Monsanto/Licenciements US/Services aux personnes
A ORLEANS
L’avocat du semencier a réclamé 313.000 euros de dommages et intérêts pour chacune des actions de destruction, soit, un total de 626.000 euros. La décision a été mise en délibéré au 16 septembre.
Hier matin, également à Orléans, Jean-Marie Loury, agriculteur d’Eure-et-Loir et faucheur volontaire, avait répondu à une convocation du juge d’instruction en qualité de témoin assisté, dans le cadre d’une plainte déposée par Monsanto, contre les militants anti-OGM, pour association de malfaiteurs.
Et tout ça dans l'indifférence générale et le silence des médias.
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licenciements aux US présentés comme inéluctables
Politis abonnés
L’Amérique serait-elle en train de se réveiller de son sommeil dogmatique libéral ? Dans le Salarié jetable, le chef du service économique du New York Times, Louis Uchitelle, relève qu’en 25 ans, plus de 30 millions d’Américains ont perdu leur emploi. Et décrit des travailleurs ébranlés dans leur estime d’eux-mêmes. Qu’ils soient cadres, employés ou ouvriers, ces derniers vivent tous désormais avec la peur de perdre leur emploi. Mais plus qu’une alerte sociale, le livre exhorte les salariés à la mobilisation et propose des solutions : renforcement des services publics, augmentation du salaire minimum, transparence des entreprises et intervention de l’État, non pas comme « un stimulant provisoire de type keynésien, mais avec des dépenses régulières pour satisfaire des besoins légitimes et accroître le bien-être de la population ». En somme, sans adopter un point de vue révolutionnaire, c’est bien un changement de modèle qu’appelle l’auteur de ses vœux. « Il n’est pas question de nier la mondialisation des échanges », prévient Louis Uchitelle. Son objectif implicite est sans doute de réveiller un parti démocrate qui a « capitulé » face aux dérives ultralibérales du marché. « Il s’agit d’évaluer les coûts impliqués par les licenciements – tous les coûts – et d’avoir la volonté d’agir sur ce qu’une telle évaluation nous enseigne ». Voilà pour la méthode, qu’on peut qualifier de « pragmatique », ce qui ne signifie pas « absence d’idéal ». Le mot renvoie en effet à une école de pensée expérimentale, née à la fin du XIXe siècle, qui, sous l’influence de John Dewey, évolua vers une philosophie sociale. Dans cet esprit, le dessein de Louis Uchitelle est de redonner une logique argumentative et concrète à une gauche américaine peu friande de lyrisme révolutionnaire. Et de lui permettre ainsi de reprendre ses droits sur une réalité confisquée par l’idéologie ultralibérale dominante.
Quand Robert M. Solow, prix Nobel d’économie, reproche à l’auteur de donner « parfois l’impression que les firmes ont une alternative aux licenciements », ce dernier rétorque : « Impossible de répondre à cette question à défaut d’une comptabilité publique adéquate des licenciements. Le jour où cet inventaire exhaustif sera entrepris, le calcul des coûts devra tenir compte des dégâts infligés à la santé mentale. » Louis Uchitelle se veut donc « pratique » pour convaincre l’opinion, en se plaçant du point de vue de la santé des Américains. De même que « nous nous fédérons en vue d’évaluer les dégâts causés à l’environnement, souligne-t-il, restreindre les licenciements et les dommages qu’ils infligent à la santé publique » se justifie. En faisant témoigner psychiatres et salariés humiliés, l’enquête met en lumière « la douleur, l’angoisse et, au bout du compte, [les] maladies mentales chez tant de personnes dans ce pays ». Parce que cette impression d’être « jetable » reste un traumatisme difficile à dépasser par la seule volonté. Et l’auteur de battre en brèche le « mythe », très répandu aux États-Unis, selon lequel « les chômeurs seraient censés se tirer eux-mêmes d’affaire. Ils ont perdu leur emploi, nous explique-t-on, parce qu’ils valaient moins que ce qu’ils coûtaient. Or, il ne tient qu’à eux d’augmenter leur valeur. S’ils échouent, c’est la preuve qu’ils n’ont pas pris les bonnes mesures et portent la faute de leur inactivité »…
En outre, l’ouvrage tient à rappeler la généalogie de cette « révolution qui nous a vus passer d’un esprit de solidarité et de partage au chacun pour soi de la responsabilité individuelle ». Louis Uchitelle veut ainsi lutter contre l’oubli et compte sur « les vertus curatives » de « cette remise en perspective historique, qui devrait suffire à nous arracher à cet acquiescement et à reconstruire une résistance ». Cette histoire, très détaillée dans le livre, c’est celle « des progrès de la sécurité de l’emploi en Amérique, amorcés dès la fin du XIXe siècle et poursuivis pendant 90 ans, son effritement à partir des années 1970, puis, à mesure que les obstacles aux licenciements cédaient les uns après les autres, notre acquiescement ». Or, les démocrates ne sont pas étrangers à cette résignation. Louis Uchitelle dénonce ainsi le « feu vert » de Bill Clinton, qui « renonça à tenir l’une de ses promesses qui l’engageait à interdire aux entreprises de congédier des grévistes en les remplaçant par des employés permanents. Lors de la levée de boucliers de 1996 contre les pratiques de licenciement, Clinton évita d’adresser des critiques au patronat, une confrontation qui, en cette année électorale, aurait fait courir le risque d’un conflit de classes ». Un risque qu’il faudra pourtant courir, à en croire Louis Uchitelle. Drôle de leçon pour le parti démocrate, surtout de la part d’un journaliste du New York Times, qui appelle traditionnellement à voter pour ses candidats ! Le Salarié jetable est donc aussi un avertissement pour ceux qui, en Europe, prennent le parti démocrate américain en modèle : même aux États-Unis, l’idéologie synonyme de résignation face aux dérives du marché ne va plus de soi.
