Wikileaks : l’État, le réseau et le territoire

Publié le par sceptix

 
Wikileaks : l’État, le réseau et le territoire

Infowar”, “cyber warfare”, “opération riposte”, “guerre de l’information”, … les titres couvrant l’affaire Wikileaks ont largement puisé dans le vocabulaire militaire pour décrire les événements qui ont suivi la publication des “cables” diplomatique par le site de Julian Assange. La multiplication des déclarations violentes de journalistes et hommes politiques à l’encontre de Wikileaks, l’acharnement des États a vouloir faire fermer le site en vain via les hébergeurs ou les fournisseurs de noms de domaines, et bien sûr la “riposte” des Anonymous par attaques DDoS, tout cela participe bien d’un climat de “guerre”. Mais quelle guerre ? Et surtout, pourquoi parle-t-on de “guerre” ?

Le site de Wikileaks le 4 décembre 2011

J’aimerais proposer ici l’idée que l’affaire Wikileaks relève bel et bien d’un conflit qui serait de nature territorial entre d’un côté l’État qui s’appuie sur un territoire physique délimité par des frontières au sein duquel est déployée une domination via la mise en scène d’une violence symbolique légitime et de l’autre le réseau en tant que territoire “virtuel” étranger sur lequel l’État n’aurait pas prise : tant physiquement que symboliquement. Si ces deux territoires se sont longtemps ignorés, ces dernières années ont vu apparaître une préoccupation grandissante de l’État face à ce “voisin” menaçant ! Pourquoi menaçant ? Parce que le réseau suit une politique expansionniste des plus agressives : 5 millions de terabytes, et une croissance qui doublerait sa taille tous les 5 ans. Si l’Internet est un territoire, il se nourrit et s’agrandit de par les informations que nous mettons en ligne. Car pour le réseau, l’information est le territoire. Dans ce sens, la mise sur le réseau des « cables » ne relève pas que du simple journalisme, mais met en lumière l’agrandissement du territoire du réseau au dépend, cette fois-ci non plus de données privées (données sous copyright ou données personnelles), mais de données appartenant à l’État. La mise en ligne des “cables”, c’est l’annexion par le réseau d’une partie du territoire de l’État !

L’Internet, un territoire étranger

“L’idée que l’Internet soit virtuel, au sens naïf de «coupé du réel», est en passe d’être abandonnée, et les tensions, conflits, relatifs à l’Internet, sont manifestes, qu’ils touchent à des formes concrètes du territoire (câbles, juridictions nationales) ou à des formes moins repérables (réseaux sociaux en construction…)” (Eric Guichard, 2007)

 

 

 

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