Coup d'Etat militaire au Mali, frontières fermées

Publié le par Charlotte sceptix

BAMAKO (Reuters) - Un coup d'Etat militaire s'est produit au Mali où les mutins ont annoncé jeudi à la télévision nationale qu'ils s'étaient emparés du pouvoir devant l'incapacité du gouvernement d'Amadou Toumani Touré à mater la rébellion touarègue dans le nord du pays.

Les institutions ont été dissoutes, la Constitution a été suspendue, un couvre-feu décrété et les frontières sont fermées.

Les putschistes, des officiers dont les grades ne dépassent pas celui de capitaine, ont promis de remettre le pouvoir à un nouveau gouvernement démocratiquement élu dès que le pays serait réunifié et que son intégrité ne serait plus menacée.

Les mutins, regroupés au sein d'un Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l'Etat (CNRDR), présidé par le capitaine Amadou Sanogo, ont annoncé la fermeture des frontières terrestres et aériennes du pays.

Flanqué d'une vingtaine de soldats, leur porte-parole, le lieutenant Amadou Konaré, est apparu à la télévision pour expliquer qu'ils avaient "décidé de prendre leurs responsabilités en mettant fin au régime incompétent et désavoué de M. Amadou Toumani Touré", accusé d'impuissance face à la rébellion touarègue.


Ces derniers temps, la colère n'avait cessé d'enfler dans l'armée contre le manque de moyens mis à sa disposition pour lutter contre le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA).

Les rebelles touaregs du MNLA, qui revendiquent trois régions pour créer une enclave dans le nord du pays, ont engrangé des succès sur le terrain ces dernières semaines, en partie grâce au renfort de combattants de retour de la guerre civile en Libye. Ces combats ont fait des dizaines de morts et 200.000 déplacés.

LA FRANCE CONDAMNE "AVEC LA PLUS GRANDE FERMETÉ"

Les rebelles, qui se sont notamment emparés, ce mois-ci, de la ville de garnison de Tessalit, près de la frontière algérienne, ont annoncé qu'ils tenteraient d'exploiter la situation à Bamako pour pousser leur avantage.

Par la voix d'Alain Juppé, la France, ex-puissance coloniale, a exprimé sa "très vive préoccupation à la suite du coup d'État qui vient de se produire au Mali" et condamné "avec la plus grande fermeté ce renversement par la force de l'ordre constitutionnel".

Le ministre français des Affaires étrangères a appelé "au rétablissement de la Constitution et des institutions, au respect des libertés et des droits fondamentaux et tout particulièrement de la personne du président M. Amadou Toumani Touré".

Dans l'intervalle, Paris suspend "toutes ses coopérations régaliennes avec le Mali" mais maintient ses programmes d'aide en faveur de la population et de "lutte contre le terrorisme" - le Mali est situé en pleine "zone grise", cette bande de l'Afrique subsaharienne où opèrent des groupes affiliés à Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a fait part de profonde préoccupation, appelant au calme et renouvelant "le soutien des Nations unies à l'ordre constitutionnel en place au Mali". Aux Etats-Unis, la Maison blanche s'est prononcée pour le "rétablissement immédiat de l'ordre constitutionnel".

AUCUN DÉCÈS SIGNALÉ

En dépit du couvre-feu décrété jusqu'à nouvel ordre, automobilistes et motocyclistes continuaient à circuler jeudi dans les rues de la capitale, où des soldats tiraient en l'air par moments, a constaté un journaliste de Reuters.

L'aéroport de Bamako a été bouclé par des policiers, et non par des militaires. Il est impossible de savoir si les mutins disposent de suffisamment de moyens pour boucler les frontières d'un pays grand comme deux fois la France et qui compte sept Etats voisins.

Dans la nuit, des tirs sporadiques à l'arme lourde et des balles traçantes ont retenti à Bamako, et les mutins ont temporairement contraint la radio-télévision nationale à cesser d'émettre.

Aucun décès n'a été signalé, mais un responsable de l'hôpital Gabriel-Touré de Bamako a indiqué qu'une vingtaine de personnes blessées par balles avaient été admises.

C'est mercredi soir que les soldats mutinés ont attaqué le palais présidentiel, où ils sont entrés dans la nuit.

Parlant alors de "tentative de coup d'Etat", une source au ministère de la Défense a confié que le président Touré se trouvait en lieu sûr. Selon deux diplomates et une source militaire loyaliste, "ATT" aurait trouvé refuge dans un camp militaire tenu par des éléments qui lui sont restés fidèles.

En février, Bamako avait été brièvement paralysé par des barricades érigées par des centaines de Maliens en colère, qui avaient brûlé des pneus dans les rues en signe de protestation contre l'incapacité des autorités à mater la rébellion.

Selon une source militaire, l'un des déclics des événements a été la visite mouvementée du ministre de la Défense dans une caserne située à Kati, à une vingtaine de kilomètres au nord de Bamako, où il a été pris à partie par des soldats.

Une élection présidentielle était programmée pour le 29 avril. Amadou Toumani Touré, au pouvoir depuis 2002, avait annoncé qu'il ne serait pas candidat.

Avec Adama Diarra à Bamako et Richard Lough à Nairobi; Bertrand Boucey, Eric Faye et Henri-Pierre André pour le service français, édité par Jean-Philippe Lefief et Gilles Trequesser

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