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Garde d’enfants, ménage, cours à domicile ou encore aide à Internet : voici quelques exemples des fameux « services à la personne ». Fameux parce que ces services sont censés résoudre le problème du chômage en France. Le gouvernement mise en effet sur ce secteur, dynamique en termes de créations d’emplois, pour remettre les Français au travail. C’était en tout cas le sens du plan Borloo, instauré le 1er janvier 2006, dont l’ambition affichée était de permettre en trois ans la création de 500 000 emplois à temps plein et contribuer ainsi à lutter contre le travail à temps partiel. Pour atteindre cet objectif, la réforme propose des incitations fiscales avec le maintien de la TVA à 5,5 % pour les professionnels. Et, pour les particuliers, une réduction d’impôt sur le revenu de 50 % des sommes versées à un salarié à domicile. Surtout, de nouvelles exonérations de cotisations patronales viennent compléter le dispositif. Deux ans après la mise en place de la réforme, les services à la personne sont-ils devenus la solution miracle au problème du chômage ?
Les services à la personne sont à temps très partiel et concernent en majorité des femmes. Daniau/AFP
Selon l’Agence nationale des services à la personne (ANSP), environ deux tiers du chemin auraient été parcourus. Le plan Borloo a ainsi permis la création de 81 000 emplois en 2005, de 104 000 en 2006 et de 128 000 en 2007. « En équivalent temps plein, ce sont 121 000 nouveaux emplois qui ont été créés », selon l’agence, qui estime que le secteur représente 1,9 million de salariés en 2007. Cependant, ces chiffres sont contestés par l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), qui a présenté le 28 avril une analyse sur la mise en œuvre du plan Borloo.
Même si cette analyse ne s’appuie que sur des chiffres qui datent de 2006, sa méthode de calcul est en tout cas très précise. L’ANSP estimait l’ensemble des salariés des services à la personne à 1,76 million au deuxième trimestre 2006. Pour l’OFCE, ce total est beaucoup trop élevé. Il s’approche davantage de 1,45 million de salariés. Matthieu Lemoine, de l’OFCE, explique l’erreur de l’ANSP : « Celle-ci comptabilise l’ensemble des salariés passés au moins une fois dans ce secteur au cours de l’année. » Or, « les contrats de ce secteur durent souvent moins d’un an ». Selon l’analyse, l’ANSP se trompe aussi quand elle détermine l’impact du secteur des services à la personne sur l’ensemble des créations d’emplois marchands. « Une partie des salariés des services à la personne ont d’autres emplois dans d’autres secteurs. Une même personne peut par exemple être employée à la fois par un particulier pour des tâches ménagères et par une entreprise pour des activités de nettoyage », explique Matthieu Lemoine. Le secteur ne contribuerait alors que pour un quart (+ 42 000 personnes entre les deuxièmes trimestres de 2005 et 2006) à l’ensemble des créations d’emplois marchands (+ 165 200 personnes pour la même période). Pire : « En équivalent temps plein, la contribution de ce secteur est encore plus limitée (+ 14 700 personnes) en raison de la très faible durée du travail des emplois créés. » On est loin des 500 000 emplois à temps plein promis par le gouvernement. Le jugement de l’OFCE est sans appel : « Lorsqu’on considère l’évolution des effectifs salariés, aucun changement significatif n’apparaît à la suite de la mise en œuvre du plan gouvernemental. »
Mais c’est au niveau de la qualité de ces nouveaux emplois que le plan s’approche du fiasco. Les services à la personne sont en effet à temps très partiel : 12 heures par semaine, contre 23 heures en moyenne pour l’emploi à temps partiel dans son ensemble. En janvier, l’Insee soulignait que les salariés employés par des particuliers étaient pour la majorité des femmes au salaire très faible, puisque inférieur à 1 666 euros net par an dans la moitié des cas !
Le Conseil de l’emploi des revenus et de la cohésion sociale (Cerc) est clair : « Les secteurs des services à la personne se caractérisent par une forte précarité du statut des salariés. La faible durée du travail, avec ses conséquences sur les salaires, est une des caractéristiques de ces emplois. » Les salariés sont donc obligés de recourir à plusieurs emplois. Comme le souligne le Cerc, cette situation aggrave « le morcellement des interventions. Ce qui représente un temps passé dans les transports, et les coupures entre deux interventions de l’ordre de 25 % du temps de travail. Or, ces temps intermédiaires ne sont pas rémunérés », précise le Cerc.
Enfin, dans 80 % des cas, selon l’OFCE, ces salariés n’ont pas d’accès à la formation, ni aux contrôles médicaux, ni à ceux de l’inspection du travail ou à la médiation syndicale en cas de litige.