internet ou la guerre des mondes

Publié le par sceptix

Bilan 2009 : internet ou la guerre des mondes

Position dominante de Google, développement du streaming audio et vidéo ou succès fou des applications iPhone : l’année 2009 a fait bouger à toute vitesse les lignes du monde numérique. Et la bataille entre pourfendeurs et défenseurs de la toile a pris une ampleur inédite.

 

Alors que le web fêtait ses vingt ans cette année, la diabolisation du net n’a jamais été aussi virulente. “Rendez-vous des chauffards” ou “poubelle” pour Alain Finkielkraut, “vrai lieu de danger” avec des “escroqueries, faux e-mails, vols de numéros de cartes ban­caires, trafics de stupéfiants, apologie du racisme, pédo­pornographie et, dans un certain nombre de cas, terrorisme” pour Brice Hortefeux, “la plus grande saloperie qu’aient jamais inventée les hommes” pour Jacques Séguéla : le net semble d’abord mettre d’accord les réactionnaires et ceux qui n’y comprennent pas grand-chose. L’année a donc été rythmée par de nombreuses polémiques et des volontés de régulation, masquant mal des luttes d’influence et l’espoir naïf de profiter sans trop d’efforts d’une manne économique potentielle.

 

En France, c’est la saga Hadopi qui a tenu en haleine. Le texte de loi, soutenu par les majors de l’industrie culturelle et visant à lutter contre le piratage, a fini par être entériné en octobre par le Conseil constitutionnel, après de multiples rebondissements, le plus cocasse étant le rejet surprise du texte en avril dans un Hémicycle quasi vide. Les débats furent houleux, Hadopi étant à la fois une croisade politique pour le gouvernement, une source d’inquiétude pour les four­nisseurs d’accès, accusés de profiter du téléchargement illégal, une loi liberticide et obsolète pour les associations et un dispositif complexe, coûteux et inadapté pour ses opposants politiques qui, de gauche ou de droite, soutenaient qu’il ne réglerait rien. Aujourd’hui, on se demande ce que va bien pouvoir traquer l’Hadopi, puisque deux acteurs incontournables du peer-to-peer (P2P) ont été mis à mal cette année : The Pirate Bay, condamné après un procès hautement médiatisé, et l’annuaire de liens P2P illégaux Mininova – tandis que les usages alternatifs se développent.(voir le camembert à la suite de l'article merci à Roland - Miiraslimake - pour le lien)

 

Mais le gouvernement français n’entend pas en rester là avec internet. Brice Hortefeux vient ainsi d’annoncer que le projet de loi Loppsi, sur le feu depuis deux ans, passerait à l’Assemblée nationale au premier trimestre 2010. Il prévoit, entre autres, le filtrage des sites pédopornogra­phiques et risque d’ouvrir la porte à la censure du web contre laquelle l’Europe risque de ne pas être d’un très grand secours. Enfin acceptée en novembre, la réforme sur les télécommunications (ou Paquet Télécom) offre certes garanties aux consommateurs, mais n’interdit pas la coupure d’internet comme sanction au téléchargement illégal (le fameux amendement 138), et surtout ne défend pas fermement la neutralité du net, principe qui assure un fonctionnement d’internet sans discrimination.

 

Emboîtant le pas au cinéma et à la mu­sique, l’édition a découvert à son tour les affres de la dématérialisation, entre les espoirs sus­- cités par les e-books, la crainte de voir Amazon (et son Kindle) imposer ses conditions, le péril du téléchargement illégal et la difficulté de lancer ses propres plates-formes en l’absence de standard clair. Un sujet qui a déjà fait couler beaucoup d’encre… Christine Albanel vient d’être chargée par François Fillon d’une mis­sion sur la numérisation des livres. L’annonce que la Bibliothèque nationale de France était en discussion avec Google pour la numérisation de son fonds a lancé un ­débat électrique sur le service Google Book Search, où s’invitent respect du droit ­d’auteur, diffusion de la culture et crainte d’une hégémonie du géant de la toile.

