, n'ont été décisionnaires, on ne leur a même pas demandé leur avis. Pour eux c'est à prendre ou à laisser, Joe Bidden s'en va redéployer son nouveau bouclier antimissile comme en terrain conquis. Mais quid de la souveraineté européenne? Une fois de plus foulée aux pieds des citoyens européens elle consiste sans doute à devoir tout simplement entériner lors du prochain Conseil des ministres de la défense (en décembre) la proposition américaine. Alors qui défend l’intérêt collectif européen?* aimerait-on reprendre. Où sont les défenseurs de l’intérêt collectif européen dans l’UE ? Car à ce jour seul "couac" dans la propagande officielle qui fait son oeuvre médiatique, pour aborder la semaine prochaine, espère-t-on sereinement, le prochain sommet de l'Otan, les déclarations du Premier ministre slovaque Robert Fico, en désaccord avec l’éventuel déploiement en Slovaquie... Mais encore... Dans les rangs s'alignent tous ceux qui hier, comme le Président français Sarkozy*, accueillaient la "sage" décision d'Obama d'abandon du bouclier. Et ce n'est pas l'Otan qui viendra défendre les intérêts européens. On savait qu'en nommant Anders Fogh Rasmussen secrétaire général de l'Otan ce n'était que la confirmation de la tentative d'hégémonie américaine sur le sol européen, l'UE trahie et bradée par ses propres troupes, le territoire européen livré aux exercices militaires et à l'allégeance d'une autre puissance militaire mondiale. Pourtant, comme le soulignait Newropeans en mars 2009*, une immense majorité de citoyens est opposée à voir l’Europe se transformer en terrain de jeu des intérêts de Washington ou de Moscou. Pourtant, la plupart des Polonais et de Tchèques, dans les deux pays directement concernés est toujours opposée à ce projet. Pourtant, la menace que cette « défense » est censée contrer n'a toujours pas plus de réalité. En matière de défense, souligne Newropeans, plus aucun Etat-membre ne doit pouvoir "engager" seul de dialogue bilatéral avec Washington ou Moscou : toutes les décisions de défense et de politique étrangère en relation avec les Etats-Unis et la Russie doivent désormais être préparées et mises en oeuvre au niveau communautaire. Ce n’est donc ni au gouvernement polonais ni au gouvernement tchèque d'agréer seuls de l’installation ou non de missiles non européens sur leur sol. L’OTAN part à la dérive, il appartient à l’UE de préparer et de définir les décisions dans le contexte transatlantique. Toute décision dont la portée dépasse le territoire d’un Etat membre doit être de domaine de compétence exclusive de L’UE, que ce soit en matière de défense ou autre. En Europe, à ce jour aucun mouvement politique trans-européen n'est capable de répondre de manière crédible et efficace à ces aspirations d’avenir, d’indépendance et de sécurité collective. La Commission, le Conseil et le Parlement européens tous issus de partis politiques à la vision purement nationale restent muets ou suivent passivement le nouveau coup de force de l’administration américaine. Marianne Ranke-Cormier Paris, Arriach (France/Autriche) * Bases américaines anti-missiles dans l’UE: Qui défend l’intérêt collectif européen? (Newropeans Mars 2009) Source |