EuroCrise : pourquoi font-ils de l’aust…de la rigueur ?

Publié le par Charlotte sceptix

9 juillet 2012
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(…alors que tous les économistes sérieux, dont ceux de l’OFCE, mais aussi des prix Nobel d’économie, leur disent qu’ils vont participer à créer une récession mondiale au lieu de redresser la barre ?)

Ayrault l’a dit : les réductions de dépenses budgétaires sont incontournables pour redresser notre économie, sortir de la crise de l’euro. L’OFCE démontre qu’en réduisant aujourd’hui le déficit public, c’est aller tout droit dans le mur, aux vues des perspectives de croissance mondiale, de l’état de la production, du chômage et de tous les indicateurs donnés par les études sur les pays ayant mené ces dernières années ces politiques d’austérite. Chacun de se demander alors, comment, et surtout pourquoi, un nouveau gouvernement, qui se prétend « de gauche », mène la même politique que l’ancien « de droite » en cette matière ? Pourquoi n’écoute-t-il pas les experts du domaine ? Quelle est sa véritable motivation, est-il libre d’agir dans un autre sens ?

Souvenir, souvenir…

Il n’est pas posible de comprendre la politique économique actuelle du gouvernement Ayrault sans se pencher sur le berceau du libéralisme, devenu néo-libéralisme. Ainsi que sur la création de l’Union européenne. Il serait trop long et fastidieux de reprendre tous les points de détails qui constituent le fonctionnement actuel du « marché unique », mais il faut se souvenir de quelques points d’entrées incontournables : les socialistes français ont voulu cette Union, ce marché, comme la droite. Les raisons ? Multiples, mais avant tout faites d’une crainte de perte de puissance monétaire en tout premier lieu, économique ensuite. Face à l’Allemagne, aux USA, au Japon. « Coincer » l’Allemagne dans une monnaie unique était le meilleur moyen d’empêcher l’écrasement du Franc par le Deutschmark. Etablir une zone de libre concurrence plus dynamique pour contrer la toute puissance économique exportatrice américaine semblait aussi nécessaire. Mais tout ça ne s’est pas fait sans arrières-pensées, ni sans concessions.

Légiférer pour mieux…déréglementer

C’est l’OMC, épaulé du FMI qui mènent la danse en Europe dans les années 90, après la signature du traité de Maastricht : les fameux critères budgétaires qui imposent un déficit public maximum de 3% en sont le fruit. Puis viendront toute une série de « cadres de pratiques du commerce » : libre concurrence, limitation et baisse des droits de douane, règles de libre-échange, restrictions des actions des Etats… Toute la « réglementation » économique européenne est une ôde au libéralisme économique. A la mondialisation, nouvelle frontière de « la richesse pour tous ».

Mais le paradoxe est entier, puisqu’on pourrait coire que libéralisme rime avec liberté, donc disparition des règlements ?

En aucune manière, puisque le néo-libéralisme demande, au sein des Etats-nations dans lesquels il évolue, des garanties. Ces règlements-garanties ne sont en fait que des moyens juridiques de faire valoir le bon droit de pouvoir effectuer « presque ce que l’on veut » en matière de commerce, c’est-à dire sans contraintes, ou si peu…

Ce que l’on nomme déréglementation des marchés, accords de libre-échange en sont de bons exemples. Et tous les accords mondiaux le démontrent, comme la législation européenne : les consortiums planétaires (multinationales que l’on peut nommer désormais méta-entreprises) n’ont désormais plus de devoirs particuliers envers les nations, ni envers leurs employés, ni envers les citoyens, mais au contraire, peuvent exiger des Etats des compensations ou des ouvertures de marchés, que le droit européen ou mondial leur alloue.

La « gauche socialiste » a soutenu ardamment ce processus de libéralisation

C’est au tournant des années 2000 que le virage a été pris de façon marquée, avec le gouvernement Jospin, appuyé par DSK au ministère des finances (économiste trèèèèèès libéral). Les socialistes français ont adoubé, à cette époque, le principe d’économie de marché, puis validé la thèse libérale et pris le virage de la social-démocratie : en gros, acceptation et application des théories économiques de « droite » mais compensées par des « mesures sociales » dites « de gauche ». La compensation est maigre, mais fait passer un peu la pillule : 35 heures, CMU, emplois-jeunes, ce genre de choses. Mais avec la signature du traité sur la constitution européenne en 2005, c’est l’aboutissement de la longue marche des libéraux vers la gloire : ils ont enfin pu graver dans le marbre tout ce qui les motive et les excite au plus haut point.