 

Le 8 dé­cembre, Nicolas Sarkozy an­nonçait qu’une partie du grand emprunt irait à la numérisation des œuvres. Mais dans combien d’années et avec quelle efficacité ? Google, qui a, quant à lui, déjà numérisé quelque dix millions de livres, a cependant revu l’accord qu’il avait passé avec les éditeurs américains sur les œuvres sans ayants droit identifiés. Sous l’impulsion notamment des éditeurs français et allemands, seuls les livres américains, britanniques, canadiens et australiens seront concernés. Et déjà des voix déplorent la marginalisation du patrimoine non-anglophone…

 

Coupable de gagner trop d’argent et de jouir d’un monopole de fait, Google a été stigmatisé de tous côtés. Son service StreetView, qui complète Google Maps par des photos, a été pointé du doigt pour non-respect de la vie privée et attaqué en justice par l’équivalent suisse de la Cnil. Puis c’est la presse qui s’est insurgée contre Google News, accusé de gagner de l’argent sur le dos des journaux. Procès irrationnel puisque Google ne fait qu’indexer les titres des articles, renvoyant l’internaute vers les sites des journaux, générant ainsi un trafic important. Enfin, Google, au même titre que les réseaux sociaux comme Facebook (350 millions de membres en décembre), inquiète quant à sa gestion des données personnelles. Le droit à l’oubli a ainsi fait irruption dans les débats, avec notamment une proposition de loi déposée en novembre dans ce sens.

 

Pendant ce temps, la technologie continue d’avancer, et vite. 2009 a certainement été l’année de Twitter. 2 % des internautes français connaissaient le site de microblogging en 2007 : ils étaient 28 % en juin 2009 et 60 % en décembre ! Twitter a été célébré, un peu hâtivement, pour son rôle d’informateur lors des manifestations iraniennes de juin. Les people (Demi Moore, Ashton Kutcher) s’en sont emparé pour leur communication, les journalistes pour trouver ou donner des infos à chaud et les amateurs de scoops s’en délectent malgré les évidentes limites du site (manipulation, rumeurs, usurpation d’identité…).

 

Proclamé alternative au téléchargement ­illégal, et concurrençant le téléchargement légal, le streaming musical est lui aussi en plein boom. Le lancement en avril de Wormee par Orange (800 000 visiteurs en novembre), l’arrivée en France du suédois Spotify, Deezer avec ses 6,5 millions de visiteurs uniques par mois sont autant de possibilités d’écouter gratuitement de la musique. A noter aussi l’apparition des applications mobiles (payantes) de Deezer et de Spotify.

 

Malgré la fermeture du site Beemotion sous l’impulsion de Luc Besson, le streaming vidéo (illégal) poursuit son esso : l’annuaire Allostreaming est ainsi la requête ayant connu la plus forte progression en 2009 sur Google ! Parallèlement, les sites de vidéo à la demande, bien légaux, se multiplient et commencent à élargir leurs offres, dopés par la réduction du délai entre sortie en salle et VOD. Enfin, les applications iPhone ont été une des success stories de l’année. Un milliard d’applications, payantes ou gratuites, ont été téléchargées entre le lancement de l’App Store d’Apple, en juillet 2008, et avril 2009. Au point qu l’App Store a fait la une de la section business du New York Times le 5 décembre dernier. Comme quoi, en dépit des frileux et des grincheux, l’innovation a encore de beaux jours devant elle.

Source : les Inrocks

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R

n'empêche qu'il est plus agréable de regarder un bon film (pas du Hollywood ! ni de la psychologuerie marivaudière de bourges à la française) dans une salle (une petite ! et sans caméras de
vidéo-surveillance, comme celle du Noroît) que cramponné sur une chaise devant un ordinateur ou même sur la télé. Aussi il est bien triste de voir si rares et disparaîtres les salles dites "d'Art
et d'Essai" subventionnées comme était celle du Noroît à Arras dont je pleure tous les jours la disparition 
http://www.ipernity.com/tag/r.platteau/keyword/601184



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