Le traité constitutionnel permet beaucoup de choses, comme à termes privatiser les services postaux, le rail, donne les coudées franches aux « gros poissons de la finance » et surtout, surtout, ne donne aucunes garanties sociales aux populations des membres de l’Union. La messe est dite : le super-marché européen de la concurrence libre et non faussée peut se féliciter d’avoir réussi un sacré coup. Le traité, refusé par référendum dans un premier temps en France, revient 2 ans plus tard en version simplifiée avec ratification par le seul parlement. La populace française peut toujours aller se brosser : son « non » de 2005 est passé à l’essoreuse parlementaire libérale. Les socialistes ont voté « oui » en 2005, ils votent toujours « oui » en 2007.

Ayrault, Hollande et tous les autres (à l’exception de Jean-Luc Mélanchon Arnaud Montebourg, Et Henri Emmanuelli) applaudissent cette victoire de « l’intégration européenne ».

Mais pourquoi les adeptes du libéralisme aiment-ils l’austérité (appelée aussi rigueur budgétaire) ?

Parce qu’ils détestent l’Etat providence. Parce qu’ils croient que c’est la compétition entreprenariale qui est génératrice de richesses, donc de progrès. Pour eux, l’Etat freine l’économie de marché : il doit être le moins présent possible. Pour le libéral, l’Etat doit donc dépenser le minimum, taxer le minimum, et s’il n’y arrive pas, c’est qu’il est incompétent. Il doit alors « donner » les activités qu’il gère le moins bien aux entreprises privées.

Dans la tête d’un libéral, de droite comme de gauche, seule l’entreprise (compétitive) est capable de bonne gestion, d’optimisation des coûts. Donc gérer les finances publiques comme celles d’une entreprise, lui semble la seule bonne voie.

Pour le libéral, plus l’Etat est riche, plus il va protéger ses citoyens. Plus les citoyens sont protégés, plus ils sont revendicatifs et peu enclins à participer à l’optimisation des profits des entreprises néo-libérales. Avec peu de chômage et des aides sociales, le citoyen n’accepte pas de travailler pour des salaires misérables et des conditions minables. Dans le cas inverse…

Ce que l’on appelle Etat providence est une orientation capitaliste qui veut que l’Etat doit conserver des prérogatives pour compenser les faiblesses du marché et ses effets négatifs, dans la sphère sociale particulièrement. Le principe des aides publiques sociales, des retraites par répartition (et non par capitalisation privée), de redistribution des taxes et impôts sous diverses formes à la collectivité sont la base de l’Etat providence. Mais ce mot est devenu, dans le monde néo-libéral actuel, un gros mot. L’Etat providence fait grimacer les néo-libéraux qui veulent sa disparition.

Le parti socialiste ne parle d’ailleurs plus d’Etat providence, mais d’Etat « juste », ce qui ne signifie rien, et surtout pas l’encadrement de certaines pratiques du libéralisme mondialisé.

L’exemple le plus évident : de grands groupes industriels viennent d’annoncer des vagues de licenciement alors qu’ils sont ultra-bénéficiaires. Sanofi Aventis va distribuer 4,5 milliards d’euros à ses actionnaires (50% de ses 9 milliards de bénéfices) et virer dans le même temps entre un et deux milliers de ses salariés. Une paille. Pour quoi faire donc ? Aller optimiser ses profits à l’étranger. Gagner plus. Pour donner 20% de rendement au lieu de 17% à ses actionnaires.

Avez-vous entendu « Moi Président », l’ennemi de la finance, le parangon de vertu qui veut « une France juste », ou son premier ministre (l’ex-maire condamné pour des facilitation à un businessman) venir s’en émouvoir ? Proposer une loi qui interdise les licenciements pour les entreprises bénéficiaires ? Non. Et vous ne les entendrez pas le faire. Soyez-en certains. Ce sont des libéraux. Ils ont signé pour ce système, l’ont poussé, accompagné, promu, défendu. Montebourg ? Oui, il va s’égosiller un peu, mais il mangera son chapeau : ses patrons à l’Elysée et Matignon n’ont aucune envie de s’attaquer aux multinationales.

La rigueur est un cheval de Troie…libéral

Et rien de plus. Avec la rigueur budgétaire, on peut vendre au privé des secteurs jusque là encore publics. Normal : on ne peut plus financer nombre de secteurs, puiqu’on baisse le budget de l’Etat. Si on est socialiste, on explique qu’on fait de la rigueur parce qu’on est « responsable » et qu’on le fait avec de la « justice sociale », que ce sont les plus riches qui vont payer. Ce qui s’avère toujours faux, puisque cette rigueur ne peut être activée sans la taxation de la population dans son ensemble. Et puis le socialiste refuse d’accepter de dire qu’il fait de la rigueur, parce que le socialiste est lâche.

Les socialistes pourraient tenter une autre piste ? Oui, mais ils seraient les seuls à le faire en Europe, ces pauvres socialiste français, et il faudrait du courage. Qu’ils n’ont pas. Parce que si ils se plantent, avec la rigueur, ce n’est pas grave : tout le monde en fait et tout le monde leur dit d’en faire, les obligent à en faire (gouvernements européens, commission, FMI, BCE, opposition de droite). Ils pourront alors se cacher derrière leur petit doigt. Par contre, si ils se plantaient (en termes de résultats économiques) en refusant cette rigueur, là, d’un coup d’un seul, ils devraient assumer leurs choix. Assumer une orientation politique et économique de gauche, dans un monde de droite. Ennuyeux. Risqué.

Et puis ne pas faire de rigueur, cela signifierait aussi inventer une quatrième voie (Blair avait essayé la troisième voie, c’était celle de l’ultra-libéralisme social-démocrate actuellement utilisée) alors que les socialistes français n’ont absolument rien à proposer, n’ont aucune imagination. Ni réforme politique de fond, ni vision économique alternative, ni changement institutionnel. Ce sont des socio-libéraux qui se retrouvent aux commandes du bateau percé qu’ils ont participé à mettre à l’eau, puis à faire couler, sans aucune autre solution que de continuer à écoper tout en remettant des coups de chignoles dans la coque « parce qu’il paraît que ça permettra à ceux qui réparent le bateau d’avoir du travail et de continuer à réparer ». Il faut observer aujourd’hui le plan grec de privatisation demandé par le FMI et l’UE pour mieux comprendre : le néo-libéralisme est en train de tout rafler grâce à la « crise ».

Conclusion : le changement c’est faire comme avant

Le néo-libéralisme à cette qualité intrinsèque : il ne change jamais de fonctionnement, il court toujours après les mêmes lièvres, reste constant quoi qu’il se passe. Il faut dire qu’il y a gagné ces 15 dernières années : les profits sont colossaux, les nouveaux marchés légions, la planète est en coupe réglée.

Le néo-libéralisme est un libéralisme globalisé à qui l’on a offert toutes les garanties de pouvoir exprimer le cœur de sa stratégie qui reste simple : optimiser les profits. Les défenseurs de ce système ont longtemps snobé ses détracteurs, par de nombreuses pirouettes comptables, tricheries fiscales, et utilisation des leviers d’optimisation commerciale libres-échangistes écrits à l’OMC, au FMI et à la commission européenne. Toutes ces pirouettes ont généré d’énormes bénéfices (dont une partie importante a été tranquillement cachée dans des paradis fiscaux) qu’ils se sont empressés de mettre en avant pour démontrer l’efficience de leur système, le seul à pouvoir « amener le progrès matériel » sur toute la planète, à aider les populations des pays émergents à « sortir de la pauvreté ». Tout ça était bien entendu un leurre, un mensonge éhonté.

Mais depuis la crise financière débutée en 2007 aux USA, arrivée en 2008 en Europe, le pot-aux-roses néo-libéral a été découvert. Jusqu’à faire dire au plus néo-libéral des politiques français, le président Sarkozy, qu’il fallait désormais « moraliser le capitalisme ». Ridicule. Absurde. Le foutage de gueule le plus impressionnant de la cinquième république.

Alors, oui, les libéraux, qu’ils soient de droite ou de gauche ne feront rien d’autre que de réduire l’Etat providence (enfin ce qu’il en reste). Avec la rigueur, l’austérité. C’est leur théorème. Leur croyance. Ce sera aussi certainement leur croix. Parce que tout ça va très mal finir. Mais après tout, tant pis pour eux. Et tant pis pour « nous »…qui les avons mis au pouvoir.

 

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